17 mai : 40 dessinateurs contre l’homophobie

« L’homophobie est l’hostilité, explicite ou implicite, envers des individus dont les préférences amoureuses ou sexuelles concernent des individus de même sexe. L’homophobie englobe donc les préjugés sur l’homosexualité et les discriminations (emploi, logement, services) envers ceux qui la pratiquent. Au sens large, l’homophobie peut être généralisée comme la peur, la haine, l’aversion, le harcèlement, la violence ou encore de la désapprobation intellectuelle intolérante envers l’ensemble de la communauté LGBT. » (définition issue de la page Wikipedia)

17mai03

Ces derniers mois, à l’occasion des discussions concernant le vote de la loi pour le mariage pour tous, une parole qu’on croyait, sinon disparue (ne rêvons pas), du moins très affaiblie, s’est libérée, rencontrant hélas un certain écho auprès d’une partie non négligeable de la population, peu consciente apparemment du caractère hautement destructeur et violent du message ainsi colporté. Je parle bien sûr d’une parole homophobe.
Une parole qui, sous prétexte de protéger une société autrement plus menacée par bien d’autres sujets nettement plus alarmants, sous couvert d’arguments pseudo-anthropologiques, scientifiques, religieux, en appelant à une Nature extrêmement simpliste et manichéenne, se permet de rejeter et stigmatiser encore et toujours, se référant au passage à un modèle patriarcal archaïque et inepte désormais, même si certains s’y raccrochent désespérément.
Une parole ravivée et propagée, que ce soit au sein de cortèges de manifestations vociférant contre un peu tout et n’importe quoi, ou en privé, au sein de familles où des gamins en pleine construction ont pu entendre des mots de haine et de rejet sortir de la bouche de ceux qu’ils aiment.
On oublie trop souvent qu’une simple parole peut être perçue avec une violence inouïe par autrui. Et conduire à des gestes désespérés et irréparables.

Il n’est pas acceptable qu’aujourd’hui encore en 2013, certains s’arrogent le droit de cette violence en toute impunité. Sans en assumer les conséquences. Sans en porter la lourde responsabilité. Sans prendre conscience du mal qu’elle engendre.
L’homophobie n’est pas une opinion, c’est un délit.

Ainsi, le 17 mai est la journée internationale de lutte contre l’homophobie. Un mal toujours d’actualité, que ce soit dans les six pays qui condamnent encore l’homosexualité à mort, ces autres pays qui en font encore un crime, ces individus qui en font toujours une maladie contagieuse à soigner à grands coups de rééducation brutale (l’homosexualité a été retirée de la liste des maladies mentales par l’OMS en 1990), ceux qui insinuent qu’elle détruira la société, qu’elle assassine les enfants, qu’elle bafoue l’ordre divin, ceux qui refusent simplement à d’autres le droit fondamental de vivre leur vie et leur amour sans crainte, sans haine, sans jugement moralisateur.
L’homophobie n’est l’exclusivité d’aucun pays.

En 2009, la dessinatrice Julie Maroh (Le bleu est une couleur chaude) a lancé un appel aux blogueurs pour proposer un dessin, un article, une anecdote.
En 2012, Silver et Pochep s’en inspirent et lancent un site réunissant les créations sur ce même thème, le Projet 17 mai, avec des éditions annuelles.
Début 2013, une campagne est lancée sur Ulule pour récolter des fonds et permettre la sortie d’un recueil aux éditions « Des ailes sur un tracteur » en mai. 2000€ sont nécessaires, mais c’est finalement 14 225€ et 584 soutiens qui sont recueillis, les bénéfices étant reversés à SOS Homophobie.

C’est ainsi que naît le recueil 17 mai, projet collectif de dessinateurs contre l’homophobie et la transphobie (sujet dont on ne parle JAMAIS, les personnes transgenres étant bien souvent victimes d’hostilité aussi bien de la part d’hétéros que d’homos, dans une société qui ne supporte pas qu’on ne rentre pas dans ses cases binaires et qu’on ose les remettre en question…).

17mai02

Ayant participé à cette campagne, j’ai reçu mon exemplaire dédicacée cette semaine. Grand format, magnifique couverture (dessin de Mipou « détendez vous, ce n’est que de l’amour ») et 90 pages d’illustrations, proposant aussi bien certaines créations disponibles sur le site du projet, que des créations originales, me semble-t-il, sous la plume de Carole Maurel, Anne-Lise Nalin, Silver, Pochep, Jeromeuh, Gally, etc.
Diversité de style, de traits, plus ou moins maîtrisés mais avec toujours une sincérité partagée, une envie de dépasser les clivages, les normes imposées par une majorité bien-pensante. Certaines pages seront des illustrations sans parole, d’autres des BD plus ou moins longues. Certaines pages sont chargées d’amour, de tendresse, de chaleur, d’autres sont là pour dénoncer, expliquer, démontrer, faire un peu de pédagogie, retourner les arguments chargés d’ignorance, batailler contre les préjugés et les idées reçues, à l’aide de points de vue divers et variés qui poussent à réfléchir. À faire prendre conscience de réalités, de douleurs, de chagrin, d’injustices uniquement liés à une orientation sexuelle jamais choisie mais pouvant être aussi bien assumée que cachée, par peur des injures, des qu’en-dira-t-on, des menaces, des jugements.

Ce recueil ne fera certainement pas changer d’avis les plus hostiles (qui ne connaîtront de toute façon jamais son existence). Mais s’il permet ne serait-ce qu’à une seule personne mal dans sa peau de relever la tête et découvrir qu’elle n’est pas seule et qu’elle peut être heureuse, ce serait déjà énorme.
Il n’est pas question d’une quelconque victimisation ici (mot très à la mode en ce moment…) mais d’amour, de respect et de dignité. Des notions qui ne devraient souffrir d’aucune barrière.

Vous pouvez commander ce recueil en ligne sur le site de l’éditeur ou sur BD Fugue, au prix de 20€. De nombreuses illustrations sont disponibles sur les sites des liens glissés dans ce billet.

2 comments

  1. Hasard du calendrier ou non, il est important de noter que le Conseil constitutionnel vient de valider le mariage pour tous, le 17 mai 2013. Je trouve que c’est un très beau symbole 🙂

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