Erased vol. 1 et 2

Série en cours (4 tomes actuellement) de Kei Sanbe, éditée en VF par Ki-oon, en VO par Kadokawa shoten.
Sens de lecture japonais, 130x180mm, 7,65€.

Erased vol. 1Un an après en avoir fini avec Le berceau des esprits, Ki-oon nous propose la dernière série de Kei Sanbe, Erased. Aussi étonnant que ça puisse paraître au vu des couvertures des titres de ce mangaka, j’apprécie plutôt son travail, jouant en fait assez peu avec le fan service malgré sa double casquette (il est dessinateur de hentai sous un autre pseudo). Kamiyadori, L’île de Hozuki, Le berceau des esprits… À chaque fois des œuvres efficaces, prenantes, plutôt bien construites de bout en bout, jouant la carte du thriller ou de l’horreur façon survival game sans en faire trop et sans spécialement foirer ses fins (ce qui n’est pas si courant).
Avec Erased, le mangaka semble passer au niveau du dessus, en se lançant dans le thème aussi tarte à la crème que casse-gueule : le voyage dans le temps. Comment réussir à mettre en scène un sujet aussi bateau avec originalité tout en parvenant à rester cohérent et vraisemblable ? Pas simple…

Satoru, 28 ans, est livreur de pizzas à mi-temps, tentant désespérément de percer dans le milieu du manga. Mais ayant toujours eu du mal à ressentir des émotions, à les comprendre, à les accepter, il parvient encore moins à les faire passer dans ses histoires… Pourtant sa vie n’est pas banale : il est régulièrement victime de « rediffusions », des scènes qu’il revit constamment jusqu’à ce qu’une catastrophe soit évitée dans son entourage. Il se retrouve alors dans des situations dangereuses, tentant de sauver des inconnus au péril de sa vie. Jusqu’à ce qu’un événement de son passé ressurgisse et fasse remonter à la surface des souvenirs tragiques dont l’impact sur son présent va être considérable.

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Décidément, les dessinateurs de manga n’ont pas une vie facile : après Chikara Nagai dans Opus qui se retrouve à devoir faire face à ses créations et Hideo Suzuki dans I am a hero qui lui doit gérer une invasion de zombies, on a droit ici à un adepte des voyages temporels. Des voyages toujours lourds de conséquences puisque l’enjeu n’est ni plus ni moins que d’éviter des accidents graves impliquant des enfants. Peut-être que Satoru est doté de ce don du fait d’une histoire sordide de son enfance qu’il a préféré effacer de sa mémoire ? Mais son passé se réinvite dans son présent et l’oblige à faire face.
Là où habituellement, on nous met toujours en garde sur les conséquences potentiellement fâcheuses d’une intervention sur des événements passés, c’est ici justement tout l’enjeu de ce manga. Le thème du voyage dans le temps est amené très efficacement, pas de manière habituelle, et utilisé sans les clichés des quiproquos et autres agacements juste là pour brouiller les pistes sans rien apporter.

Satoru est plutôt lucide, sympathique et attachant, ne jouant pas la carte du pauvre loser que personne ne regarde. Au contraire, on est là face à un adulte observateur, volontaire, qui se donne du mal sans se plaindre toutes les deux pages, conscient de ses limites et de ses faiblesses. Notamment face aux émotions, qu’il a du mal à gérer. Ça fait plaisir de ne pas se taper un enième gros nase incapable d’aligner deux mots face à une fille, de prendre des décisions et par là même sa vie en main.
C’est de toute façon plutôt une constante chez Kei Sanbe, des personnages volontaires, qui vont de l’avant, ne perdant pas de temps à s’apitoyer sur leur pauvre sort (oui parce qu’en règle générale, avec Kei Sanbe, les personnages en prennent plein la tronche).

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Erased vol. 2Si au départ, les rediff de Satoru restent assez limitées et donc facilement gérables, très vite le jeu prend une tournure nettement plus grave et le jeune homme doit s’impliquer très personnellement pour espérer changer les choses. Beaucoup de thèmes sont en fait abordés – les relations familiales, la violence et sa gestion, la responsabilité de ses choix, l’envie de se réaliser, ou celle de parvenir à s’intégrer et à communiquer avec les autres, l’amitié, le pouvoir des souvenirs et de la mémoire qui peut choisir d’en cacher certains, etc. – et se connectent au fil des pages, donnant une trame de plus en plus fine et travaillée, ne souffrant d’aucun temps mort, avec même malgré certains sujets difficiles une bonne dose d’un humour frais et simple. Les relations entre les divers personnages sont pleines de douceur, de tendresse et de chaleur, évitant toute ambiance trop lourde et pesante, voire glauque ou malsaine vu les épreuves rencontrées par certains d’entre eux. Je retrouve même un petit côté 20th Century Boys (en tout cas le début, quand Urasawa n’était pas encore trop parti dans un trip « Bruce Willesque – nous devons sauver le monde ! »), entre fraîcheur, mélancolie, esprit de groupe et ombre dangereuse qui se profile derrière l’innocence de l’enfance.

En seulement deux tomes, Kei Sanbe parvient à créer une intrigue solide et imprévisible, prenante et développée, semant quelques indices ici et là dont on ne sait pas s’ils sont réels ou juste là pour berner. La fin de chaque tome prend aux tripes et c’est toujours avec impatience qu’on attend la suite… Sachant qu’il n’y a que deux volumes par an au Japon habituellement et seulement quatre sortis pour le moment, l’attente va clairement être longue !

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