Souvenirs de Marnie

Film d’animation de Hiromasa Yonebayashi, 1h43.
Sorti en salles en France le 14 janvier 2015, en DVD/BluRay prochainement.

Après Arrietty en 2011, Hiromasa Yonebayashi revient avec son deuxième film pour Ghibli, Souvenirs de Marnie, adapté d’un roman de Joan G. Robinson (When Marnie was there, un des 50 livres recommandés par Hayao Miyazaki). Peut-être le dernier long métrage du célèbre studio japonais, suite à la retraite de ses fondateurs et au manque de succès de ce dernier opus dans son pays d’origine, mettant à mal la santé financière de l’un des plus grands noms de l’animation mondiale.
Un manque de succès à mon sens absolument non mérité, Souvenirs de Marnie étant une œuvre profondément belle et touchante, débordante d’amour et de tendresse.

Souvenirs de MarnieAnna, 12 ans, n’est pas heureuse. Solitaire, elle ne se mêle pas aux autres enfants de son âge, restant en retrait avec son carnet de croquis sous le bras, lui donnant l’excuse de pouvoir s’écarter pour dessiner. Sa mère adoptive décide de l’envoyer chez des parents à elle au bord de la mer, pour lui permettre de reprendre des forces après une violente crise d’asthme. Mais c’est surtout sa rencontre avec Marnie qui va tout changer…

En seulement deux films, Hiromasa Yonebayashi parvient à se créer son identité propre et à imprimer sa patte. Ainsi, on retrouve dans Souvenirs de Marnie des éléments déjà présents dans Arrietty.
En premier lieu, les décors superbes, luxuriants… C’est déjà le cas chez Miyazaki père mais le ressenti est ici différent, entre le potager aux légumes gorgés de soleil (même si on est sur l’île d’Hokkaido) ou la maison des Oiwa, fantasque, un peu comme le logis de la famille d’Arrietty où tout débordait d’imagination. Il n’y a qu’à voir le lit d’Anna aux montants en tronc de bouleau, marquants et accrocheurs. Un vrai délice pour les yeux, ludique, avec déjà beaucoup de tendresse qui s’en dégage.
Autre point commun avec Arrietty, la mise au vert d’un personnage pour cause de maladie : après Sho, malade du cœur, Anna, asthmatique mais surtout à la limite de la dépression, gamine rongée par une estime d’elle-même catastrophique et une fuite du monde dont on finit par comprendre les raisons au fil du film. Il n’est pas si courant dans un Ghibli de commencer une histoire avec une héroïne qui se déteste fondamentalement : je pense à Chihiro, une gamine capricieuse pas très joyeuse quand elle arrive aux bains, ou à Sophie du Château ambulant, plutôt fataliste et persuadée de ne pas mériter grand-chose de par son physique qu’elle estime médiocre.
Mais Anna est nettement plus sombre : elle fuit toute marque d’amour, laisse facilement échapper une remarque désobligeante tout en s’en voulant énormément d’être ainsi. On comprend vite que son humeur maussade cache en fait un profond malaise, une blessure dont elle-même n’a pas vraiment conscience, une peur terrible d’être abandonnée, oubliée, mise de côté qui fait qu’elle préfère faire le vide autour d’elle-même plutôt que risquer le rejet.

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Son arrivée dans cette petite ville au bord de l’eau et surtout sa découverte d’un vieux manoir au cœur des marais va l’obliger, sans qu’elle le remarque, à baisser sa garde, à laisser entrer quelqu’un dans son intimité, à savoir la jeune Marnie, qui la fascine et l’exalte. Tout semble facile avec elle. Toute sa vie semble parfaite, face à celle d’Anna, enfant adoptée à qui il manque une part d’elle-même pour se comprendre.
Mais leurs deux existences ont leurs propres mystères et le quotidien de Marnie est loin de celui d’une princesse de conte de fées. On remarque là encore un point commun avec Arrietty et sa gouvernante profondément méchante et odieuse, à croire que Yonebayashi a un problème avec les employés de maison… Il est d’ailleurs rare de trouver un personnage profondément mauvais dans l’univers des Ghibli (je pense aussi à Muska dans Le château dans le ciel).
Ainsi les vies de Marnie et Anna ont leur part d’ombres et de ténèbres mais chacune y réagit d’une manière totalement différente : là où Anna se laisse bouffer par sa solitude qu’elle s’impose par peur de la subir, Marnie sourit et garde la tête haute, donnant à sa nouvelle amie le courage d’affronter ce qu’elle prenait pour une fatalité.

On pourrait en vouloir à Anna pour son mauvais comportement alors qu’elle a en face d’elle des gens plutôt adorables et sympathiques mais son intransigeance tant avec elle-même qu’avec les autres la fait terriblement souffrir et elle apparaît plutôt comme une victime de circonstances difficiles à surmonter pour une enfant de 12 ans. Son été chez les Oiwa agit alors comme une quête pour apprendre à accepter l’amour et l’intérêt sincère des autres, comme l’exubérante Sayaka qui par sa fraîcheur et son énergie va réussir à profiter de la baisse de la garde d’Anna pour se faire une petite place amicale.

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Le film se construit autour de l’évolution d’Anna face à Marnie puis au reste de son entourage, tous attachants à leur manière, comme le taiseux Toishi ou la touchante Yoriko. Après l’incompréhension, le dégoût, la colère, la culpabilité, la jeune fille peut enfin s’apaiser en se débarrassant du lourd poids qu’elle portait sur les épaules sans le savoir.
Héroïne complexe et originale, personnages attachants et travaillés (principalement féminins d’ailleurs), histoire finalement simple mais très efficacement narrée, jouant sur les interrogations et les découvertes tout en subtilité, décors superbes, animation évidemment sans faille… Il serait bien sûr dommage que Souvenirs de Marnie soit le dernier long métrage Ghibli, Hiromasa Yonebayashi tout comme Gorô Miyazaki ayant su prouver leur capacité à se démarquer de leurs illustres aînés et de proposer de belles œuvres ayant leur propre personnalité.
Mais si cela devait être le cas, ce serait en tout cas avec un beau film sur l’amour et la famille – pas forcément celle de sang qui peut être défaillante mais celle qu’on se choisit -, avec énormément de tendresse, de douceur et de sérénité qui se dégagent des dernières images.

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