Croquemitaines

Série en 2 tomes par Mathieu Salvia et Djet, éditée en VF par Glénat Comics, 185x283mm, 17,95€ le volume.
Volume 1 paru le 12/04/2017.
Volume 2 paru le 31/05/2017.
Version lue : numérique, volume 1 sur Izneo, volume 2 sur Sequencity.

Croquemitaines est une série de Glénat Comics mais ses deux auteurs sont français : Mathieu Salvia et Djet. Néanmoins leur première collaboration emprunte aussi bien au comics, au manga ou même au jeu vidéo alors pourquoi pas…

Croquemitaines vol. 1Elliott Sullivan est un petit garçon à l’imagination débordante amateur de livres sur les croquemitaines, ces monstres craints des enfants, qui se cachent sous le lit ou dans le placard. Et il en est sûr, il y en a un dans sa cave !
Un soir, un homme s’introduit chez lui et tue ses parents. Le petit garçon ne doit sa survie qu’à l’apparition de Père-la-mort, un croquemitaine ancien qui l’aide à fuir son funeste destin et les monstres qui le poursuivent…

Voilà une série qui cogne fort et ce dès les premières pages. L’univers coloré du jeune Elliott, blotti dans sa chambre d’enfant avec ses livres de contes, vole en éclat ce soir-là, quand un homme à la tête remplie d’idées noires entre avec un marteau. La mise en scène, le cadrage de cette première scène est saisissante et prend aux tripes alors même qu’on ne voit rien de graphiquement gore – pas besoin, le dessinateur sait rester pudique -, renforçant alors d’autant plus l’impact de la scène.
Alors qu’on se remet à peine de ce choc, les auteurs nous balancent leur univers des croquemitaines, ce nom sorti des contes de notre enfance, de nos cauchemars, de nos peurs les plus profondes, celle du noir, celle de la séparation, celle de la mort. Ces croquemitaines qui se nourrissent de nos idées noires, leurs « petites sœurs », dont ils raffolent et qui les poussent d’autant plus à semer le chaos et la mort.
Elliot se retrouve alors piégé au milieu d’un conflit entre deux générations, un peu à la manière de Shadow Moon dans American Gods de Neil Gaiman, embarqué dans une guerre entre dieux anciens, trop sûrs de leur puissance pour prendre au sérieux la menace de la nouvelle génération, avide de pouvoirs et de grandeur.

L’univers mis en place par Mathieu Salvat et Djet trouve ses bases dans nos peurs enfantines et ils en tirent une histoire sombre et cruelle, et en même temps bourrée de tendresse et d’innocence dans la relation qui se crée entre le jeune Elliot et son protecteur d’un soir, d’une vie. Car le monstre né de nos massacres et de nos terreurs a découvert autre chose de plus beau et de plus doux, quelque chose qui mérite d’être protégé au cœur de cette maison tranquille, au delà de toutes nos faiblesses humaines qui le nourrissent depuis toujours. « Aucune bête n’est trop sauvage »…

Croquemitaines vol. 2Le trait est assuré, accrocheur, dynamique, sublime et met d’office en place un style unique, au croisement de nombreuses influences digérées et intégrées. Le jeu de couleurs alterne les nuances joyeuses d’une enfance sans idées noires et celles plus sombres d’un monde adulte qui amène le chaos, la mort et la faiblesse des recoins les moins acceptables de nos âmes. La mise en page est rythmée, parfaitement dosée, avec des scènes d’action qui en mettent plein les yeux sans pour autant en faire trop. Maîtrise absolue tant du trait que de la mise en scène, explosive, au service d’une histoire forte, intense, prenante.
Le monde des croquemitaines, avec ses anciens, ses règles, son évolution, ses cauchemars, est aussi inquiétant que passionnant à découvrir.
Petite cerise sur le gâteau, les dernières pages du premier volume nous présentent l’univers plus en détail, au travers de notes, de croquis, de dossiers de police, ainsi qu’une interview des deux auteurs. Tandis que la fin du second nous apporte un cahier graphique et un d’hommages.


Au final, les monstres n’existent que parce qu’on leur donne forme et puissance avec nos âmes torturées, si enclines à tomber dans la noirceur et la destruction plutôt que de faire face à nos peurs et humeurs sombres pour éviter qu’elles ne nous submergent. Une leçon que le petit Elliott n’a jamais oubliée…

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