21 avril 2021

Et tandis que revient le 8 mars…

Le 8 mars.
Pas “La journée de la femme”.
Encore moins “La journée de la FÂÂÂÂME”.
Ni même “La journée des femmes”.

Mais “La journée internationale de lutte pour les droits des femmes”. Chaque mot est important. International, parce que ça concerne tous les pays. Lutte des droits des femmes parce qu’on en est encore à devoir se battre pour que la moitié de l’humanité ait accès aux mêmes choses que l’autre (sans avoir besoin d’en faire cent fois plus pour ça). Malgré les élucubrations de quelques connards masculinistes qui hurlent à qui veut l’entendre – et il semble encore y avoir beaucoup de médias désireux de leur tendre le micro – que les méchantes femmes ont déjà tous les droits et que ce sont elles qui dirigent tout et maltraitent les pauuuuvres hommes (principalement blancs, hétéro, cisgenres et riches, évidemment qui sont, comme chacun sait les grandes victimes de notre siècle. Kof kof). Qu’importe les études, les faits, les chiffres, leurs fantasmes sont plus importants.

Car oui, même en France, qui se targue pourtant d’être la patrie des droits de… l’homme, pardon, de l’Homme, même en 2021, les femmes doivent encore se battre tous les jours.
Se battre pour pouvoir témoigner des violences qu’elles subissent, constamment niées, moquées, voire instrumentalisées. #MeToo ou pas, rien n’a changé et les femmes qui courageusement prennent la parole sont encore dénoncées comme des hystériques en mal d’attention, qui feraient ça pour leur carrière (même si aucune femme ayant témoigné de violence n’y a gagné la moindre avancée de carrière, beaucoup ayant même dû démissionner de leur poste si elles n’ont pas été mises au placard ou virées). Les accusés, eux, continuent tranquillement leur petite vie, voire y gagnent encore plus en street cred de mâle alpha (“C’est un séducteur…” “Le charme à la française…”).
Quand on voit ce que se prennent dans la tronche Florence Porcel ou Camille Kouchner, femmes ayant un minimum de notoriété publique, après avoir témoigné contre des hommes puissants, on ne peut qu’imaginer ce que des femmes sans la moindre couverture médiatique prennent quand elles osent parler…

Se battre pour être reconnues pour leur travail, leur investissement, leurs découvertes, leurs créations. Voilà des siècles qu’elles sont invisibilisées et effacées.
Se battre pour avoir le droit d’exister comme elles l’entendent, sans avoir besoin de la validation d’un homme pour ça. En s’habillant comme elles le veulent, en jupe courte, en débardeur, avec un voile ou tête nue, le crâne rasé, épilées ou pas, en pantalon, en robe, etc. Pour pouvoir aller où bon leur semble quand bon leur semble, sans avoir peur d’être sifflées, interpellées, injuriées, abordées, agressées, violées, tabassées, menacées, tuées. En plein jour ou quand il fait nuit, seules ou accompagnées.
Avoir simplement le droit d’exister, sans avoir à craindre jugement, morale, menaces, injonctions contraires et multiples.
Y compris le droit d’envoyer des nudes si elles le veulent sans qu’une institution censée les protéger vienne y mettre son nez et balancer une connerie qui va culpabiliser les victimes et les inciter encore moins à aller porter plainte.

Ils ont supprimé leur tweet mais on n’oublie pas…

Néanmoins, j’ai de plus en plus de mal avec cette journée.
Parce que chaque année, c’est pire. Chaque année, on redoute l’arrivée de cette journée, instrumentalisée par le capitalisme pour vendre des forfaits manucures et autres gadgets qu’on assimile à la féminité. Bijoux, parfums, fleurs, fringues, électro-ménager… La valse des clichés.

Mais surtout on redoute les initiatives longuement réfléchies dans des salles de réunions apparemment composées encore majoritairement d’hommes pour marquer le coup (même s’il pouvait aussi y avoir des femmes présentes car oui, il y a des femmes qui ont tellement bien intégré les codes du patriarcat qu’elles n’y voient plus de problème).

Un peu comme ce quotidien national qui trouve extrêmement opportun de fêter le 8 mars en mettant en Une “Lettre d’un agresseur à sa victime”. Oui oui, le 8 mars, on publie la lettre de chouinerie d’un homme violeur qui, il y a une dizaine de jours, s’est dit “Hey, je vais écrire une lettre immonde pour me déculpabiliser et je vais l’envoyer à un journal pour qu’ils la publient, chouette idée, on va pouvoir parler de moi, moi, moi, moi, moi !!”.
Non seulement le journal ne voit aucun problème à ça mais en plus, il réalise le pur fantasme de l’agresseur : la publier le 8 mars.
C’est censé nous sortir de notre zone de confort. Bon gros crachat dans la gueule à toutes les victimes de viol qui cherchent encore cette zone de confort…
Publier les mots d’un violeur, le mettre en Une le jour de la lutte des droits des femmes et ensuite nous reprocher quand on râle de refuser le débat.


Le débat de quoi ? Quel débat y a-t-il à avoir sur le viol ? Quels mots y a-t-il à rendre plus complexes quand le sujet est disséqué et examiné depuis des années par des chercheuses et des militantes féministes ? Faut-il donc encore que ce soit un homme qui parle pour qu’on écoute, y compris quand il est l’agresseur ?
(Quand on parle de “libération de la parole”, on ne pensait pas à celle de l’agresseur, hein ! L’agresseur qui désormais se dit qu’il peut parler ouvertement des agressions qu’il a commises, sachant qu’il ne risque pas grand-chose comme de multiples affaires l’ont prouvé…)
Valérie Rey-Robert prend quand même la peine d’expliquer dans un thread twitter à quel point cette idée est une merde (elle a bien du courage, moi j’ai juste envie de tout cramer… Encore).

Je vous conseille les livres de Valérie Rey-Robert, excellents pour mieux comprendre tous ces sujets

Dans le même style, France Inter qui nous sort un film “féministe” mettant en avant la parole… des hommes. Parce que décidément, céder un seul jour sur 365 à ces connasses de gonzesses, vraiment, c’est déjà trop.

Entre deux invités d’extrême-droite, laissons donc la parole… aux hommes

La fatigue.
Au départ, pour ce 8 mars, je ne voulais pas parler de ça. Je voulais parler du fait de privilégier dans mes choix d’achats et de lecture des créations d’autrices. Mais j’aurais dû savoir que comme chaque année, il allait sortir un truc au dernier moment qui allait me foutre encore plus en pétard…


Parce que le 8 mars, c’est déjà une journée de colère, de rage même, face à une société patriarcale qui multiplie les saloperies pour garder le pouvoir focalisé sur le masculin (qui, non, n’a rien de neutre, arrêtons l’hypocrisie) 365 jours par an.
À l’évidence, ce pouvoir misogyne a désormais décidé d’instrumentaliser le 8 mars pour organiser le backlash (ou retour de bâton) contre la nouvelle vague féministe actuelle. Au moins, cela prouve que cette vague dérange. Tant mieux.
Même si on peut s’interroger sur le fait que ce mouvement féministe, qui leur fait si peur, a pour le moment peu d’impact sur la société (rien ne change vraiment, les agresseurs sont toujours protégés, les victimes humiliées, les violences continuent, les inégalités persistent, beaucoup de femmes se tapent la double-journée, son majoritaires dans les foyers monoparentaux qui galèrent, etc.). Vous pouvez d’ailleurs lire l’interview de la sociologue québécoise Melissa Blais sur Ballast, que j’ai découverte par le biais du tweet d’Amandine Gay.

Alors force à toutes les femmes.
Toutes.
(Même celles qui font vraiment TOUT pour qu’on les haïsse, bisous Marlène…)
Mais j’en ai vraiment marre de ce 8 mars.

À noter qu’il y a une journée internationale de l’homme, le 19 novembre (vous remarquerez que ça ne parle ni de lutte ni de droits, ha ha).
Le 19 novembre est également la journée mondiale des toilettes.
Faites ce que vous voulez de cette information…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *