Ma vie dans les bois vol. 1

Série en cours par Shin Morimura, éditée en VF par Akata.
Sens de lecture japonais, 127x180mm, 7,50€.
Premier volume paru en août 2017.

Il n’y avait certainement qu’Akata pour sortir un manga pareil : Ma vie dans les bois de Shin Morimura. Qui est très exactement ce que le titre dit.

Ma vie dans les bois vol. 1Shin Morimura est un mangaka de 47 ans au printemps 2005 quand, lassé de son quotidien sans saveur, il se lance dans un projet fou sur un coup de tête : créer son petit paradis loin de la civilisation, dans un coin de montagne, une forêt sauvage où vivre en quasi-autarcie. Une utopie inimaginable pour un homme sans aucune expérience ni aucune connaissance de la vie en pleine nature !

Dans ce manga autobiographique, Shin Morimura nous raconte donc son changement de vie, larguant tout pour se perdre en pleine forêt abandonnée, défricher, construire sa maison sans électricité ni eau courante. Après dix ans de vie dans ces conditions a priori spartiates, il nous emmène à la genèse de son idée folle, avec son ignorance et sa détermination comme seuls outils.
Car son ignorance lui permet de ne pas se rendre compte tout de suite de la difficulté de la tâche qu’il s’est fixé. Ses premiers coups de faucille maladroits, ses premières ampoules et courbatures, sa première nuit avec son chien comme seul compagnon tous deux perdus dans l’obscurité, ses premières blessures… Il ne cache rien des épreuves qu’il a dû traverser et de sa naïveté face à un environnement qui n’est pas là pour lui faciliter les choses.

Fauchage, attaque de guêpes, abattage des arbres avec une pointe de culpabilité dans l’âme, déboisement, déracinement – dans tous les sens du terme !! -, il expérimente tout avec candeur mais également lucidité, prenant conscience de l’incroyable difficulté de ce qu’il s’est juré de réussir, autant pour se prouver à lui-même qu’il en était capable, qu’à sa femme qui n’en manque pas une pour le ramener sur terre.
Elle est la voix de notre société de consommation, qui, tout en sachant que rien ne pourra arrêter son borné de mari, n’hésite jamais à lui faire comprendre qu’elle n’est pas prête à se passer tout de suite du confort moderne. Pour autant, elle a l’honnêteté de reconnaître le courage et la qualité du travail de son mari, qui parvient à force de pugnacité et d’ampoules aux mains à atteindre son but, envers et contre tout. Même s’il lui aura fallu près de deux ans de labeur 24h/24, 7 jours sur 7, pour ça.

S’il n’est pas spécialement question de pousser tous les lecteurs à décider de tout lâcher pour construire leur cabane loin de tout – pas sûr qu’il y ait de la place pour tout le monde… -, ce premier volume, et sans doute les suivants, interroge et interpelle. Si le choix fait par l’auteur est évidemment assez extrême, nul doute qu’il fera écho aux questions que les sirènes de notre société de consommation ne parviennent pas à masquer. Voire créent par le mal-être et le sentiment de vide et de perte de sens que beaucoup connaissent aujourd’hui. Il n’y a qu’à voir les multiples reportages dont la TV est friande sur tous ceux qui du jour au lendemain décident eux aussi de changer de vie, de construire leur maison en bois, de retourner à la campagne devenir paysans en permaculture et autres envies de retrouver quelque chose de plus épanouissant qu’une vie de citadin perdu entre métro crasseux – boulot foireux – dodo sous somnifères dans une ville ultra-polluée (je caricature ?). C’est d’autant plus intéressant de voir que ces questionnements et cette recherche de sens n’ont pas de frontière…

Qui plus est, Shin Morimura, même s’il est fier de son choix, de ses réussites, enthousiaste face à sa nouvelle vie, ne cache pas les difficultés pour y arriver.
Et comme il insiste beaucoup dessus, tout le monde n’est pas forcément prêt à « aller chier dans les bois » 365 jours par an, même quand il fait -15. C’est peut-être trivial mais très représentatif en fait de ce qu’on est prêt à accepter pour se rapprocher d’une vie plus simple (perso, les toilettes sèches me semblent plus envisageables qu’un trou au milieu de la forêt mais bon…).

Ce premier tome est une mine d’informations, un témoignage humain et sincère, enthousiaste et vivifiant, blindé d’humour et d’auto-dérision, de fierté et de vie. Ce n’est que le début de l’aventure qui nous y est conté mais j’ai déjà hâte de savoir ce que la vie dans cette forêt a réservé ensuite au couple Morimura… Surtout qu’ils se sont installés dans le département de Fukushima, nom hélas rendu célèbre le 11 mars 2011, et que le volume 4 devrait justement aborder cette question.
Le volume 2 est annoncé pour le 23 novembre 2017 chez Akata, tandis que le 6 est paru le 23 août au Japon chez Kodansha.

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