Prends soin de toi

Volume unique par Grégory Mardon, édité par Futuropolis en mai 2017, 195x265mm, 136 pages, 22,00€. 

C’est avec La vraie vie que j’ai découvert le dessinateur Grégory Mardon. Pas forcément totalement fan du trait, j’étais restée tout de même intéressée par sa manière de mettre en image des questionnements et des ressentis. Une bonne raison de découvrir sa dernière BD en solo, Prends soin de toi.

Prends soin de toiAchille vient d’acheter un appartement. Durant la rénovation, il tombe sur une lettre jamais ouverte, envoyée voilà quarante ans à la précédente propriétaire. Une lettre d’amour. Etant lui-même en pleine déprime post-rupture, il décide sur un coup de tête d’en apprendre plus sur l’expéditeur de la missive et part traverser la France en vespa…

Cette BD, c’est l’histoire d’un deuil. Le deuil d’une vie rêvée à deux, d’une relation amoureuse qui semblait pourtant promise à l’éternité. Et comme dans tout deuil, il faut bien des étapes avant d’arriver à l’acceptation. Et Achille n’y parvient pas. Errant dans sa propre vie, hanté par les souvenirs de son ex-couple, incapable d’accepter qu’elle en aime un autre… Il a besoin d’un déclic.
Il va le trouver en achetant ce fameux appartement, où il y a tout à refaire. Il détruit, arrache, décape, efface, décolle… Ce travail physique est le premier pas vers la remise à neuf de sa vie : tout nettoyer pour repartir de zéro, au propre comme au figuré.
Puis il y a cette fameuse lettre qui semble comme un écho à ses propres tourments. La précédente propriétaire est morte, seule, dans cet appartement, sans avoir jamais pu lire cette lettre d’amour qui aurait peut-être pu tout changer. C’est comme un signe pour Achille, une opportunité pour se mettre dans le peau d’un autre et observer son propre malheur avec d’autres yeux.

Le voilà sur les routes, libre, avec son sac et sa vespa, traversant la France à la poursuite de réponses pour peut-être retrouver les clés de sa propre vie. Il ne sait pas vraiment ce qu’il cherche, ne voyant pas que dans ce voyage, ce qui compte n’est pas vraiment la destination mais le chemin pour y parvenir. Un chemin qui l’éloigne de sa déprime, de son ancienne vie, de ses échecs, de ses erreurs, de son amour passé qu’il ne peut se résoudre à oublier. Les paysages qu’il traverse, magnifiques, libérateurs, enivrants, lui permettent de prendre du recul, devenant le spectateur de la vie des autres, ces vacanciers qu’il croise et dont il écoute le quotidien.
Il ne pense plus à elle… mais elle occupe ses rêves, ses doutes, ses mots, malgré tout. S’éloigner ne suffit pas pour passer le cap. Achille a également besoin d’un regard extérieur pour parvenir à lâcher prise et enfin renoncer pour pouvoir vraiment reprendre sa vie, l’habiter de nouveau et tenter de peut-être « attraper un autre pompon ».


Le trait de Mardon est ici un formidable allié pour cette histoire pleine d’émotions, de questionnements, une quête pour parvenir à reprendre pied après un naufrage. Les décors sont magnifiques, colorés, bouleversants et on suit le parcours introspectif délicat et touchant de ce quarantenaire en pleine crise personnelle. Peu de dialogues, beaucoup de ressentis qui s’expriment finement au fil des pages, des rencontres, des levers de soleil, des baignades solitaires. Il n’y a finalement pas de réponse toute prête, juste un parcours intime avec ses coups de mou, ses joies, ses moments de stress, ses petits bonheurs pour continuer à avancer.

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