Les sentiments du prince Charles

Volume unique par Liv Strömquist, édité en VF par les éditions Rackham, 170x240mm, 136 pages, 18,00€. Sorti en septembre 2012.
Réédition sortie le 13 mai 2016 (19,00€).

C’est sur twitter que j’entends parler de cette BD de la dessinatrice suédoise Liv Strömquist, Les sentiments du prince Charles, sortie en 2012 pour sa version française.

Les sentiments du prince CharlesDifficile de deviner de quoi parle cette BD avant de s’y plonger directement. Et la toute première page, s’arrêtant sur le couple Lady Di – Prince Charles ne renseigne pas vraiment…
Car c’est face à une BD assez exigeante et très riche qu’on se retrouve ici. Sur 136 pages, la dessinatrice explore en profondeur les relations hommes-femmes, l’amour, le couple, la condition féminine au travers des siècles. Se basant sur de nombreuses études documentées, des exemples tirés de la pop culture, des personnalités historiques, elle soulève de nombreuses problématiques sur l’éducation genrée, la manière différente dont sont éduqués hommes et femmes, et les attentes respectives qui en découlent, provoquant dépits, désillusions, attachements, égocentrisme où l’amour et la haine jouent à parts égales.

Si le dessin, uniquement à base d’aplats noirs, au trait naïf, n’est pas forcément des plus attirants, il permet néanmoins de faire passer les messages complexes et travaillés de l’auteure. Les chapitres sont relativement indépendants mais forment un tout cohérent, explorant précisément aussi bien les attentes masculines et féminines dans une relation amoureuse, les incompréhensions évidentes qui ne peuvent que naître face au rapport inégalitaire qui en découle, les problèmes de dépendance qui malgré tout sont toujours à l’avantage de l’homme, plus souvent privilégié dans le droit de propriété sur le corps de l’autre.
Avec beaucoup d’humour et de justesse, Liv Strömquist décortique les relations hétérosexuelles dans les moindres détails et même si les quelques références à la culture suédoise ne parlent évidemment pas vraiment à un lectorat francophone, cela ne gêne en rien l’enchaînement des idées, nombreuses, fouillées, souvent fortes et percutantes.

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C’est en effet face à un condensé de féminisme explorant et expliquant les mécanismes bien ancrés du patriarcat qu’on est ici, abordant un point de vue psychologique pour mieux faire ressortir les injustices et inégalités, pas forcément les plus voyantes – comme les différences de salaire ou l’accès au pouvoir – mais celles plus sournoises du quotidien de toutes les femmes, poussées à se préoccuper plus de l’autre que d’elles-même, de préférer se mettre en retrait et de recherchLes sentiments du prince Charles - nouvelle éditioner constamment l’attention et la validation de l’homme, qui lui a le loisir d’utiliser toute son énergie pour lui, son bien-être, sa « liberté » quitte à avoir dû mettre en sourdine ses émotions et son rapport intime à l’autre pour garder sa domination.

Le propos est évidemment passionnant, bien amené, efficacement expliqué mais ce n’est clairement pas de la BD purement divertissante. En revenant sur les évolutions des relations amoureuses au fil des siècles, qui nous vit passer du mariage arrangé sans question de sentiments au mariage d’amour, Liv Strömquist casse pas mal de pseudo-arguments essentialistes et expose l’importance du contexte socio-culturel, qui ne cesse de changer notre rapport à l’autre.
Difficile d’en dire plus tant le contenu est riche et dense, imposant une lecture très attentive et entrecoupée de réflexions pour mieux en profiter. Une BD indispensable pour qui s’intéresse à ce sujet…
À noter qu’une nouvelle édition est disponible toujours chez Rackham à partir du 13 mai 2016.

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