Tokyo, amour et libertés

Volume unique par Kan Takahama, édité en VF par Glénat en septembre 2017.
Sens de lecture japonais, 145x210mm, 164 pages, 10,75€.

Après une entrée sur le marché français par Casterman début des années 2000, Kan Takahama a intégré le catalogue Glénat en 2017 avec Le dernier envol du papillon puis Tokyo, amour et libertés que j’ai lu en version numérique.

Tokyo, 1926. Ishin travaille pour son ami éditeur Eijiro, lui écrivant des chroniques pour sa nouvelle revue érotique. En butte avec la censure de la société japonaise d’avant-guerre, les deux amis arpentent les quartiers chauds, y faisant des rencontres plus ou moins chaudes pour alimenter les pages osées de leur magazine…

Kan Takahama, je l’ai découverte en 2003 avec une nouvelle de la revue Bang ! avant la parution de ses premières œuvres chez Casterman. Ce n’est donc pas totalement à l’aveuglette que je me lance dans la lecture de Tokyo, amour et libertés.

L’autrice s’inspire de la vie de son grand-père et de son grand-oncle pour imaginer cette histoire qui débute en 1926, dans un Japon aux mœurs plutôt libres, du moins dans certains quartiers de la capitale. Les premiers chapitres nous font suivre Ishin et Eijiro dans leurs virées principalement nocturnes, auprès des prostituées ou dans les festivals aux idoles quelque peu osées (un peu comme ce village dans Initiation de Haruko Kashiwagi chez Akata/Delcourt). Ces chapitres posent le ton, assez cru et porté sur la chose, ce qui n’a rien d’étonnant vu le nom de leur revue : La porte de la sexualité (la revue a réellement existé, comme d’autres qui ont contribué à l’essor de l’ero-guro). Cela pourrait en rester là et n’être qu’une sympathique mais anecdotique lecture un peu voyeuse de deux mecs en goguette pour émoustiller les jeunes filles de bonne famille ou « faire bobo » (je vous laisse découvrir ce que ça veut dire dans le dialecte de Kumamoto. Cela donne une teinte tout particulière à mes souvenirs du doublage français des méchants de Ken le survivant…).

Mais quand Ishin rencontre Aki, métisse espagnole-japonaise qui galère à trouver sa place dans un pays où ses origines pauvres ne lui laissent pas beaucoup d’opportunités, l’histoire prend une autre tournure. Au delà de la relation physique qui s’établit entre eux se construit une histoire d’amour, classique avec le côté « elle est pauvre, il est d’une famille établie » mais touchante et en fait assez pudique et très douce malgré tout. Ils semblent n’avoir rien en commun mais sont tous les deux à la marge d’une société qui se durcit tandis que la guerre approche, avec son lot de patriotisme guerrier et de choix à faire entre respecter ses principes et assurer la sécurité des siens.
Les deux personnages principaux sont attachants, attendrissants et les quelques scènes un peu osées jouent plus sur l’humour et la simplicité que sur le côté purement lubrique finalement vite évacué.
Le dessin de Takahama garde cette touche mi-manga/mi-franco-belge qu’on lui connaît, avec toujours une prédilection pour les « gros nez » (pas très manga en soi). Et ses textures très numériques conviennent parfaitement à une lecture sur écran plutôt que sur papier…

Tokyo, amour et libertés est l’histoire d’un couple a priori plutôt foireux qui va devoir batailler pour trouver son équilibre dans le contexte particulier d’une société aux règles strictes où la liberté d’être soi se paye cher. Une plongée japonaise assez différente de ce que l’on a l’habitude de lire…

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