Gideon Falls vol. 1

Série en cours par Jeff Lemire et Andrea Sorretino, éditée en VF par Urban Comics en novembre 2018, traduction de Benjamin Rivière, 185x283mm, 176 pages, 17,50€.

Par curiosité, je me laisse tenter par le premier tome de Gideon Falls, nouvelle série signée Jeff Lemire et Andrea Sorrentino chez Urban Comics. Elle a d’ailleurs reçu l’Eisner Award 2019 de la meilleure nouvelle série.

Norton, trentenaire, en est persuadé : il a une mission et c’est par sa recherche dans les ordures qu’il la mènera. Sa psychiatre le Dr Xu ne peut que constater son échec face à la paranoïa de son patient…
Le père Wilfred est envoyé à Gideon Falls pour remplacer le père Tom, dernièrement décédé. Lui qui n’aspirait qu’à rester au séminaire, en retrait, se retrouve dès son arrivée dans la petite ville embarqué dans une affaire de meurtre, puis une légende locale sur une mystérieuse grange noire…
Ces deux destinés seraient-elles liées ?

Jeff Lemire est ce qu’on appelle un auteur prolifique : Descender, Trillium, Black Hammer, Royal City… pour ne citer que les plus récents. Et maintenant Gideon Falls avec le dessinateur Andrea Sorrentino et le coloriste Dave Stewart. Un thriller horrifique qui nous plonge dès la première page dans l’esprit torturé de Norton. Retrouvé amnésique à l’âge de 8 ans, sans famille, sans attache, il a grandi hanté par un rêve qui l’a mené à fouiller les ordures pour récolter des preuves. Des preuves du danger qui menace l’humanité, le mal absolu, incarné, le mal à l’état pur, qui approche et dont il serait l’unique rempart. Est-il juste « fou », paranoïaque, en proie à des hallucinations et des pensées délirantes, ou sa « folie » ne serait-elle qu’un effet secondaire d’une vérité plus terrible encore ?


Puis il y a le père Wilfred, prêtre un peu perdu, ayant renoncé à une vie publique suite à des erreurs du passé. Mais le voilà envoyé malgré lui à Gideon Falls où il va devoir prendre en charge une paroisse endeuillée par la mort du précédent prêtre. Mais comment rassurer les habitants d’une ville dont on ne sait rien alors qu’on doute soi-même et que la mort frappe à nouveau ?

D’un côté, nous avons donc un homme porteur de sa propre foi, en pleine croisade, en mission, prêt à tout risquer pour la mener à bien, de l’autre, un homme d’église en pleine crise, ne sachant plus à quoi il doit croire. Et au milieu, le mal absolu qui s’immisce, imprègne les mémoires, se dérobe aux regards telles des images subliminales tout en laissant gravé son empreinte.
Gideon Falls, c’est un peu comme Derry chez Stephen King ou la région de Miskatonic de Lovecraft : une ville maudite où plane une ombre menaçante, intangible la plupart du temps mais qui traumatise durablement quand elle frappe.

Ce premier tome sait faire monter la tension : le dessinateur Andrea Sorrentino joue avec les cadrages, les plans, les onomatopées pour rendre compte de l’état mental perturbé de Norton, utilisant une mise en scène beaucoup plus classique pour le père Fred… jusqu’à ce que lui aussi rencontre l’invraisemblable. Le jeu de couleurs de Dave Stewart joue aussi beaucoup sur la mise en place de cette ambiance particulière, en équilibre constant entre incrédulité et folie pure.

Gideon Falls est une idée qui trotte dans la tête de Jeff Lemire depuis ses 20 ans, quand il a créé le personnage de Norton. Vingt ans après, il peut enfin la mettre en scène grâce aux crayons de Sorrentino. Il indique dans les textes de fin de volume qu’ils savent où ils vont, qu’ils ont déjà la fin en tête. Tant mieux car c’est justement le genre d’histoire très prometteuse au départ qui peut facilement sombrer dans le n’importe quoi grotesque et accoucher d’une souris.

Ce premier tome est en tout cas prenant et intrigant, sachant poser les bases, les personnages (le Dr Xu a les traits de Lucy Liu, non ?) tout en ne perdant pas de temps, sachant garder l’équilibre entre mystère et action.
Le tome 2 est prévu pour le 31 octobre 2019 en France, tandis qu’aux Etats-Unis le 3 est prévu pour le 22 du même mois et le 4 pour avril 2020, chez Image Comics…

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