La maison

Volume unique par Paco Roca, édité par Delcourt en mai 2016, 243x178mm, 128 pages, 16,95€. 

C’est par une des newsletters de l’été de BD Fugue que je découvre La maison, une BD espagnole de Paco Roca, sortie chez Delcourt. Après Est-ce qu’on pourrait parler d’autre chose ?, je reste dans le thème des mémoires familiales…

lamaison01Après la mort de leur père, Vicente, José et Carla reviennent dans sa maison, celle de leur enfance, restée un an inhabitée. Comptant la vendre, ils doivent la rendre présentable. Mais chaque pierre, chaque arbre leur rappelle leur père, bricoleur incapable de tenir en place et qui n’aimait rien tant que s’occuper de son jardin…

Si dans Est-ce qu’on pourrait parler d’autre chose ?, Roz Chast évoquait le sujet de la fin de vie de ses parents, on est ici dans le moment suivant. Le père est décédé et ses trois enfants doivent gérer l’après. Chacun a fait sa vie et ne venait plus vraiment profiter de leur ancienne maison de vacances qui était devenue le lieu d’habitation de leur père après la mort de leur mère. Bien sûr, ces moments dans la maison sont autant d’occasions de voir resurgir de vieux souvenirs. La construction de ce lieu tant rêvé par leur père, issu d’une famille pauvre et qui voyait dans ces pierres qu’il montait lui-même la réalisation d’un idéal. L’entretien du jardin, chaque arbre ayant son histoire, le figuier symbole de son enfance, l’oranger dont il prenait tant soin… Le mur qu’il devait refaire une fois revenu à la maison après son hospitalisation… Tant de lieux, de mémoires qui se succèdent et qui rappellent à la fratrie des moments qu’ils avaient oubliés depuis longtemps.
Mais ce retour aux sources est aussi le moment de régler quelques comptes : des griefs se sont accumulés au fil des années entre les deux frères au caractère diamétralement opposés et les derniers jours du père ont laissé des marques, des blessures qui restent difficiles à cicatriser. Ont-ils fait les bons choix, pris les bonnes décisions ? Leur père a-t-il été heureux ? Chaque famille, même la plus heureuse, garde quelques rancunes et ce moment de deuil est l’occasion parfaite pour remettre certaines choses à plat.
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Paco Roca sait parler de ces instants difficiles avec beaucoup de pudeur et de subtilité. Pas de tire-larmes, de grosse culpabilité excessive, juste des choix de vie que chacun doit assumer, que les autres doivent accepter. On ne choisit pas sa famille mais on peut choisir sa manière d’y trouver et accepter sa place. Leur famille était belle et pleine d’amour, mais aussi de silences, de caractères taiseux, de non-dits, de paroles et de mots de tendresse jamais prononcés, de petits malentendus, qui finalement perdent de leur nocivité et gagnent en chaleur au fur et à mesure où les liens se recréent, la fratrie se retrouve.
C’est le quotidien de nombreuses familles, qu’elles soient espagnoles ou françaises, que Paco Roca met ici en scène mais avec finesse et sobriété, à partir de petits détails, de regards, de paroles pas si anodines que ça. Son dessin et ses couleurs y sont également pour beaucoup dans la tendresse qui se dégage de ce titre, où les souvenirs d’un père puis d’une famille finissent par dépasser les quatre murs de cette petite maison et de son jardin.

Dans un format à l’italienne qui permet une narration pas si simple qu’elle en a l’air, cette BD est une belle ode aux familles pas parfaites et leurs petites rancunes, leurs engueulades fraternelles, leurs vies qui s’entrecroisent et parfois s’éloignent. Un très beau moment à partager…

One comment

  1. Merci pour cette chronique, je l’attendais avec impatience depuis que j’avais vu passer le titre sur ta page! Je me réjouis de découvrir cette oeuvre à présent.

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