Buffy contre les vampires vol. 1

Série en cours par Jordie Bellaire et Dan Mora, éditée en VF par Panini Comics en janvier 2020, traduction de Thomas Davier, 176x268mm, 128 pages, 16,00€.

Pour ce mois de mars 2020, j’ai envie de faire une thématique spécial féminisme (8 mars, journée international de lutte pour les droits des femmes). Ce ne sont pas les BD qui manquent pour ça. Et pour commencer, je me suis dit « Pourquoi ne pas profiter de l’occasion pour parler du reboot d’une série qui a marqué toute une génération avec une héroïne qui explosait autant les clichés que les vampires (les démons, et les forces de l’ombre…) ? ».

Buffy contre les vampires vol. 1J’ai donc lu le premier volume du reboot de Buffy contre les vampires par Jordie Bellaire et Dan Mora (même si sur la couverture, c’est le nom de Joss Whedon qui est écrit en gros). Et je suis bien embêtée…

Quand elle débarque sur les écrans américains en mars 1997, la série de Whedon, qui fait suite à un film nanardesque, a tout du basique teen show classique. Des beaux gosses et des jolies filles qui déambulent dans une ville toujours ensoleillée, des amourettes d’ado, des monstres en papier mâché… C’est mignon, pas trop mal écrit, ça retourne quelques clichés (la blonde innocente n’est plus la victime, elle peut être le monstre qui vous vide de votre sang ou la Tueuse qui vous plante un pieu dans le cœur avant de se refaire sa manucure).
Mais au fil des sept saisons, la série a su grandir et évoluer, aborder des sujets complexes – la fin de l’adolescence, le début de la vie sexuelle et des responsabilités d’adulte, le deuil, la rédemption, etc. – avec suffisamment de subtilité et d’intelligence pour devenir un objet culte de la pop culture d’aujourd’hui.
Elle n’est pour autant pas parfaite, n’est sans doute pas aussi « féministe » qu’on a pu le penser à l’époque (et son créateur non plus…) mais a été une des premières de son époque à proposer des personnages féminins aussi forts et développés, indépendants et complexes.

Alors que l’on parle régulièrement d’un reboot de la série TV, c’est en comics que cela débute avec cette nouvelle version par Jordie Bellaire, principalement connue pour son excellent travail de coloriste plusieurs fois récompensé mais également scénariste, et Dan Mora, dessinateur de Hexed ou Klaus.
Pourquoi un reboot ? Apparemment pour proposer une version de Buffy un peu plus actuelle… mais j’avoue ne pas être convaincue par l’explication.

Buffy a un petit boulot pourri dès le début…

Certes, pas de smartphone ou de twitter à la fin des années 90, mais en dehors de ça, l’essence même de Buffy, de ce que décrit la série, la difficulté de trouver sa place, d’exister par soi-même, de choisir sa voie, d’accepter ses erreurs, d’aimer et de perdre, tout ça n’a pas vraiment besoin d’un reboot à peine vingt ans plus tard. Nombre d’œuvres des siècles passés continuent d’avoir des lecteurs et des lectrices parce qu’elles parviennent à leur parler malgré la distance du temps. C’est justement ce qui fait leur qualité.
Bref, pour valider l’intérêt d’un reboot, il faut qu’il ait autre chose à dire que ce qui a déjà été fait. Et ce premier volume patine un peu dans le vide pour démarrer.

La difficulté de partir d’une œuvre déjà bien connue, c’est de savoir à qui on veut s’adresser : le public qui connaît déjà et celui qui ne connaît pas du tout mais veut découvrir.


Ici, on reprend les mêmes personnages mais on modifie un peu leur caractère – voir Cordelia gentille et serviable, je ne m’en suis pas encore remise… – et leur histoire – Willow a une copine dès le début, alors qu’une part de l’aura de la série est justement l’évolution de ce personnage, qui passe de gentille geek toute timide quasi-transparente qui a un crush pour son copain d’enfance à sorcière surpuissante lesbienne. Et pourquoi pas, si c’est pour faire évoluer son personnage d’autant plus… même si la Willow de la série a sans doute parlé à des millions d’ado par ce qu’elle a vécu.
Ici tout va très vite et en même temps il ne se passe pas grand-chose. On ne présente pas les personnages – OK, on les connaît mais vu que vous les réinventez, ça pourrait être intéressant de les approfondir un peu, non ? -, Buffy zigouille du monstre et forme le Scooby gang en vingt pages, Willow et Alex ne semblent pas plus étonnés que ça, l’acceptent en trois dialogues puis apprennent à se battre, Drusilla n’est pas spécialement instable et Spike l’appelle maîtresse, Anya est déjà vendeuse de produits de sorcellerie, Joyce a un copain… En fait on nous balance énormément de personnages de la série en un seul volume, en bouleversant tout ce qu’on connaissait d’eux sans que ça n’ait vraiment de sens et c’est… trop. Ça ressemble plus à un assemblage de fan service, rigolo et pas déplaisant, mais sans spécialement de profondeur, ni de réel intérêt qui expliquerait « Pourquoi un reboot ».
Et la voix off qu’on suit tout le long du volume est celle… d’Alex, ce qui la fout un peu mal dans le reboot d’une série qui a surtout mis en avant ses personnages féminins : c’est censé être plus moderne de s’intéresser aux pensées du petit mec paumé au milieu ?

Willow a déjà un look nettement plus assumé que dans les premières saisons de la série

Les dessins de Dan Mora sont quant à eux toujours aussi efficaces, et ce n’est pas si souvent qu’on reconnait à ce point les acteurs/actrices. On ne s’ennuie pas, on retrouve l’envie de sortir des dialogues bourrés d’humour et de punchline comme dans la série (même si ça manque un peu d’impact et que ça peut tomber à côté)…
Mais tout ça manque un peu de cohérence. On ne voit pas trop quel intérêt supplémentaire cela apporte par rapport à la série d’origine (et les saisons 8 à 12 sorties en comics, ainsi que les suites d’Angel ou les spin-off). Est-ce que la jeune génération d’aujourd’hui, qui n’a pas grandi comme moi en regardant Buffy sur M6, a vraiment besoin d’un reboot et ne peut pas simplement regarder les blu-ray ?

Reste que la première saison de Buffy contre les vampires n’était pas non plus au niveau des suivantes. Et qu’il est donc peut-être encore un peu tôt pour vraiment juger de ce que les auteurs ont envie de nous apporter. Parce que, si c’est pour nous proposer tout ce qui a fait la richesse et la profondeur de ce qui n’était pas qu’un teen show parmi d’autres, il va falloir faire décoller un peu tout ça.
En mars 2020, 14 chapitres sont disponibles aux USA, on n’en a découvert que 5 dans ce premier volume, il faudra donc attendre un peu pour voir si la suite apporte une cohésion et une vision d’ensemble rapidement ou si on continue dans le simple fan service, plaisant mais totalement dispensable.

One comment

  1. Merci pour cette chronique. Une fois de plus, je ne m’intéresserai pas à la version comics de la série. Pourtant, j’étais vraiment fan de la version TV (à l’époque où je la regardais encore). Ceci dit, graphiquement, ça a l’air nettement mieux que ce que j’ai pu voir auparavant.

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