Ane no Kekkon vol. 1

Série en cours par Keiko Nishi, éditée en VF par Panini Manga, en VO par Shogakukan, prépubliée dans le Flowers.
Sens de lecture japonais, 115x175mm, 6,99€.

Surmontant mon aversion du travail de Panini Manga, je me suis laissé tenter par le premier tome d’Ane no Kekkon de Keiko Nishi, sur les conseils de diverses sources m’en disant le plus grand bien. Et après lecture… je suis bien perplexe.

anenokekkon01Yori Iwatani, bibliothécaire, revient vivre dans sa ville d’origine après avoir travaillé à Tokyo. Célibataire à bientôt quarante ans, elle ne cesse de voir autour d’elle des collègues plus jeunes qui font tout pour se caser tandis qu’elle tient à oublier toute vie amoureuse pour vivre tranquille. C’était sans compter sur Makoto Maki, un ancien camarade d’école, totalement obsédé par elle et prêt à tout…

Eh oui, je suis perplexe. D’un côté, ravie de voir un josei avec une femme qui ne sort pas à peine de l’adolescence, bien installée dans sa vie, sachant a priori ce qu’elle veut, même si c’est sans doute plus par dépit que par réel choix. On comprend vite à quel point le mariage peut obséder les Japonaises, ce que j’avais déjà pu lire sous la plume de Muriel Jolivet dans Japon, la crise des modèles, dans ses conversations avec des jeunes femmes n’imaginant pas leur vie sans un mari, plus ou moins choisi, plus ou moins subi, pour éviter de faire tache en société une fois passée la trentaine.
De l’autre, je suis un peu agacée par l’idée qu’une femme qui choisit de ne plus être dans la séduction du sexe opposé en se retirant du jeu de l’amour cesse donc d’office d’être une femme (c’est même le titre du premier chapitre). Comme si on n’était femme que dans le rapport à l’homme, dans le regard masculin. Passons.

Un peu dubitative aussi face à Makoto Maki qui passe constamment au fil des pages du statut de pauvre gars malheureux dans une vie en apparence idéale à celui de sale type obsessionnel pas franchement attachant. Il parle d’amour, je n’y vois qu’un profond désir de faire de Yori sa chose, qu’elle lui appartienne, lui ne semblant guère se préoccuper de son opinion ou de son consentement. Monsieur veut, monsieur prend et il la harcèlera jusqu’à ce qu’elle craque… Comme c’est romantique ! Rien que la manière, ou du moins l’endroit, où se termine leur « première » rencontre interroge quelque peu sur la nature de leur relation, totalement déséquilibrée.

anenokekkon02

Mais peut-être est-ce voulu ? Peut-être justement est-ce le point de départ du développement de la profondeur de l’histoire ? L’exploration d’une relation construire sur une obsession d’un côté, sur une fuite de l’autre…
Côté graphique, le dessin est plutôt plaisant, l’héroïne se détachant physiquement de ce qu’on voit habituellement. La narration est par contre parfois un peu, disons, libre et n’est pas toujours simple à suivre, rendue d’autant plus complexe qu’on a deux personnages qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau – c’est voulu – sans pour autant pour le moment qu’on se perde trop au jeu du quiproquo. Ajoutons l’adaptation graphique toujours aussi médiocre de Panini, ce qui n’arrange clairement rien, sans compter ces volumes toujours aussi peu souples et désagréables en main.

Bref, voilà une lecture vraiment perturbante et intrigante, dont je ne sais guère quoi penser. Je ne cerne pas trop comment va tourner la suite, espérant simplement qu’on ne se retrouve pas avec une romance bêtasse où l’héroïne se laisse totalement dominer et bouffer par la gent masculine, pour le moment pas au top de sa cote de sympathie.
Le deuxième tome est prévu pour le 11 septembre 2013, et 5 volumes sont actuellement parus au Japon.

10 comments

  1. C’est bien de lire un avis un peu plus controversé. Pour ma part, j’ai beaucoup aimé, mais je peux comprendre ce point de vue qui laisse un peu perplexe notamment avec le personnage de Makoto très difficile à cerner. Pour le coup, je pense un peu la même chose que toi. Je pense que l’histoire est plus complexe qu’il n’y paraît, mais difficile de s’en faire une idée concrète avec un tome. Plus elle le fuit, plus il la suit, mais j’ai l’impression que cela cache un mal. Je ne sais pas si c’est réellement cela, mais il n’a pas l’air si bien qu’il semble le montrer. Le deuxième tome permettra peut-être d’y voir clair.

    En tout cas, joli critique 🙂

  2. Je n’ai pas lu Ane No Kekkon, même si elle m’intriguait, dû au nom de l’auteure, très connue pour ses manga ancrés dans la réalité. J’ai lu une histoire courte d’elle datant des années 90 (époque Matt Thorn chez Viz, tout ça) et son style graphique a radicalement changé! Je le trouvais beaucoup plus mature jadis, et moins commun.

    Je n’ai pas du tout aimé en feuilletant Ane No Kekkon, ni le synopsis à vrai dire. Sur le forum, Flore a donné son avis dans les dernières lectures, elle a un peu le même regard que toi dessus, et ajoute en plus en avoir marre de voir une sorte d’héroïne de shôjo mais à 40 ans. J’aimerais le lire un jour quand même, pour la curiosité. On dirait que cette année, le josei revient un peu (Les fleurs du passé notamment). D’ailleurs, pour ce dernier aussi, on a cette vision de la femme trophée quelque part… Je trouve. Les mecs décidant plus ou moins ce qui est bon pour elle.

  3. J’ai prévu de tenter le titre (argl… acheter du Panini, ça me fiche d’avance des boutons) et au moins, grâce à ta chronique, j’aurai une idée précise de ce qui m’attend 🙂

  4. Bien que je n’ai pas encore d’opinion très précise sur ce titre (j’attends un peu), je peux comprendre les réticences soulevées.
    Au début, je trouvais que la façon directe et peu conventionnelle du personnage masculin à d’aborder l’héroïne, avait un anti-romantisme rafraichissant. Sauf qu’après…c’est pas trop ça. Sa façon d’agir quand il était ado, weird, mais soit. Par contre une fois adulte le « je vais te harceler jusqu’à ce que tu tombes d’amour pour moi » n’a jamais été une façon de penser que j’ai pu comprendre et encore moins quand c’est utilisé en terme de narration (idem pour le « je t’aime donc je te viole » youhou). Bien qu’on essaye de nous le rendre sympathique avec ses problèmes de couple, malgré son côté obsessionnel et obsédé.
    En conclusion j’attends de voir…

  5. Ayé, lu. Je n’ai pas eu tout à fait le même ressenti que toi, Morgan concernant le jeu des personnages et le message que semble vouloir faire passer l’auteure. Je suis dans une attitude optimiste sur l’évolution de la série (après, faudra juger sur pièce). Je ne suis pas emballé par le dessin que je trouve mal maitrisé. Je me demande à quoi il ressemblait dans les années 1990…

    Par contre, le travail d’édition de Panini est toujours aussi médiocre, pas tant au niveau de la traduction (j’ai beaucoup de mal à pouvoir juger ce point) que de l’impression, du papier, etc.

    Je vais quand même laisser sa chance à la série, au moins pour un ou deux volumes supplémentaires.

  6. On retrouve quand même pas mal du dessin actuel, surtout sur les visages. Sur les scans proposés, j’ai l’impression de voir un manga fait par Kyoko Okazaki mélangé à du Erika Sakurazawa (qui était elle-même manifestement sous influence).

  7. Ce sont surtout les yeux qui changent beaucoup visiblement. Ces grands yeux qui font plus « shôjo » si je puis dire, même si au fond, ça n’a pas beaucoup de sens.

  8. Je partage beaucoup ton avis Morgan. J’ai trouvé ce titre flippant, et le personnage de Makoto m’a gonflé. Les réflexions du genre « qu’il est beau, il est mannquin » hmmm. Mais l’épisode de la bibliothèque quoi! J’ai l’impression que les hommes trouvent ce titre moins effrayant que nous xD

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