Un océan d’amour

Volume unique par Wilfrid Lupano et Grégory Panaccione, édité par Delcourt en octobre 2014, 202x262mm, 224 pages, 24,95€. 

J’ai terminé l’année 2014 avec une belle lecture, celle d’Un océan d’amour de Wilfrid Lupano et Grégory Panaccione. Du premier, j’ai déjà découvert l’énorme talent de scénariste avec Ma révérence, du second, j’ai apprécié la technique narrative inventive, le sens des couleurs et le coup de patte graphique expressif et énergique avec Toby mon ami. Déjà un volume sans aucune parole…

Un océan d'amourC’est à une incroyable aventure que nous invitent les deux auteurs dans Un océan d’amour. Celle d’un petit pêcheur de Bretagne qui part un matin sur son bout de bateau tenter de ramener une maigre pitance tandis que sa bigoudène de femme l’attend amoureusement sur le port. Mais une rencontre fortuite avec une de ces monstrueuses usines de pêche en plein océan, totalement inconsciente des dégâts provoqués sur le minuscule rafiot de l’infatigable Breton, va quelque peu faire chavirer le plan de navigation. Tandis que monsieur va se battre contre les éléments, les sardines à l’huile, la faim, les douaniers corrompus, le continent de détritus, madame va s’inquiéter et tout faire pour retrouver son cher mari, s’embarquant dans une épopée folle et rocambolesque…

Comme dans Toby mon ami, c’est donc un volume sans aucun dialogue que nous avons là. Demandant alors une parfaite symbiose entre un scénariste inspiré qui doit proposer une histoire riche, forte en émotions et un dessinateur inventif et original, sachant manier le crayon et le pinceau, et embarquer le lecteur par une narration accrocheuse et expressive. C’est heureusement à ça que nous avons droit ici.
Tout commence par un petit matin encore embrumé de sommeil, où le soleil n’a pas encore commencé son show journalier. Crêpe amoureusement préparée et servie, casse-croûte à l’huile empaqueté et voilà le bonhomme parti à l’assaut des bancs de poissons… qui manquent en fait cruellement à l’appel. Sans doute à cause de ces immenses navires destructeurs de fonds marins, ramenant les poissons par tonne pendant des campagnes de pêche monstrueuses sans aucune considération pour ce qui n’est plus pour eux que de simples ressources à exploiter sans limite jusqu’à épuisement. Le petit pêcheur breton n’est rien par rapport à ce système aveugle et la « rencontre » entre les deux bateaux, graphiquement spectaculaire et riche en stress (et en acrobaties), n’en est que plus parlante.
On suit alors deux histoires en parallèle : celle du pêcheur qui refuse d’abandonner son navire et vivra divers rebondissement océaniques pour retrouver sa Bretagne, celle de sa bigoudène prête à remuer ciel et mer, malgré sa phobie de l’avion, pour revoir son cher et tendre. Leçon de crêpes, de cuisson de homards ou de dentelles sur un paquebot de croisière, nouvelle égérie de la presse féminine, apprentissage de la danse bretonne avec Fidel Castro… Rien n’est impossible pour retrouver son amour.

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Un océan d’amour, c’est une très belle histoire d’un petit couple tout simple, au quotidien des plus banals mais prêt à tout pour continuer leur route ensemble. C’est aussi une ode à l’océan, à sa beauté, à sa force, à ses secrets, avec mise en image claire et nette de ce qui le menace, entre les usines de pêche flottantes, les dégazages sauvages parfaitement voulus ou les quantités phénoménales de déchets que nous semblons prendre plaisir à faire proliférer dans ce qui représente pourtant le moyen de survie de milliards de personnes de par le monde, le milieu de vie de milliers d’espèces qui ne demandent rien…

Un océan d’amour, c’est un magnifique album, original, riche, drôle, tendre et touchant, sachant nous prendre et nous plonger dans le quotidien chamboulé d’un couple attachant. Un très bel ouvrage.

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