Le chant des souliers rouges

Série en 6 tomes par Mizu Sahara, éditée en VF par Kazé Manga.
Sens de lecture japonais, 127x182mm, 8,29€.
Disponible en version numérique, 4,99€.

Deux ans après ma chronique du volume 1 alors fraîchement sorti, je reviens sur la série de Mizu Sahara, Le chant des souliers rouges, après avoir lu ses 6 tomes.

Le chant des souliers rouges vol. 3Kimitaka Ichinose n’est pas un type bien. Du moins, il en est persuadé, après une grosse bêtise lors d’une partie de basket au collège. Depuis, il fait profil bas et quand il commence le lycée, il décide fermement de rester loin de tout le monde et d’attendre de devenir sénile comme son grand-père. Mais il découvre alors qu’il a été capable de compter dans la vie de quelqu’un d’autre malgré tout. Est-il si mauvais que ça ?

En relisant ce premier volume, je me rends compte qu’il me fait beaucoup penser au début de A Silent Voice de Yoshitoki Oima. Dans les deux cas, c’est l’histoire d’un garçon qui se méprise suite à une grosse erreur de jeunesse qui l’a poussé à préférer se retirer du monde plutôt que de risquer de se décevoir de nouveau. Mais plusieurs rencontres l’obligent à sortir petit à petit de sa coquille.

Kimitaka est persuadé d’être un minable même s’il a pu aider sans le savoir une jeune fille quand il était pourtant au plus bas. C’est son premier pas vers une nouvelle vie.
Son deuxième quelques années plus tard, c’est quand il se rapproche de deux autres « losers » de sa classe, ceux qui comme lui ne trouvent pas vraiment leur place, Tsubura le nul en sport tabassé par les plus forts et Hana, le taciturne qui ne veut se forcer à rien. Le trio va apprendre à se soutenir pour avancer malgré leur manque d’estime d’eux-mêmes et leurs propres blessures personnelles.
Ces trois-là se pensent nuls et capables de rien, mais voilà qu’ils se retrouvent tous les trois à suivre un cours de… flamenco. Un choix original qui finalement correspond bien à leur trio totalement improbable qui n’avait aucune raison de se former.

Après la paternité involontaire dans My Girl, Mizu Sahara revient donc avec une histoire lycéenne aux sonorités hispaniques, prétexte à la renaissance de trois ado souffrant comme sans doute beaucoup de leurs camarades de la vie réelle, confrontés à toujours plus de pression, d’injonctions de performance…
Kimitaka se croit minable suite à une colère née de sa jalousie face à un camarade. Tsubura ne croit pas valoir grand-chose et est prêt à encaisser n’importe quoi si ça peut permettre à d’autres d’aller mieux. Quant à Hana, après avoir perdu son talent d’enfance au pire moment, rejeté de tous, il a fini par tout abandonner et laisser couler plutôt que de continuer à mettre sa santé en danger.

Trois « losers » donc dans un monde qui n’accepte que la perfection et la performance. Et les voilà qui commencent à découvrir le monde si exotique pour des Japonais du flamenco, avec ses codes, ses rythmes, sa discipline, ses entraînements… mais surtout ses joies et son partage de moments simples avec ses amis.
Si le flamenco prend évidemment une place dans ce récit, il est surtout un prétexte pour mettre en scène l’épanouissement de ce trio et de son entourage. Car Kimitaka, qui se pense pourtant si nul, par son intervention dans la vie des autres leur permet de faire face à leurs peurs et à leur solitude et d’avancer, de commencer à reprendre goût à leur quotidien, de redonner un sens à leur vie.

Petit à petit, au fil des entraînements, des apprentissages, des découvertes, les jeunes gens retrouvent confiance en leurs capacités à simplement vivre, sans avoir besoin de remettre en question leur droit d’exister en permanence. Ils sont entourés d’une belle galerie de personnages, que ce soit madame Morino, leur prof qui avait besoin de cette nouvelle énergie pour avancer, son petit-fils impétueux et déterminé, Yuzu la fille si agressive tellement en recherche d’amour, ou bien sûr Takara, la fille aux souliers rouges qui a tout déclenché pour Kimitaka.
Si on peut regretter que certains personnages ne soient pas plus développés (la petite sœur de Kimitaka avait un bon potentiel), ou que d’autres une fois leur histoire principale terminée disparaissent totalement, n’oublions pas que le manga était prépublié dans un magazine shônen et donc se concentre principalement sur son trio de jeunes lycéens.

Le chant des souliers rouges vol. 6Ce manga est un pur « feel good ». Malgré les petites galères du quotidien, les mauvaises passes, les coups de mou, tous tentent de garder le sourire et de se soutenir les uns les autres, acceptant simplement qu’il y ait de mauvais moments qui passeront toujours.
Le message porté par les six volumes  fait du bien surtout dans une société si obsédée par la performance : ce n’est pas grave si tu n’es pas le meilleur dans ton domaine, l’important c’est qu’il ce qu’il t’apporte. Tout le monde ne peut pas être premier et ce n’est pas un problème.
On ne s’intéresse d’ailleurs pas vraiment à la qualité de leurs performances mais à ce qui s’en dégage, la joie communicative, l’envie de partager, la bienveillance. Le plus important, en somme.

Comme toujours chez Sahara, son trait est très délicat, doux, fin et précis, et ça n’empêche pas qu’elle apporte beaucoup de puissance et de dynamisme aux quelques scènes de danse ou aux divers matchs de basket qu’on entrevoit passer.

Au final, Le chant des souliers rouges est une jolie lecture, douce et pleine de tendresse, drôle et émouvante, sensible et pudique.

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