Si tu tends l’oreille

Film d’animation de Yoshifumi Kondô, 1h46.
Sortie en DVD/Blu-ray le 7 janvier 2015.

Alors que le dernier Ghibli, Souvenirs de Marnie, sort au cinéma, voilà l’occasion de découvrir un autre des films du célèbre studio, inédit également dans nos contrées bien que datant de 1995, Si tu tends l’oreille (Mimi wo sumaseba). Il a été réalisé par Yoshifumi Kondô, alors vu comme l’étoile montante du studio avant sa mort trois ans plus tard.
Pas de sortie en salles pour celui-là mais directement en DVD, avec VF et VOSTF.

Si tu tends l'oreille (DVD)Shizuku, en dernière année de collège, est une passionnée de lecture. Pendant les vacances d’été, elle accumule les livres empruntés à la bibliothèque et remarque sur les fiches d’emprunt un nom qui revient souvent, celui de Seiji Amasawa. Elle qui rêve d’aventures romanesques, voilà qu’elle commence à s’imaginer qui cela peut être…
C’est en suivant un chat descendant du train qu’elle découvre une petit boutique cachée sur la colline, remplie d’antiquités dont une statuette qui la fascine.

Le résumé fait forcément penser à un autre film Ghibli, Le royaume des chats, sorti en 2002. Les deux longs métrages sont en fait adaptés de deux mangas signés Aoi Hiragi, où l’on trouve le Baron et Muta, les deux chats par qui tout commence…
Dans les deux cas, nous voilà face à une adolescente en pleine recherche d’elle même. Dans Si tu tends l’oreille, Shizuku est une jeune fille rêveuse, énergique et parfois étourdie, qui se retrouve à s’interroger sur ce qu’elle va faire de sa vie à un âge où ses camarades, comme sa meilleure amie Yuko, se laissent simplement porter par leur quotidien. Sa rencontre avec le vieil antiquaire puis avec Seiji la pousse à se poser des questions, aussi bien sur ses sentiments que sur les choix qu’elle va devoir faire alors qu’il va bientôt falloir passer les examens pour entrer au lycée.
14 ans, c’est jeune mais elle voit Seiji déjà déterminé à devenir luthier et se sent gênée de ne pas avoir la moindre ambition. Surtout face à sa mère qui reprend des études pour pouvoir travailler et sa grande sœur qui entre tout juste dans la vie active après la fac.
14 ans c’est jeune mais quand on ne souhaite pas forcément choisir la voie la plus classique, peut-être cela vaut-il le coup de chercher un peu, quitte à inquiéter un peu les parents désarçonnés par un tel changement de comportement, voyant leur fille dans d’intenses recherches et oubliant quelque peu ses études…

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Deux aspects sont donc développés dans le film : d’un côté, les premiers coups de cœur adolescents, traités avec humour, légèreté, subtilité, entre premiers rougissements et premières déclarations que ces jeunes gens ne savent pas encore vraiment gérer, sans pour autant se la jouer niaiserie mièvre. L’innocence et la découverte des premiers sentiments rendent les déclarations pleines d’absolu et de promesses d’éternité, à un âge où la vie n’a pas encore eu le temps de montrer son aspect cynique.

D’un autre côté, on a une jeune fille en plein questionnement sur les choix qu’elle va devoir faire pour mener sa vie, face à des parents un peu perdus mais compréhensifs, prêts à lui laisser sa chance tout en voulant bien lui faire comprendre qu’elle devra en assumer toutes les conséquences. Ils traitent sa détermination en adulte, lui donnant un premier aperçu de sa future indépendance qu’elle devra alors porter, ainsi que le poids de ses possibles échecs. À elle alors de se rendre compte des obstacles à franchir et des capacités qu’elle va devoir développer pour réussir.
Elle ne se laisse plus alors simplement porter par son quotidien mais le choisit : elle qui disait à sa mère qu’au moins elle avait choisi d’étudier ce qui n’est pas le cas de collégiens obligés de suivre leur scolarité, là voilà qui peut alors prendre conscience de ses propres possibilités.
Remarquons également qu’elle n’est pas du genre à attendre les bras ballants le retour de son preux chevalier : si lui avance, elle veut en faire autant, à sa façon. De la même manière que quand il monte une côte à vélo, elle ne reste pas béatement à regarder son mec suer à grosses gouttes, elle descend pour participer à l’effort. Cela pourrait n’être qu’un détail mais face à tant d’héroïnes souvent muettes et transies d’émotion devant le garçon qu’elles aiment, ce côté volontaire et affirmé est agréable.

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Comme souvent avec Ghibli, on est là face à une belle œuvre, pleine d’espoir, de tendresse et de divers messages plutôt finement portés. Les personnages sont joyeux et attachants, leur quotidien charmant et entraînant, sans pour autant se la jouer bêtement idyllique, béatement optimiste. À chacun de faire les efforts qu’il faut pour pouvoir avancer sur la voie qu’il se choisit, en acceptant les conséquences et les difficultés qu’il va y rencontrer forcément.

10 comments

  1. Oh, Mimi, mon second Ghibli préféré… Avec Kiki, ce qui me fait dire que c’est peut-être pas un hasard si mes deux préférés ont deux héroïnes qui se cherchent. Je ne sais pas pourquoi, mais je pensais pourtant que le film avait déjà été édité en France… Je me souviens d’avoir lu une critique dans Animeland y’a longtemps, mais c’était peut-être juste un article pour présenter le film. Merci Morgan !

    1. Justement, étant donné qu’il est disponible en streaming et en téléchargement depuis des années, il est tout à fait possible qu’Animeland ai fait une critique du film.

        1. La (très) grande majorité des fans de japanimation se tournent vers le streaming, c’est un fait. Donc pour ne pas être en retard par rapport aux fans, les sites/journaux sont obligés eux aussi d’avoir recours au streaming pour être efficace. À mon avis, ce qui n’est pas sérieux, c’est de sortir le DVD d’un anime 20 ans après sa sortie au japon.

          1. Certes mais il me semble très dangereux pour un magazine pro de se la jouer piratage pour rester crédible aux yeux des pro. Ce serait comme s’ils chroniquaient des mangas à partir de fantrad…
            Rien n’empêche par contre d’avoir un journaliste au Japon, ou parlant japonais, qui se fournit légalement là-bas…

    1. Pas forcément. L’animation japonaise et le manga, c’est un petit milieu où tout le monde se connaît, trouver quelqu’un sur place pour pondre un article, ce n’est pas le plus compliqué…

        1. « plus compliqué » voulais-tu dire, je pense.
          Mais la question n’est pas là. Tu es un professionnel, tu n’as pas à choisir la solution de facilité si elle implique de l’illégal. Déjà parce que ce n’est pas pro, ensuite parce que tu risques de te brouiller avec les éditeurs pro qui apprécieront moyen ces pratiques. C’est un peu la différence entre un fanzine amateur sur le net et un magazine professionnel qui se vend en kiosque.

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