A Silent Voice vol. 1

Série en 7 tomes par Yoshitoki Oima, éditée en VF par Ki-oon, en VO par Kodansha.
Sens de lecture japonais, 115x175mm, 6,60€.
Premier tome sorti en janvier 2015, 192 pages.

Le handicap est rarement un sujet abordé dans les mangas. On a eu L’orchestre des doigts d’Osamu Yamamoto chez Milan et voici maintenant A Silent Voice qui traite également de la surdité. C’est la première œuvre d’une jeune mangaka, Yoshitoki Oima, tout juste terminée au Japon avec 7 tomes.

A Silent Voice vol. 1Shoya n’est qu’en CM2 mais déjà, rien ne l’intéresse. Il suit le même objectif que sa grande sœur, combattre l’ennui à tout prix. Il a sa propre technique pour ça, lancer chaque jour à ses camarades et à lui-même de nouveaux défis, si possibles dangereux et stupides. Tout n’est qu’un prétexte pour passer le temps et s’amuser, sans se préoccuper des conséquences ni du mal que cela peut faire.
Débarque alors dans sa classe la jeune Shoko, à peine transférée d’une autre école. Elle est malentendante et communique par l’intermédiaire d’un cahier. Malgré tout ses efforts pour s’intégrer, elle va rapidement devenir la souffre-douleur de Shoya et ses camarades…

Je m’inquiète toujours avant de me lancer dans la lecture d’un manga parlant de l’ijime, le harcèlement japonais, notamment en milieu scolaire, où « le clou qui dépasse appelle le marteau » (ce qui n’est, hélas, pas spécifique au Japon : on dit qu’un élève sur 10 est harcelé à l’école en France, je pense que c’est une estimation basse…). Voir quelqu’un se faire martyriser gratuitement par ses camarades qui prennent ça pour un jeu où le plus fort se débarrasse du plus faible a plutôt tendance à me faire fermer un livre.
Mais A Silent Voice parvient à gérer ça intelligemment, sans en faire des tonnes, avec pas mal de nuances et de subtilité.

Shoya est le petit con de sa classe. Tous les jours, il trouve de nouvelles stupidités à faire et tous les jours, il rentre chez lui dans un état épouvantable sous les yeux horrifiés bien qu’habitués de sa mère, après s’être parfois pris un savon de son instituteur un rien blasé et fatigué de ses agissements. Quand Shoko débarque, elle devient son nouveau sujet d’amusement, lui qui commençait à voir ses potes de conneries s’éloigner, un peu lassés de ces jeux idiots alors que le collège n’est plus très loin. Mais si Shoya se plaît à tourmenter la nouvelle venue, ses camarades ne sont pas en reste et même le maître joue plus ou moins le jeu, n’ayant clairement pas envie de s’encombrer d’une gamine qui rompt l’équilibre de sa classe, demande de l’attention et des efforts d’adaptation.
Shoko, malheureuse habituée de ces démonstrations de mépris et de bêtise gratuite, tente de gérer la situation, même si sa mère semble plus préoccupée des apparences que de ce que peut ressentir sa fille. La gamine montre ainsi un sacré courage face au rejet de tous : elle ne joue pas la carpette toute faible comme Shoya le croit mais tente d’avancer envers et contre tous, avec volonté et force, sans se laisser démonter.
Et quand le jeu de nuisances va trop loin, c’est à Shoya d’en payer le prix, découvrant ce que ça fait que d’être de l’autre côté de la barrière. La suite de sa scolarité va lui apprendre le goût amer de la solitude…

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Je craignais donc que le thème de l’ijime donne un manga pesant, glauque, sombre et plombant. Mais la mangaka apporte suffisamment de profondeur et de psychologie à tous ses personnages pour qu’on ne ressente pas du gratuit sans fondement, mais plutôt qu’on cherche à mieux comprendre ce qui se passe et comment cela peut arriver sous les yeux de tout le monde. Le handicap de Shoko n’est pas montré de façon larmoyante ou pathétique, et la jeune fille est plutôt attachante dans sa volonté de tenter d’arranger les choses. Même Shoya, le parfait petit con, dépasse ce simple cliché et…

Et justement, je ne vois pas trop ce que va raconter la suite. Et je suis extrêmement curieuse de savoir vers quoi se tourne l’auteure dans les volumes suivants, après avoir mis en place un tel passif pas évident à surmonter. Nulle doute que la relation entre Shoya et Shoko va être étoffée et vu la capacité de la mangaka à travailler ses personnages, voilà qui promet d’être intéressant.
Au départ, l’œuvre était un one-shot récompensé lors d’un concours pour mangaka amateurs chez Kodansha. Il aurait alors dû être publié d’office dans un des magazines de l’éditeur mais son sujet sensible a fait qu’il a fallu attendre trois ans pour qu’enfin l’œuvre sorte et connaisse un tel succès qu’elle se retrouve déclinée en série.

Ce premier tome est en tout cas à la hauteur des efforts déployés par Ki-oon pour le promouvoir : graphiquement détaillé et maîtrisé, avec un style propre plutôt agréable, narrativement rythmé et équilibré, avec des personnages touchants, attachants, développés et une fin de volume qui donne forcément envie de lire la suite.
Le tome 2 est annoncé pour le 12 mars 2015.

2 comments

  1. Pour avoir lu l’intégralité du manga et l’avoir suivi, la suite va montrer le quotidien de Shoya une fois au collège et comment il va tenter de rattraper ses erreurs passées et se faire pardonner.
    Là aussi il va y avoir des moments durs mais que j’ai trouvé bien gérer, avec des personnalités pas toutes blanches ni noires. Pour avoir vécu une partie de ma scolarité avec des handicapés (moteurs et mentaux) mais aussi des gens malentendants, je retrouve certaines choses.
    Le seule reproche que je peux faire à cette oeuvre c’est sa fin, après se sont mes goûts 🙂

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