12 mai 2021

[R] Adieu, Chunky Rice

Volume unique par Craig Thompson, édité en VF par Delcourt puis Casterman, en VO par Top Shelf.
133 pages, 13,95€ pour la version Casterman.
Chronique datant du 04/02/2004.

S’il a été reconnu surtout avec la sortie de Blankets, paru en France chez Casterman en 2004, c’est dès 1999 aux USA et 2002 chez nous que Craig Thompson a pu faire découvrir son talent avec Adieu, Chunky Rice.
chunkyrice01Ma chronique datant de février 2004, elle était basée sur la première édition, chez Delcourt, avant que Casterman propose une réédition dans sa collection Écritures en 2006.
Depuis, Craig Thompson a sorti notamment Habibi, toujours chez Casterman pour la version française.
Je me souviens que cette BD, parmi mes premières incursions hors manga après le lancement de Mangaverse, m’avait bouleversée, jouant un grand rôle dans ma curiosité de découvrir d’autres types de lectures. Tout comme des titres comme Pilules bleues de Frederik Peeters ou le Journal de Fabrice Neaud pour ne citer qu’eux. Si la chronique date, elle me parle toujours autant ce qui m’a donné envie de vous la proposer aujourd’hui dans cette rétrospective.

chunkyrice02Étouffant dans son quotidien, Chunky Rice la tortue a décidé de partir et de prendre la mer. Il n’a plus que le temps de partager une dernière soirée avec sa meilleure amie, Dandel la souris, avant de prendre ses dernières affaires et quitter son meublé pour s’embarquer sur le bateau du Capitaine Charles.

Poésie. Mélancolie. Tendresse. Émotion. Parler d’amour et d’amitié, de mort et de séparation, de la Vie avec quelques mots simples, sans fioritures. Chunky sent qu’il doit partir, il ne sait pas trop où ni pourquoi mais devine qu’il doit bouger pour évoluer, sans imaginer ce qu’il va trouver. Peut-être cet endroit où il se sentirait chez lui, comme le lui dit Dandel. Même si au fond de lui, il sait qu’il ne s’est jamais senti mieux que depuis qu’il la connaît, elle… La découverte du monde qui l’entoure, des gens qu’on y rencontre, loin de sa petite vie bien tranquille va lui permettre de faire le point sur son propre univers… Là où Dandel au contraire va terriblement ressentir cette séparation que rien ne semble pouvoir combler.

Thompson nous met en scène quelques personnages qu’on croit vite cerner. Et puis, il suffit d’une phrase, d’un mot, d’une image pour nous montrer que tout n’est pas si simple et qu’ils sont tellement plus complexes que ça : Charles le capitaine menteur, cogneur et un peu escroc qui se révèle soudain plein de failles, fragile et amoureux passionné de la mer et de ses humeurs, Salomon le simple d’esprit si attachant qu’on découvre en fait si lucide et si sensible, Dandel la souris qui se veut si forte et ne cessera de penser à Chunky, etc.
Leur point commun à tous : l’humanité qu’ils dégagent, avec leurs qualités et leurs défauts, le tout étant mis délicatement et subtilement en scène, avec beaucoup de justesse. Sans oublier tout cet amour qu’ils aimeraient tous pouvoir donner et partager. Il n’est pas rare d’être pris à la gorge par quelques mots, sans qu’on ressente de mélo forcé et de patho misérabiliste. La scène de Chunky en train d’enserrer Dandel endormie sous la tente, par exemple, est bouleversante.

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Une histoire finalement simple mais forte, mise en valeur par une narration superbe, inventive, vivante, où l’on ne cesse de jouer avec l’espace et le temps tout en n’ayant aucun problème de compréhension, où des éléments qui semblaient anodins prennent soudainement toute leur valeur, apportant une profondeur réellement inattendue.
Pas une BD triste, froide, mais au contraire, au delà de la cruauté de la vie, des lourdes décisions à prendre et assumer, une BD qui parle directement à notre sensibilité, à notre cœur, parfois dure, mais surtout bourrée de tendresse avec des petites pointes d’humour…
Et réussir à nous rendre si attachantes une souris et une tortue, avec un coup de crayon très personnel et très agréable, il fallait y arriver…

Une réflexion sur « [R] Adieu, Chunky Rice »

  1. Superbe ouvrage, mais je n’ai jamais réussi à retrouver l’édition originale, beaucoup plus belle que la réédition.

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