Kids on the slope

Série en 9 tomes par Yuki Kodama, éditée en VF par Kazé Manga, en VO par Shogakukan.
Sens de lecture japonais, 112x176mm, 6,79€.

Voilà déjà quelques mois que je n’ai pas écrit sur une série manga un peu longue, je tente de m’y remettre avec Kids on the slope de Yuki Kodama en 9 tomes chez Kazé Manga (sur laquelle j’avais écrit une première chronique lors du début de sa parution ici).

Kids on the slope vol. 21966. Le jeune Kaoru arrive dans un nouveau lycée. Hébergé par la famille de son oncle du fait des déplacements professionnels de son père, l’adolescent est aussi brillant dans ses études que maladroit et craintif dans les relations sociales. Jusqu’à sa rencontre avec l’énergique et bagarreur Sentarô et la discrète Ritsuko. Qui lui font découvrir le jazz…

Kids on the slope pourrait n’être qu’un énième shôjo lycéen parmi d’autres si Kodama ne l’avait pas située dans le Japon des années 60, une période alors loin du faste technologique d’aujourd’hui. Le pays sort à peine de la guerre, on croise des marins américains, pas forcément toujours appréciés, et le boom économique débute à peine, n’ayant encore pas permis à toutes les familles de sortir de la pauvreté. Les personnages du manga permettent chacun de mettre en scène la société japonaise de cette époque.
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Kaoru est le traditionnaliste. Sage, obéissant, travailleur et discipliné, il n’a d’autre ambition que de suivre les directives de la famille de son père, très stricte sur les codes à respecter. Chacun doit tenir son rang social et apprendre à serrer les dents face à l’autorité et aux décisions des aînés.
On ne peut pas dire que ça ait permis au jeune garçon de 16 ans de s’épanouir : baladé de villes en ville pour finalement atterrir chez son oncle, il a fini par se renfermer et ne plus faire confiance à personne, préférant tracer sa route sans regarder autour de lui. Sa rencontre avec le jazz, par l’intermédiaire de Sentarô et de Ritsuko, va le transformer et l’obliger à prendre un minimum sa vie en main, même s’il ne sera jamais vraiment du genre à ruer dans les brancards.
Son pendant féminin, Yukari, jeune fille de bonne famille, artiste dans l’âme, subit elle le poids de cette société traditionnelle et vieillissante en tant que femme qui n’a pas vraiment son mot à dire. Elle aura néanmoins l’occasion de choisir sa propre voie…

Sentarô, bagarreur et intimidant au premier abord, est en fait un chien fou lumineux et attendrissant. Géant aux pieds d’argile, fragilisé par une histoire familiale encore plus difficile que celle de Kaoru, il parvient justement à briser l’armure d’indifférence de son nouvel ami par sa manière bien à lui de gérer ses blessures : ces deux-là se reconnaissent dans leurs cicatrices et chacun peut apprendre de l’autre un nouveau moyen de les dépasser et d’avancer malgré des fondations pas forcément très solides. Sentarô, c’est l’élément perturbateur, la jeunesse qui hurle face à l’austérité de la tradition incarnée par Kaoru.

Bien évidemment, face à cette amitié masculine, il fallait une fille pour donner droit au classique triangle amoureux : Ritsuko, amie d’enfance de Sentarô, leur permettra de sceller leur relation naissante par le jazz, musique spontanée, improvisée qui bouleverse les structures toutes faites du si classique Kaoru.
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Les jeunes japonais des années 60 ont aussi eu droit à leur rébellion, leur militantisme étudiant, leurs désillusions et leurs révoltes face à la société de leurs aînés, dont l’autoritarisme et la rigidité n’avaient fait que les plonger dans une guerre absolue, où la mort héroïque valait mieux que la survie par la défaite. La jeunesse n’est donc pas que lumière et énergie, elle est aussi radicale et révoltée, au travers d’un autre personnage, si mature d’un côté et finalement si idéaliste et facilement déçu de l’autre. On pourrait également parler d’un autre personnage qui représente lui plutôt le boom économique, l’énergie de s’en sortir coûte que coûte, de réussir et de s’adapter à tout pour pouvoir s’élever socialement.

Kids on the slope vol. 9Ainsi, ces années 60 mises en scène dans ce manga apportent leur propre touche, une profondeur dans l’histoire et le style assez spécifique et personnel du dessin convient parfaitement à cette ambiance un peu old school, vintage sans pour autant faire dans le vieillot traditionnel.

Mais Kids on the slope est avant tout une comédie romantique, légère et souvent drôle, parfois touchante, très pudique – on est en 1966, il n’y a que les soldats américains pour oser se donner en spectacle dans leurs épanchements romantiques – et les 9 volumes vont enchaîner les amours transies, les déclarations à demi mots, les regards énamourés, les larmes cachées d’un cœur brisé. Pour autant, les situations bougent assez vite, on traîne peu et les quiproquos ne s’empilent pas les uns sur les autres sans fin.

De plus, même en ne connaissant rien au jazz, on se laisse facilement emporter par le swing de leurs sessions, l’enthousiasme contagieux de leurs envolées musicales et l’ivresse de leurs moments de partage. Ils en dévoilent plus sur eux en quelques pages de piano et de batterie que dans dix pages de dialogues d’ado maladroits et gênés par les émotions si fortes qui leur étreignent le cœur. Au fil des chapitres, le petit groupe gagne en profondeur et en sympathie, ils deviennent tous attachants, touchants et attendrissants, cherchant leur place dans une société en pleine effervescence.

Kids on the slope est de ces shôjo un peu à part, légèrement décalés, avec une petite touche en plus qui le rend plus mémorable que d’autres.
Pour les abonné.e.s Netflix, je crois même que la série animée y est disponible.

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1 réponse

  1. Shermane dit :

    Je trouve aussi ce titre un peu à part : très doux et un peu nostalgique. J’aime bien cette période de l’histoire japonaise en manga, avec ses manifestations étudiantes et tout. Quant au jazz, j’en suis une grande fan ignare. Du coup, je me suis même fait offrir l’anime alors que je n’en regarde pas.

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