L’écorce des choses

Volume unique par Cécile Bidault, édité par Warum en octobre 2017, 206x269mm, 104 pages, 17,00€.

C’est la beauté de sa couverture qui m’a poussée à m’intéresser à L’écorce des choses de Cécile Bidault.

L'écorce des chosesUne voiture rouge sur un petit chemin. La petite fille et ses parents viennent s’installer à la campagne. La vieille maison, le grand arbre qui bouche une fenêtre, la nature environnante… la petite fille a tout à découvrir et à explorer.

Pour sa première BD, Cécile Bidault, jeune illustratrice, peintre et animatrice, nous emmène à la rencontre d’une petite fille de 9 ans l’été de l’installation de sa famille à la campagne. On ne connaît pas son nom, on ne sait rien d’elle, juste qu’elle est sourde de naissance. Tout nous sera conté uniquement au travers de son regard et de ses sensations… et donc sans parole. Les bulles de dialogues de ses parents restent vides. Puisqu’elle ne peut ni entendre ni communiquer avec la parole, elle doit se débrouiller autrement.

Nous sommes dans les années 70, et comme nous l’apprennent les quelques pages de bonus de la fin de l’album, depuis 1880 il était interdit d’utiliser et donc d’enseigner la langue des signes (interdiction qui prendra fin en 1976, même s’il faudra encore attendre 1991 pour qu’elle soit enseignée aux enfants sourds). Seule la méthode orale était alors acceptée. Ainsi, le père de la petite fille tente de la lui enseigner, au travers des vibrations de sa gorge à l’émission d’un son. Mais cette manière de communiquer reste sommaire et peu efficace. Alors la petite fille vit dans son monde, n’entendant au moins pas ses parents se disputer de plus en plus. Et nous la suivons elle, puisque la BD est muette et qu’on est aussi coupés du monde entendant qu’elle.

Au fil des saisons, elle découvre la nature environnante, la forêt. Elle ressent, apprend, expérimente, laisse son imagination remplir les trous. En total décalage avec ses parents qui ne savent pas vraiment comment faire, son père absent, sa mère déprimée et dépassée, elle se construit son quotidien, seule ou avec un garçon du voisinage, qui ne la juge pas et l’accepte comme elle est.

La grande force de cette BD, c’est son dessin, son ambiance, ses couleurs. Sa douceur, sa délicatesse, sa finesse, au delà du désarroi des adultes et de leurs difficultés à trouver comment communiquer avec elle. Elle se créé son propre monde du silence, comme un grand aquarium, qu’elle est prête à partager si besoin avec les autres, s’ils acceptent  la petite fille telle qu’elle est et pas telle qu’ils la voudraient.

Si tout ne se comprend pas forcément précisément, la beauté onirique et poétique de cet album enchante.
A noter qu’en parallèle de la BD, Cécile Bidault a créé un film d’animation de 7 minutes, comme projet de fin d’études.

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