Albator, Corsaire de l’Espace

Film d’animation de Shinji Aramaki, 1h50.
Sortie en salles en France le 25 décembre 2013 en 3D.

N’écoutant que mon courage, j’ai bravé les tempêtes pour faire mon devoir de chroniqueuse. Affronté la pluie battante, la foule du samedi après-midi, avec au bas mot 10 mômes au mètre carré, claqué mon livret A pour me payer une place pour un film en 3D – technologie que je méprise ardemment – consacré à un personnage issu de ma lointaine enfance qui ne m’a jamais marqué (le personnage, pas mon enfance).

Dit autrement, je suis allée voir Albator. Par acquis de conscience, sachant que j’avais pu assister au Work in progress plutôt intéressant qui lui avait été consacré lors du Festival d’Annecy 2011 en présence de Leiji Matsumoto. Autant voir le résultat final, n’étant pas réfractaire au style de Shinji Aramaki dont les deux épisodes d’Appleseed ne m’ont pas laissé un mauvais souvenir.
Saluons tout d’abord les braves parents quarantenaires ayant eu l’heureuse idée d’emmener leurs rejetons découvrir le héros de leur jeunesse. 1h50 pour des mômes de 6 ans, c’est un peu long. Déjà moi avec trente ans de plus, j’ai eu du mal…

Dans un lointain futur, la coalition Gaia pourchasse depuis un siècle le capitaine Albator. Un jeune homme parvient à se faire embaucher sur l’Arcadia mais ne serait-il pas un pion du pouvoir central, ce dernier refusant depuis toujours le retour des colons humains sur leur chère planète bleue, devenue un sanctuaire ?

Pour faire simple et brut de décoffrage : visuellement sympathique, techniquement pas trop mal. Scénaristiquement foireux, poussif et répétitif, avec des personnages sous-développés, dans tous les sens du terme.

En plus détaillé, pour les points positifs, on peut signaler la technique, donc, avec un résultat visuel intéressant, assez agréable à l’œil même si on en profite assez peu puisque tout se passe dans le noir, que ce soit dans l’espace, très très vide, ou dans les couloirs mal éclairés d’un vaisseau. Oubliez d’office les paysages grandioses d’Avatar, vous n’aurez rien de tout ça. Un peu dommage et frustrant. Mais voir l’Arcadia sortir de son nuage noir, ça a de la gueule. Pour peu qu’on nous évite les ralentis inutiles qui alourdissent bien trop souvent la mise en scène le reste du temps.

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Dis chérie, tu ne voudrais pas allumer la lumière ?

Les personnages sont plutôt réussis physiquement mais trop figés. Pas expressifs pour un sou.
D’un côté Albator dont on ne voit jamais vraiment le visage mais qui doit avoir un mini-ventilateur planqué dans son col pour donner cette charmante petite brise qui fait onduler si naturellement ses cheveux même quand il reste planté sans bouger. De l’autre, Mimay qui a au moins l’excuse de ne pas être humaine pour expliquer son air figé, excuse qui ne marche pas du tout pour Yama – un homme de convictions  qui réussit la prouesse de changer de camp 3 fois en une heure -, Ezra qui a constamment le front plissé – il me donnait mal au crâne rien qu’à le regarder -, Nami, personnage féminin sans guère d’intérêt au yeux toujours larmoyants, ou Kei aussi crédible en corsaire meneuse d’hommes que moi en équilibre sur une corde au milieu du Grand Canyon. Et histoire de bien poser son personnage, on nous balance tout de même une scène, que dis-je, LA scène… de la douche. Comme ça, sans que ça ne serve à rien, d’un coup, contre-plongée sur la pulpeuse Kei, qui prend sa petite douche peinarde en faisant des pirouettes. Des pirouettes à poil dans sa douche. Il y en a qui chantent, non elle, elle fait des pirouettes. Scène de cinq secondes qui tombe comme un cheveu sur la soupe, sans aucun intérêt, fan-service tellement énorme que j’ai été prise d’un petit fou-rire nerveux.

Il faut reconnaître que la construction scénaristique de tout le film est sans doute un modèle de ce qu’il ne faut pas faire. Comme si au montage ils avaient décidé de virer toutes les scènes de transition apportant cohérence et cohésion à l’ensemble sous prétexte que c’était de toute façon déjà trop long.
On assiste donc à une succession de scènes qui s’emboîtent maladroitement, avec des trucs qui se répètent deux-trois fois – le coup de l’hologramme, ça passe une fois, au bout de la troisième ça pue l’arnaque, et le coup du combat d’un vaisseau seul contre 3000 mais qui arrive à tous les exploser quand même à la fin, ce n’était pas crédible dès la première fois -, tandis que les personnages top model de synthèse nous balancent leurs textes comme s’ils jouaient dans un drame shakespearien – argh, le combat épique de deux frères – alors qu’au mieux, ils tournent un téléfilm catastrophe du samedi après-midi. Où il y en a toujours un débile qui va tourner cette maudite roue malgré le gros scotch « danger » collé dessus et qui s’étonne ensuite que tout a pété. Hum, c’est peut-être pour ça qu’il y avait un scotch avec « danger » écrit dessus, bravo, Sherlock…

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Avoue que c’est toi qui as volé le scénario !!

Au point où ils en étaient, ils auraient aussi bien fait d’opter pour un film… muet. Avec juste quelques panneaux explicatifs de temps à autres pour faire le point. Ça n’aurait pas été moins subtil que les explications longuettes et totalement inappropriées qu’ils nous balancent régulièrement et ça nous aurait évité les dialogues mal doublés par des comédiens pas franchement convaincus qui causent dans le vide.
Ajoutons là-dessus des mots qui se veulent super techniques, super savants mais totalement pas à leur place, entre les étoiles à neutrons dont ils transforment les protons… pour l’arme la moins spectaculaire de l’univers, et la matière noire dont aujourd’hui on ne sait rien… mais dont on est à peu près sûrs qu’elle ne peut PAS ressembler à de la poussière noire qu’on peut balancer à sa guise dans l’espace pour faire de jolis nuages (si quelqu’un peut également m’expliquer l’orage dont les éclairs illuminent la cabine du capitaine en plein milieu du cosmos, il sera bien urbain).

Le dialogue le plus important du film : « on en parlera plus tard ». Dommage qu’il faille attendre les 3/4 du film pour qu’enfin quelqu’un dise « vos gueules, on s’en fout ».
La phrase la plus drôle : « rien ne change ». Drôle parce qu’entendre ça après 1h50 de film où effectivement, tout a pété de partout, pour que la situation finale ressemble fortement à la situation de départ, c’est le top de l’ironie. « Une quête dont personne ne sait pourquoi il veut la mener à son terme »… Je ne vous le fais pas dire !!

Gageons que si certains comptaient sur ce film pour relancer la franchise Albator, on peut dire qu’ils sont totalement dans la matière noire. Très très noire. Mais j’ai bien ri.

10 comments

  1. Albator, c’est quand même le prototype de l’ado gothique/emo qui prend des poses ténébreuses et qui trouve que personne ne le comprendra jamais et que mon père est trop un nul parce qu’il ne veut pas que j’ai un scooter. C’est du moins le souvenir que j’en ai.

    1. Je n’ai jamais lu le manga et côté DA, je n’en ai pratiquement aucun souvenir (en dehors d’un ep devant lequel je me suis endormi il y a quelques années)… Donc je ne peux pas juger le personnage initial. Mais dans cette version film, il est quand même particulièrement vide…

  2. Avec Goldorak, Albator fait partie de mes plus anciens souvenirs des séries nipponnes vues dans Récré A2. Déjà trop vieille pour être sensible à ses poses ténébreuses, mais encore assez jeune pour être fascinée par le contexte étrange et mélancolique. Je ne crois pas que je serais allée voir le film mais ta critique valait certainement le coup d’être lue. Excellente ! ^^

  3. Tu m’as fait rire avec ton commentaire sur la scène de la douche. Je me suis fait exactement la même réflexion.
    Pour ma part je n’ai pas vu le film en 3D. C’était soit la VO, soit la 3D. On a choisi la VO. XD
    Je partage ton point de vue en tous points. Il y a vraiment de très grosses lacunes au niveau du scénario. Quant au design des personnages j’ai moi aussi été gênée par leur manque d’expressivité.
    Je n’ai pas passé un mauvais moment pour autant mais c’est un film que j’oublierai très vite.

  4. J’ai bien rit à la lecture de cette excellente chronique, merci. Cela confirme ce que je pensais, que ce film est une bouse totale. Il faut dire que la bande annonce laissait présager une nullité absolue. J’avoue que je n’arrive pas à comprendre comment on peut produire des films sans avoir un minimum d’exigence envers soi-même et les autres. Le pire est que le film a attiré plus de 500 000 spectateurs en France, si j’en crois le net.

  5. Moi aussi j’ai bien ris, en lisant cette critique 🙂
    Déjà que le film ne me fait pas du tout envie (j’aime pas la 3D, je ne jure que par le dessin animé vieille école), là, je n’est plus aucun doute ! Je vais garder au chaud mon livret A en attendant un film meilleur

  6. Tu as oublié de parles du super projet du capitaine Albator (surement par soucis de spoiler) : faire péter les nœuds du temps! Pendant les explications de Kei j’ai bien cru que le Tardis allait apparaitre.
    Personnellement (chacun son avis les amis), j’ai beaucoup aimé ce film, j’ai eu l’impression de retrouver les personnages de 78. Même si en voyant la bande annonce je m’attendais à un conflit entre le capitaine Albator et les Sylvidres avec une planète Terre en mode « je-m’en-foutisme » (« Attention Albator! Une Sylvidre manipule ton vaisseau! Quoi?! Elle est gentille?! ») Puis Yattarran n’a fait aucune maquette et a préféré jouer les gladiateurs bioniques. Mais toujours la quête de liberté en figure de proue comme dans la série de 78! Avec des scènes d’action dynamiques (vas-y! Fonce dans l’autre vaisseau ça se répare tout seul de toute façon!).
    Quant à Yama, certes il change toujours d’avis, mais je trouve que ça le rend plus humain,on est bien indécis nous aussi, on est même pas capable de se mettre d’accord sur la date de la fin du monde. XD

  7. Fou rire assurée devant ta critique surtout en repensant aux scènes en questions durant lesquelles j’ai aussi ri nerveusement. Tu as fait preuve de plus de courage que moi en rédigeant une critique ! Mais pour moi le must ça reste quand même la réaction de ma mère avec qui je regardais Albator gamine et qui à le fin du film me dit : « Mais… Euh… Il ne lui a pas donné le cache-œil parce qu’il était mourant ? C’était pas une façon de lui passer le flambeau ? » Et moi de lui répondre, « sur le moment j’y ai cru aussi, mais bon apparemment la matière noire qui était à sec y’a 2mn s’est rechargée et tout le monde il est beau et vivant… ». -_-

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