Celle que…

celleque01Série en 3 tomes NB de Vanyda, parue chez Dargaud, 14,00€ le volume.
Existe également en version couleurs.

En 2008, alors qu’on attendait tranquillement le troisième tome de L’immeuble d’en face, Vanyda démarra une nouvelle série avec la sortie de Celle que je ne suis pas, chez Dargaud. Un volume suivi en 2009 de Celle que je voudrais être puis de Celle que je suis en octobre 2011.
L’histoire, c’est celle de Valentine, petite collégienne que l’on rencontre lors de sa rentrée en classe de 3ème et dont on va suivre le quotidien pendant trois ans, au fil des découvertes de l’adolescence, sans spécialement d’événements extraordinaires, ultra-pathos ou tapageurs, juste la banalité de la vie d’une nana comme les autres qui va devoir apprendre à se faire sa petite place.

Mes années collège-lycée commencent à remonter un peu loin dans ma mémoire – après quinze ans, il y a prescription, non ? – mais l’évocation qu’en fait Vanyda avec justesse et sincérité touche : les éclats de rire, les complicités joyeuses, les copines là en cas de coups durs… et évidemment les vacheries entre camarades de classe, les petites méchancetés gratuites envers ceux et celles qui ne rentrent pas dans le moule de « coolitude », les mesquineries d’ado ingrats pressés de paraître adultes à coups de première bouffée ou de première cuite alors qu’ils se plaignent tant de tous ces adultes crétins qui les entourent, les premiers flirts sans conviction juste pour faire comme les autres, les clans bien distincts d’ennemies jurées qui peuvent aussi bien devenir les copines de demain, les amitiés « éternelles » qui s’étiolent en quelques jours, la distance qui s’installe petit à petit entre les meilleures amies du monde qui ne grandissent ni au même rythme ni avec les mêmes rêves, les mêmes passions, les mêmes idéaux en tête, les fâcheries qui traînent alors qu’on ne sait plus trop pourquoi on ne se parle plus…

Tout ça, Valentine le découvre jour après jour. Au collège, elle ne peut survivre sans sa petite bande : Émilie la solaire, obnubilée par les mecs et ses clopes, qui a besoin de captiver pour se sentir exister, quitte à écraser un peu les autres, Yamina la sérieuse ce qui ne l’empêche pas d’être méga-fan de mangas, et Julie la jeunette prête à toutes les expériences pour avoir l’air d’une grande.
Puis arrive le lycée, les groupes qui changent, les copines qui s’éloignent, les illusions qui disparaissent… Valentine grandit, petit à petit, cherchant à savoir quelle route prendre, comment exister par et pour elle-même. Gentille petite fille sage qui sent bien que tout évolue irrémédiablement et que rien ne peut rester éternellement tel qu’elle le voudrait, elle la première, en proie à une grande solitude sans doute nécessaire pour découvrir un peu qui elle est, au delà de l’influence de ses copines. Au fil des rencontres, des expériences, des découvertes, on voit la jeune fille évoluer et accepter ces changements inévitables, s’affranchissant des limites imposées par d’autres, dépassant les pseudo-certitudes que tout ado se trimballe. Apprenant simplement à exister par elle-même, en hésitant, en doutant, en tâtonnant, en suivant ses choix, en acceptant les conséquences de ces derniers, sans chercher à faire plaisir ou à faire comme les autres…
Et on s’y attache, à Valentine, décrite avec énormément de tendresse et de sensibilité, mais également à tous ceux et celles qu’elle croise, Juliette l’idéaliste engagée, Melvin le méga-cool, Charles le mec quasi-parfait, Mathys le copain d’enfance protecteur, Gaëlle l’intello méprisée qui va révéler bien plus de personnalité et de maturité… ses copains d’école qui ressentent sans doute un peu la même chose qu’elle, solitude, incompréhension, malaise, tout en l’exprimant à leur manière, souvent maladroite, parfois un peu lourde – qui n’a pas croisé des Baptiste un peu glauques, se complaisant dans leur mal-être parce qu’ils n’ont trouvé aucun autre moyen d’exister, s’agrippant alors à la moindre petite flamme de gentillesse qu’ils croisent ? Beaucoup d’humour et de dérision également, bien sûr, Vanyda permettant à ses personnages de ne jamais trop se prendre au sérieux, de garder légèreté et simplicité.

Et on termine le troisième tome avec la sensation de tous les connaître et de devoir finalement les laisser s’envoler pour continuer leur vie au fil des petites vaguelettes du quotidien, avec ses petits drames, ses gros bonheurs, ses coups de blues, ses interrogations qui ne cesseront jamais même une fois adultes…
Vous l’aurez compris, craquage total et complet pour cette série tendre, drôle, émouvante, touchante qui me réconcilierait presque avec mes années lycée pourries. Plaisir de lecture évidemment aidé par le trait plutôt maîtrisé qui s’affine au fil des volumes, ainsi que la narration, sachant jouer avec d’astucieux cadrages pour rendre l’ensemble énergique, vivant, sans avoir besoin sur certaines pages de la moindre bulle pour faire comprendre les pensées de Valentine…

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