Nimona

Volume unique par Noelle Stevenson, édité par Dargaud en mai 2015, 177x248mm, 272 pages, 19,99€. 

C’est lors de la polémique sur les nominations du Grand prix d’Angoulême en janvier dernier que j’ai entendu parler de Noelle Stevenson et de sa première création, Nimona (d’ailleurs en sélection officielle). Face aux louanges unanimes, je me suis laissé tenter…

NimonaBallister Blackheart est un super-vilain. En lutte contre l’institut pour le maintien de l’ordre héroïque, et plus précisément contre Ambrosius Goldenloin, le meilleur chevalier du royaume, qui l’a trahi jadis. Débarque alors une jeune fille, Nimona, sa nouvelle assistante aux pouvoirs étonnants, qui compte bien l’aider à…

Bienvenue dans une BD absolument délirante, aux graphismes au charme ravageur, aux personnages incroyables.
Nimona est un personnage bouillonnant. D’énergie, d’idées, prête à tout pour faire de Blackheart un super-vilain dont le monde se souviendra longtemps. Elle trouve ses plans sympathiques mais un peu trop timides et n’hésite pas à y rajouter sa petite touche toute pleine de délicatesse et subtilité : explosions, bastons, violence, assassinats. Bref, chaos. C’est bien le but, non ? Elle ne comprend pas qu’un super-vilain veuille se fixer des règles à ne pas transgresser. Mais voilà, lord Blackheart a des principes…
Cela n’empêche pas ces deux-là de développer une relation pleine d’humour, de tendresse et, disons-le clairement, d’amitié. Certes, Nimona n’a pas son pareil pour mener les plans à sa façon pas très orthodoxe, quitte à faire quelques dégâts collatéraux mais ses capacités impressionnantes et son enthousiasme très enfantin la rendent forcément très attachante. Surtout quand au détour d’une simple case a priori anodine, on surprend un petit regard, un simple mot qui semble sous-entendre beaucoup de chose sur son passé qu’on imagine chaotique.

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Car au delà de l’histoire de chevaliers, de monstres, de vilains et de plans machiavéliques, Stevenson parvient à développer ses personnages avec justesse et finesse. Personne n’est vraiment ce qu’il paraît être : Blackheart est bien loin d’un super-vilain sans foi ni loi, Goldenloin est plutôt ambivalent dans son rôle de héros sans peur et sans reproche, et l’institut a largement oublié son but de maintien de la paix des villageois après s’être enivré de pouvoir et veut tout faire pour garder sa domination, au mépris des vies qu’il est censé protéger. L’auteure s’amuse des clichés et des lieux communs traditionnels de ce genre d’histoire de héros, de chevaliers, de dragons et autres monstres, qu’elle retourne et détourne avec jubilation.
Puis, au fur et à mesure que l’histoire avance, on entrevoit de plus en plus la profondeur des personnages, notamment Nimona et ses lourds secrets. Sa solitude, son exclusion du monde des hommes dont elle ne peut pourtant pas se passer même si elle ne cesse de hurler qu’elle n’a jamais eu besoin de personne pour vivre. Au fil des combats qui s’intensifient, des plans qui s’élaborent, des ennemis qui se découvrent, se dessine une quête de l’autre, de l’amitié, des simples relations humaines, si fragiles et pourtant totalement indispensables.

Nimona est de ces BD qui vous filent une patate d’enfer, vous émeuvent en deux cases, vous font rire aux éclats sur un dialogue, vous émerveillent par leur intelligence, leur habileté et leur parfaite cohérence. Difficile de croire qu’il s’agit d’une première oeuvre, prépubliée sur le net avant d’être multiprimée aux USA.
Mais s’il y a bien quelque chose de diabolique dans cette histoire, ce ne sont clairement pas les plans de Blackheart mais le charme ensorcelant qui se dégage de ces pages !

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