Miraï, ma petite sœur

Film d’animation de Mamoru Hosoda, 1h38.
Sortie en salles en France prévue le 26 décembre 2018.

Mamoru Hosoda est aujourd’hui un nom reconnu de l’animation japonaise : La traversée du temps, Summer Wars, Les enfants loups, Ame & Yuki, Le Garçon et la Bête. Et son nouveau film, Miraï, ma petite sœur, qui sortira au Japon le 20 juillet 2018.

Miraï, ma petite sœurKun a 4 ans quand sa mère revient à la maison avec sa petite sœur à peine née. D’un coup, le petit garçon n’est plus le centre d’attention principal de ses parents. Et cette petite sœur qui ne parle pas, ne bouge pas et ne peut même pas jouer avec lui, il ne l’aime décidément pas… Pas facile d’être un grand frère !

Les films de Mamoru Hosoda sont souvent en lien avec sa propre vie. Ainsi, Le Garçon et la Bête et aujourd’hui Miraï sont un écho de ses questionnements de jeune père. Et on sent que c’est ce qui traverse tout le film : même si le personnage principal est Kun le petit garçon, il y a derrière toute l’inquiétude et les doutes d’un homme qui s’interroge sur son rôle de père (Hosoda explique d’ailleurs que quand il a commencé le film, son fils aîné avait 3 ans et 5 aujourd’hui, exactement comme Kun).

Comme toujours avec Hosoda, c’est par le biais de l’humour du quotidien et de la sensibilité de ses personnages qu’il aborde des sujets graves. Ici, tout tourne uniquement autour de la famille : la mère qui doit reprendre rapidement le travail (dont le modèle n’est autre que la femme du réalisateur), le père freelance relativement dépassé, plein de bonne volonté mais qui galère rapidement avec ses deux jeunes enfants à gérer au milieu de son travail d’architecte, et Kun qui doit réussir à trouver sa place dans une famille dont le centre de gravité s’est brusquement modifié. Sans oublier (l’hilarant) Yukko le chien (un teckel poils longs ?), le premier qui a connu le délaissement après l’arrivée de Kun.

Et comme toujours avec Hosoda, il ajoute une petite dose de fantastique pour approfondir son propos.
La maison de la famille est extraordinaire. Maison classique retravaillée par le père architecte, en escaliers où chaque palier est une pièce complète, la chambre, la salle d’eau, le salon, la cuisine, le jardin et la salle de jeux de Kun. Hosoda a d’ailleurs travaillé avec un architecte pour créer cette maison, qui peut être construite réellement : les plans sont prêts.
Et dans le petit jardin, un arbre, un chêne, symbolisant l’arbre généalogique de la famille. Qui permet à Kun à apprendre à accepter sa place de grand frère par des rencontres et des souvenirs de vies passées ou futures.

Il n’est pas courant qu’un film, même d’animation, s’intéresse au regard d’un enfant de 4 ans. Car Hosoda, tout en se demandant ce qu’est être un bon père, cherche surtout à trouver comment parler aux enfants, dans une société japonaise aux gros problèmes de natalité – un des rares pays du monde où la population décroit – où la jeune génération n’est finalement jamais vraiment écoutée ni réellement considérée (autrement que comme future main d’œuvre).


Avec ce film, on découvre beaucoup d’aspects de la société japonaise comme l’omniprésence du travail ou la fête des poupées (Hina matsuri) qui mine de rien reste le symbole de ces attentes de vie très traditionnelles : le mariage comme objectif de vie d’une femme… tout en rendant la vie de famille extrêmement complexe avec l’injonction à travailler sans arrêt. La mère de Kun et Mirai finit par avoir l’impression que les seuls moments qu’elle passe à la maison sont remplis de ses colères face aux bêtises de son fils confronté à l’arrivée d’une rivale.
Comme le dit Hosoda, si on parle toujours de l’éducation des enfants, les parents aussi doivent être éduqués et ce sont leurs enfants qui leur apprennent à être parents.

A noter que Kun est doublé par… une lycéenne de 18 ans. Pendant trois mois, Hosoda a organisé des castings, pour des garçons de 6 à 8 ans (impossible de faire jouer ce rôle par un petit de 4 ans) ou des femmes de plus de 30 ans (qui sont habituellement les personnes qu doublent les enfants). Ça ne donnait rien. Puis une lycéenne est venue pour doubler un autre rôle, le réalisateur lui a fait passer un essai pour Kun… et ça a collé parfaitement. La jeune fille a elle aussi une petite sœur avec qui elle connaît quelques petits soucis, d’où son adéquation pour le rôle. Hosoda indique d’ailleurs qu’elle a eu une importance capitale pour la construction du personnage de Kun.
Honnêtement, quand on l’entend au départ, ça choque un peu… puis finalement, elle parvient à vraiment gérer le rôle et on s’y fait totalement.

Miraï, ma petite sœur est est film drôle, touchant, intime. Kun et Miraï sont adorables, même dans les grosses colères pleines de larmes et de caprices. Hosoda parvient à capter aussi bien l’universalité du lien familial que la particularité d’une famille japonaise des années 2010, oscillant entre des traditions un peu désuètes mais qui ont laissé leur empreinte et un contexte moderne moins figé dans des rôles où chaque individu doit parvenir à trouver une place sans cesse redéfinie.
Un joli film à découvrir dès le 26 décembre 2018 dans les salles françaises.

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