Kids on the slope vol. 1 et 2

Série en 9 tomes par Yuki Kodama, éditée en VF par Kazé Manga, en VO par Shogakukan, prépubliée dans le Flowers.
Sens de lecture japonais, 110x175mm, 6,69€.

Depuis plus de dix ans que je lis du manga, j’ai eu le temps de lire un certain nombre de shôjo. Et je commence à être particulièrement lassée des shôjo remplis de romances lycéennes où le personnage passe son temps à observer de loin les yeux remplis d’étoiles et le cœur battant la chamade, rougissant au moindre échange de regards avec un autre qui n’a même pas conscience de son existence.

kidsslope01Pour autant, je me suis lancé dans Kids on the slope de Yuki Kodama, influencée par les bonnes critiques générales et le prix reçu par la série au Japon, comptant 9 tomes (10 avec le bonus) en tout. Peut-être aussi parce que la couverture, pas très attirante en soi à mes yeux, donnait tout de même l’impression qu’on allait un peu différer des récits habituels.

Tout commence de manière ultra-classique. Nous sommes en 1966. Kaoru Nishimi a l’habitude depuis son enfance de déménager régulièrement à cause du travail de son père. Le voilà qui débarque dans un nouveau lycée. Comme toujours, il ne cherche pas spécialement à s’intégrer, habitué aux messes basses et aux rumeurs entourant son arrivée, lui la nouvelle grosse tête taciturne. Jusqu’à ce qu’il se retrouve face à Sentarô Kawabuchi, le mauvais garçon de la classe, bagarreur et sécheur de cours par excellence.

On démarre donc en terrain connu. D’un côté, le classique introverti binoclard quelque peu hautain, de l’autre la grande gueule extravertie, le brave bad boy au grand cœur. Au milieu, une gentille nunuche dont on ne sait pas trop si elle est censée permettre la création de l’habituel triangle amoureux, si elle fera juste partie de la déco ou si elle permettra réellement de faire évoluer les relations.
Car évidemment, il se crée d’office quelque chose entre les deux contraires, le petit malingre et le grand baraque. Fans de yaoi, remballez vos jumelles, il ne devrait s’agir que d’amitié. Mais une amitié peut-être plus complexe, plus profonde qu’on pourrait le croire dans ce genre de mangas.

Certes, Kaoru ressemble à un cliché mais c’est aussi un gamin blessé. Élevé par son père, ce dernier étant très pris par son travail, il doit accepter de rester dans une famille qui n’est pas la sienne même s’il ne s’y sent pas bien. Rien de méchant, juste que la cousine le fait tourner en bourrique, que sa tante ne le porte apparemment pas dans son cœur et qu’il n’a aucun de ses repères familiers comme ce piano qu’il affectionne.
Et c’est justement par la musique que les deux garçons vont se rapprocher. Classique contre jazz, certes, mais musique malgré tout. Un langage commun qui dépasse tous les clivages, d’âge, de culture, de catégorie sociale, dès que le plaisir de jouer et de partager s’exprime.

Car Sentarô est un batteur de jazz qui ne jure que par sa musique. Il pourrait n’être qu’un de ces classiques gentils bagarreurs, il est plus que ça. Car l’auteure parvient tout de suite à en faire un personnage véritablement solaire. Dans le sens littéral. Lumineux, chaleureux, rayonnant. On comprend très bien la fascination qu’il exerce sur Kaoru même si ce dernier a du mal à l’admettre.
Un Kaoru qui se révèle d’ailleurs nettement moins chiant qu’on aurait pu le craindre. S’il a jusque-là passé sa vie à attendre, attendre son père, attendre le prochain déménagement, attendre la prochaine situation à laquelle s’adapter, le tout géré uniquement par la peur qui le pousse à l’immobilisme le plus complet, sa rencontre avec Sentarô le fait immédiatement réagir. Il aurait pu mettre des pages et des pages à accepter de se bouger, non il le fait tout de suite et même s’il a tendance à toujours se faire emmener de force, il finit toujours assez vite par accepter de profiter.

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Résultat, si on pouvait craindre un premier tome juste attentiste le temps que les relations se nouent, il n’en est rien et on entre tout de suite dans le vif du sujet. Ces personnages sont attachants et interpellent, donnant envie d’en savoir plus et d’apprendre à les connaître car ils semblent suffisamment profonds pour qu’on ne se retrouve pas bêtement face à des coquilles vides. Sans oublier le contexte, les années 60 japonaises – il ne faudra sans doute pas s’attendre à de grandes démonstrations amoureuses – et le jazz, deux sujets dont je ne sais rien et qui peuvent alors apporter un plus d’autant plus intéressant.
Rajoutons là dessus de bonnes petites notes d’humour, légères et discrètes mais suffisamment efficaces pour qu’on ne se prenne pas trop au sérieux, et un dessin qui change un peu des canons habituels des comédies romantiques. Un dessin donnant un petit côté daté qui convient bien au manga pour lui donner son air « années 60 » un chouïa désuet.

J’ai préféré tester le deuxième tome avant de mettre en ligne la chronique. Il permet de voir les relations s’approfondir, les caractères se dévoiler. Sentarô est ce personnage solaire qui dégage une force joyeuse, mais il cache également une part d’ombres qu’il tente de maîtriser comme il peut. Kaoru, jusque-là surtout observateur, devient acteur de premier plan de ses relations sociales, apprenant à voir les conséquences de ses décisions sur ceux qu’il aime et qu’il risque de blesser par égoïsme, comme la gentille Ritsuko, qui dépasse alors le cadre de la nunuche transparente pour devenir un personnage à part entière, forte et fragile à la fois.
Si cela reste plutôt classique, la mangaka sait donner rythme et énergie notamment pour les phases de jazz, tout en laissant entrevoir le cœur et l’intimité de ses créations, devenant d’autant plus attachantes qu’elles dévoilent leurs états d’âme avec pudeur et délicatesse, sans perdre du temps dans des atermoiements et des malentendus interminables qui plombent habituellement ce genre de productions.

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Kids on the slope pourrait donc bien être une des bonnes surprises shôjo de l’année, tendre et chaleureuse, aux personnages complexes et développés, alternant légèreté et gravité sans avoir besoin d’en faire des tonnes. Ce serait dommage de louper ça.
Le tome 3 est prévu pour le 21 août 2013.

4 comments

  1. Et bien, je ne vais pas rater ça, j’ai beaucoup aimé ce premier tome. Je n’avais pas encore lu ta chronique, notant juste que si tu en parlais, c’est que ça devait valoir le coup d’essayer.

    Je suis aussi rassuré (enfin, je n’avais pas réellement de crainte) sur l’évolution de la série grâce à tes quelques mots sur le tome 2 et le fait que la série est d’une bonne longueur (du moins, à mes yeux).

    Ah, faudrait ajouter la série et les couvertures dans la base de Mangaverse, hein ! 🙂

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