Les créatrices !!

Pour faire suite à la polémique sur la liste des nominés au Grand Prix du Festival d’Angoulême, j’ai donc décidé de vous proposer deux billets, selon deux angles. Un premier sur Militancrise pour vous parler de la polémique de départ, de ce que ça dit sur le sexisme encore bien présent dans notre société même si on nous assure que non. Un ici sur AfterM pour se concentrer sur les créatrices de BD en elles-même. Je vous invite donc à jeter un œil à mon billet sur Militancrise.

Les créatrices de BD. Au moins, que cette polémique serve à quelque chose, à faire découvrir des autrices pas si souvent mises en avant.
Je ne parlerai évidemment que de celles que je connais, dont j’ai lu des titres, et mon propos n’est pas de dire si elles méritent ou non le Grand Prix. Je veux juste parler de créatrices qui méritent largement d’être connues.
Bien évidemment, ce n’est pas parce que ce sont des femmes que j’en parle mais parce que leurs œuvres sont de qualité et valent largement le coup qu’on se déplace dans sa librairie BD préférée pour les découvrir.

Persepolis intégraleComment ne pas commencer par Marjane Satrapi. J’ai l’impression, peut-être fausse, que c’est notamment grâce à elle si les éditeurs ont enfin accepté de faire une plus grande place à des femmes dans la BD.
En 2000, elle sort le premier tome de sa série Persepolis, superbe plongée dans l’Iran de sa jeunesse, aux côtés de sa famille, avant son départ pour l’Europe et son errance. Je ne peux que vous conseiller de lire les 4 tomes parus (ou l’Intégrale) chez l’Association. Le style est assez unique, au premier abord assez simple et pourtant d’une richesse et d’une profondeur très prenantes.
Elle a sorti d’autres BD par la suite, dont Broderies ou Poulet aux prunes, mais s’est depuis plutôt tourné vers le cinéma. D’abord par l’adaptation animée de son Persepolis puis dans le cinéma live.

L'immeuble d'en face vol. 2Dans un tout autre style, j’aimerais évidemment parler de Vanyda que je suis depuis que j’ai découvert le premier volume de L’immeuble d’en face il y a de cela des années. Ont suivi L’année du dragon avec François Duprat, la série des Valentine et Un petit goût de noisette. C’est une autrice que je suis particulièrement (je crois qu’on peut même me traiter de fan), séduite autant par son dessin très personnel, intégrant aussi bien le type manga que la BD francophone, que par son écriture, subtile, drôle, intelligente, sachant allier légèreté et profondeur. J’attends avec impatience la sortie de ses prochains projets, normalement cette année, dont une collaboration avec Nicolas HitoriDe chez Dargaud, une autre avec de nouveau François Duprat, pour une suite de L’année du dragon, L’année de la chèvre chez La Boîte à bulles, une autre avec Jean-Luc Cornette pour Un million d’éléphants sur le Laos chez Futuropolis et enfin une sur la question du métissage de nouveau chez Dargaud. Que dire à part « Youpi !! » ?

LAP !Autre jeune autrice que j’aime beaucoup mais dans un tout autre style, Aurélia Aurita. Je l’ai découverte avec Je n’irai pas à Okinawa où elle y raconte son catastrophique voyage au Japon pour rejoindre son copain de l’époque. Style décapant, direct, drôle, j’enchaîne sur le très chaud et cru Fraise et chocolat, puis sur Buzz-moi. Décidément, elle n’a peur de rien dans ses écrits, osant l’intime sans faux semblant.
Puis tout autre style avec LAP ! Un roman d’apprentissage où elle raconte sa découverte d’un lycée pas comme les autres. Un autre regard, toujours sensible et personnel, passionnant. Je ne sais pas quand sortira le deuxième volume mais je serai là.

J’aime beaucoup également le style de Nancy Peña dont j’ai lu Le cabinet chinois et Madame. Un style très fin, élégant, drôle, tout en sobriété douce mais qui recèle une profondeur qui se découvre au fil de la lecture.

Tu mourras moins bête 3Bien évidemment, je ne peux oublier Marion Montaigne, vulgarisatrice qui nous permet de briller en société avec sa série Tu mourras moins bête (adaptée en animation sur Arte tous les soirs à 20h50), où elle explique avec enthousiasme et sans aucune censure tout ce que vous avez déjà pu vous demander. On en est à 4 volumes de cette série, mais il y a aussi Riche, pourquoi pas toi ?, où elle met en image les recherches des sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, ou Bizarrama culturologique, reprenant des illustrations qu’elle avait faite pour une émission d’Arte.
Pour apprendre tout en riant, franchement, vous ne trouverez pas mieux.

skandalon01Je pense aussi à Julie Maroh, dont les deux BD parues sont aussi recommandables l’une que l’autre. D’abord, le célèbre Le bleu est une couleur chaude où elle raconte une romance entre deux femmes avec une force et un sincérité troublante, qui touche et frappe dans tous les sens du terme.
(Non, je ne parlerai pas de son adaptation ciné, je veux être positive dans ce billet !!)
Puis Skandalon ou la confrontation entre un chanteur de rock sans limite et une société qui ne peut accepter un tel désordre. Là encore, c’est puissant, fort, rageur, ça interroge et ça bouscule.
Plus qu’à attendre son troisième roman graphique, Les Corps Sonores.

C'est toi ma maman ?
C’est toi ma maman ?

Côté américain, je m’y connais nettement moins mais je pense immédiatement à Alison Bechdel. Que deux volumes parus en France mais quels volumes ! Je n’ai pu m’attaquer qu’à Fun Home pour le moment, tant ces BD sont des montagnes à gravir et que j’ai trop le souffle court pour le moment. Alison Bechdel est de ces autrices américaines (je pense à Dorothy Allison aussi, vu que je suis en train de lire Peau et que je trouve leur style assez « proches ») qui vous invitent dans leur famille, dans leurs pensées les plus profondes, dans leurs réflexions les plus pointues tout en vous dévoilant la société américaine avec une sincérité touchante. Elle vous parle d’intime et de social, vous fait connaître en profondeur ses parents, son enfance, permettant en même temps de mettre en scène toute la complexité de la société qui l’entoure. C’est assez ardu, très citations littéraires mais souvent drôle et fascinant. Et un jour je m’attaquerai à C’est toi ma maman ?.

La rose de Versailles vol. 1Les Japonais n’ont pas attendu l’Europe pour découvrir que les femmes savaient faire de la BD. Jetez un œil aux carrières de Moto Hagio (la reine du shôjo même si on la connaît encore peu en France), Rumiko Takahashi ou Clamp.
(Le shôjo, c’est le manga à la base pour jeunes filles, donc principalement romantique, mais avec énormément de diversité quand on fouille un peu plus loin…)
Pour ma part j’ai envie de parler de Riyoko Ikeda, au style shôjo ultra-classique, qui apparaît même à la limite de la caricature aujourd’hui (on n’est plus dans les années 70), grands yeux plein d’étoiles, des fleurs partout mais aux histoires profondes et complexes, dévoilant des personnalités souvent torturées, avec un sens du tragique et du drame inégalé. En France, vous pouvez trouver La rose de Versailles chez Kana (vous vous souvenez de Lady Oscar ? Voilà, c’est ça), et Très cher frère chez Kazé Manga.

Je pense également invariablement à trois mangaka qui me touchent particulièrement.
L'infirmerie après les cours vol. 2D’abord Setona Mizushiro, chez Kazé Manga, qui a commencé par dévoiler tout son talent dans X-Day où quatre personnages se rencontrent pour faire face à leurs tourments. S’en est suivie toute une ribambelle de sorties dont je retiens principalement le troublant L’infirmerie après les cours, qui donnerait sans doute aux anti-djendeurs des envie d’auto-dafé. 10 tomes autour d’un personnage mi-homme mi-femme…
Actuellement sort Brainstorm’ Seduction, en 5 tomes. Mais vous pouvez également vous intéresser à Heartbroken Chocolatier ou Le jeu du chat et de la souris, un yaoi (manga sur les relations homosexuelles entre hommes mais pour un public féminin) en 2 tomes assez fort et plutôt cru, avec un brin de sadisme…

Complément affectif vol. 1Je ne peux évidemment pas passer à côté de Mari Okazaki, une mangaka qui m’a totalement retournée quand est sorti Déclic amoureux chez Akata/Delcourt. Tant de sensualité dans les traits, de rage dans les personnages, de force et de puissance chez ces héroïnes… Akata a ensuite continué à publier une dizaine de ses séries, dont je recommande également le très mignon 12 mois et surtout, le sublime Complément affectif. Beau, sensuel, hypnotique, drôle, profond, complexe… Un manga que je conseille ardemment !
J’avais d’ailleurs fait tout un texte sur cette autrice pour la semaine du shôjo 2014 organisé par Club Shôjo.

Le pays des cerisiersEnfin, il y a Fumiyo Kouno, une mangaka terriblement touchante avec ses œuvres sur la seconde guerre mondiale du côté d’Hiroshima. Ainsi, vous avez d’abord Le pays des cerisiers qui vous fait suivre une famille d’Hiroshima 10 ans après la bombe, ses retombées, ses conséquences. Ca n’a rien de larmoyant ou de mièvre, c’est beau, fort, touchant, bouleversant, avec un trait d’une douceur et d’une délicatesse rares.
Elle a continué son exploration de cette période avec Dans un recoin de ce monde, tout aussi fort mais s’est aussi amusé avec le léger Koko sur l’amitié entre une petite fille et un coq, et a exploré la famille en profondeur avec Pour Sanpei. Impossible de passer à côté.

Il y en aurait encore tant d’autres à mettre en avant : Ai Yazawa avec son cher Nana ou Paradise Kiss, Hiromu Arakawa et FullMetal Alchemist, Silver Spoon ou The Heroic Legend of Arslân, Mizu Sahara et son si beau My Girl, Shizuka Nakano et ses Piqueur d’étoiles et Semeur d’étoiles, Moyoco Anno et son mignon Chocola et Vanilla ou son frappant In the clothes named fat, Hisare Iwoka et La cité Saturne, Kiki et Nibun no ichi ou Love me tender, Natsume Ono avec Gente ou Goyô, Fuyumi Soryo avec Mars ou Cesare, Kaoru Mori et Emma ou le sublime Bride Stories, Kei Toume et Sing Yesterday for me ou Les lamentations de l’agneau, Yayoi Ogawa avec Kimi wa pet, Q.Hayashida et son horrifique Dorohedoro, Chloé Cruchaudet et son Mauvais genre, Mademoiselle Caroline et son touchant Chute libre, etc.
(Bien évidemment la liste n’est ABSOLUMENT PAS exhaustive et peut être largement rallongée.)
D’ailleurs, si vous êtes en manque d’inspiration, jetez un œil au collectif des créatrices de BD contre le sexisme, la liste est déjà bien longue…

Pour ma part, tout ceci m’aura permis de commander Nimona de Noelle Stevenson, et j’espère que ce n’est qu’un début !

One comment

  1. Nimona est excellent, y’a pas à dire. Pour ma part, je suis scotchée à « Strong Female Protagonist » depuis hier… Le dessin est un peu maladroit au début, mais je trouve ça franchement prenant.
    http://strongfemaleprotagonist.com/issue-1/page-0/

    J’ai bien envie de lire « Je n’irai pas à Okinawa », tiens…

    Sinon, le comité du Festival peut aller se faire un cuire un oeuf. Y’en a vraiment marre de leur sexisme patenté.

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