21 avril 2021

Les Pommes Miracle

Volume unique par Tsutomu Fujikawa d’après Takuji Ishikawa, édité en VF par Akata en novembre 2014, en VO par Gentosha.
Sens de lecture japonais, 127x180mm, 7,95€.

Après les deux tomes de Moi, jardinier citadin, Akata poursuit dans sa voie agricole avec Les Pommes Miracle, ou l’histoire vraie d’Akinori Kimura, arboriculteur qui releva le challenge réputé impossible de faire pousser des pommes sans traitement chimique.

Les Pommes MiraclesNé dans une famille d’agriculteurs, Akinori Mikami n’est pas spécialement intéressé par le travail de la terre. Il aime étudier et apprendre, reprendre l’exploitation familiale ne l’intéresse pas, trouvant le métier de paysan trop tributaire de la météo. Devenu ingénieur à la ville, il doit revenir dans son village suite à la défection de son grand frère puis finit par se marier, retrouvant malgré lui l’obligation de s’occuper du verger de sa nouvelle famille, les Kimura. Il y trouve plus d’intérêt qu’il ne le pensait au départ mais l’utilisation continuelle et jamais remise en question des multiples produits chimiques nocifs pour la santé le pousse à expérimenter d’autres méthodes malgré la promesse d’échec savamment entretenue par tous ses voisins.

Les Pommes Miracles est un manga en un volume de Tsutomu Fujikawa adapté d’un livre de Takuji Ishikawa revenant sur le combat acharné d’un homme face à un système inamovible. Naturellement curieux, avide d’apprendre et de comprendre, jamais effrayé par les expérimentations à mener, Akinori Kimura ne se voyait pas un avenir dans l’agriculture, ayant plutôt la fibre citadine. Mais le hasard fait qu’il y revient et il s’engage sans compter ses heures, travaillant avec énergie en suivant à la lettre les recommandations, ou plutôt injonctions, à utiliser quantité de pesticides et d’engrais pour la culture des pommes qui font la renommée de la région. Rien ne semble parti pour le pousser à remettre ce dogme en question… sauf que ces quantités massives de pesticides dont il se couvre, dont il doit se protéger et qui obligent sa femme à garder le lit pendant plusieurs jours le questionnent un peu, même si pour tout le monde, c’est une simple fatalité qu’il faut accepter comme faisant partie intégrante du travail.
pommes02À force de compulser tous les livres sur le sujet, il finit par tomber sur un ouvrage de Masanobu Fukuoka, un des grands noms de l’agriculture sauvage (on trouve plusieurs de ses livres en VF, notamment La révolution d’un seul brin de paille, ou L’agriculture naturelle, dont il est question ici). Un ouvrage qui lui ouvre tout un champ de possibilités qu’il n’avait jusque-là pas imaginé. Le voilà parti pour des années de tentatives et d’expériences sur les vergers qui permettent à sa famille de vivre. La responsabilité est énorme, surtout face à la pression de l’entourage, du voisinage, du monde agricole qui n’arrête pas de dire que cultiver des pommes sans produits de synthèse est de toute façon impossible. S’il abandonne, il remet en question la possibilité d’une autre tentative dans le futur, il ferme des portes, il clôt le sujet, sans compter tous les sacrifices faits pour finalement aboutir à un échec. Sa recherche devient un combat mettant à l’épreuve sa foi en un changement possible, un autre monde, moins obsédé par le rendement, la productivité et l’annihilation de toute vie végétale et animale comme prix à payer pour nourrir l’homme.

Le partage de cette histoire me semble importante. Surtout à l’heure actuelle où les questions écologiques et environnementales, malgré leur absolue nécessité, passent toujours derrière tout le reste et principalement le business. Comme s’il était acceptable et même évident qu’il valait mieux privilégier un court terme boiteux qu’un long terme viable. En ne prenant en compte que les conséquences et jamais les causes, conséquences qu’on tente alors de réparer avec quelques mini-rustines qui ne tiendront que le temps que le public détourne le regard.
Les Pommes Miracle, c’est l’histoire d’un homme qui à force d’efforts a fini par prouver que l’impossible inenvisageable avait ses limites et que les dogmes pouvaient être contrariés. Pas sans heurt, pas sans casse, et avec une nécessaire remise en question des priorités de chacun, de ce qui est important, de ce qui mérite d’être sauvé, conservé.
Forcément, le message d’Akinori Kimura n’est ni facile ni confortable. Et cette histoire a le mérite de ne pas le cacher et de montrer clairement qu’il y a beaucoup de sacrifices à consentir pour espérer un changement en profondeur. Sans enjolivement, sans candeur béate, sans promesses radieuses pour contrer celles de l’intensif. Un prix à payer dans tous les cas : la santé de l’ensemble du vivant dans un cas ou le confort facile de la non-remise en question d’un système bien installé et difficile à bouger dans l’autre.

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Soyons honnêtes, le manga n’éblouira pas par ses qualités graphiques : trait assez maladroit, personnages qui semblent avoir 10 ans tout le long, peu de détails, narration assez basique.
Mais le propos reste prenant, et on ressent bien l’envie d’Akinori de prouver la possibilité de faire les choses autrement, sans compter le soutien assez fort d’un entourage qui finit par être convaincu par sa pugnacité.
Ce manga a donc le mérite de montrer un autre visage de l’agriculture à une époque où le sujet devient de plus en plus sensible et finalement assez dérangeant. Certes il ne révolutionnera rien mais permettra peut-être à certains de s’intéresser plus en profondeur à un sujet qui en fait nous concerne tous. Qu’on le veuille ou non, on subira de toute façon les conséquences de nos choix…

7 réflexions sur « Les Pommes Miracle »

  1. Jolie présentation. Ayant lu le livre cette semaine je retrouve parfaitement ce qui m’a plu et moins plu. Le côté expérimental et tout son “bricolage” est un plus indéniable même si, comme dit, le graphisme n’est pas génial. Cela reste une bonne découverte, joliment chroniquée !

  2. Ce titre m’attire beaucoup par son thème, même si le dessin n’a rien de remarquable. Le sujet m’intéresse beaucoup. Ton billet me conforte dans ma première impression. A mon prochain passage en librairie je le chercherais.
    Est-ce que tu as lu “Les fils de la terre” ? moi j’avais bien aimé.

      1. Je l’avais emprunté à la bibli il y a très longtemps (un de mes premier manga) et j’était tout de suite tombé sous le charme. Graphiquement c’est pas terrible, mais le thème est très intéressant et la lecture est plaisante (bon rythme, humour…) Bref c’était un coup de cœur, du coup j’ai craqué la semaine dernière quand je l’ai trouvé d’occas 🙂 Je suis très contente de l’avoir dans ma bibliothèque personnelle.
        Je me suis acheté hier le premier tome de “Les pommes miracle” des lectures “campagnarde” en perspective pour ce week-end 🙂

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