InSEXts vol. 1

Série en 2 tomes par Marguerite Bennett et Ariela Kristantina, éditée en VF par Snorgleux Comics en mars 2018, 197x297mm, 17,50€.

C’est par The Lesbian Geek que j’avais découvert la série InSEXts de Marguerite Bennett et Ariela Kristantina, alors seulement disponible en anglais. Puis c’est toujours par TLG que j’ai appris la sortie française du premier tome de ce comics par Snorgleux Comics en mars 2018.

InSEXts vol. 1

Londres, 1894. Lady Beltram est la malheureuse épouse du Vicomte Harry Beltram, qui ne l’a choisie que pour sa dot conséquente. Mais elle a à ses côtés Mariah, sa dame de compagnie, et accessoirement son amante, aux pouvoirs étonnants.

Quand Penny Dreadful rencontre Sarah Waters…
Bienvenue dans un univers hors du commun, une histoire qui pourrait facilement tomber dans le grotesque érotiquo-gore. Mais qui parvient au fil des sept chapitres qui composent ce premier tome (un deuxième est paru aux USA avec les six chapitres, proposant un second et dernier arc) à nous plonger dans cette ère victorienne normalement très guindée, puritaine. Mais derrière les chics apparences des garden party so british, l’aristocratie cache évidemment bien des zones d’ombres souvent peu reluisantes, voire carrément sordides.

Au départ le couple Lady Lalita Beltram-Mariah fait immédiatement penser à des mantes religieuses, littéralement parlant notamment par les pouvoirs que les deux femmes partagent. Il y a un petit côté « relation perverse », non pas car ce sont deux femmes mais par leurs interactions, la maîtresse de maison malheureuse dans son couple qui succombe aux charmes de son ensorcelante domestique. Il y a quelque d’extrêmement sensuel et vénéneux qui se dégage de leurs étreintes tandis que le mari passe plus pour un raté insignifiant. Clairement, elles ne semblent pas très sympathiques mais si fascinantes dans leurs choix jusqu’au-boutistes, sans concession, leur violence…


Pourtant, au fil des pages, quand on en apprend un peu plus sur tout ce « beau » monde, les dynamiques évoluent.
Ces deux femmes se battent en fait contre un système injuste, raciste, classiste et profondément misogyne où règnent la haine des femmes et la loi du plus fort qui écrase le plus faible. Leurs armes ne sont pas ordinaires – les transformations de Lalita notamment sont visuellement impressionnantes – mais il faut bien ça pour parvenir à se rebeller contre cette hégémonie du mâle/mal (d’autant plus ironique dans une Angleterre gouvernée par une femme…).
Leur violence n’a en fait rien de gratuit, elles sont en lutte. Et plutôt que de choisir de se soumettre aux dominants, comme d’autres femmes qui ont fini par apprendre à haïr leurs consœurs, elles se dressent en rempart. Face aux hommes qui tentent de détruire toute sororité qu’ils savent trop puissante et dangereuse pour eux, elles s’unissent pour résister, dans le sang si besoin.
C’est même très ironique de voir repris les fantasmes misogynes classiques – la femme mante religieuse qui n’utilise l’homme que pour avoir un enfant, la femme vénéneuse qui subjugue, prend et tue, et même Vagina Dentata, « le vagin denté », ce mythe du sexe féminin pourvu de dents aiguisées là pour castrer le « malheureux » homme. Fantasmes qui deviennent ici des armes totalement assumées, émancipatrices.

Lalita et Mariah (qui me font penser au couple Harley Quinn et Poison Ivy, allez savoir pourquoi…), unies par un amour profond et une énorme tendresse, sont alors prêtes à tout sacrifier pour protéger les plus démuni·e·s, étrangers, enfants, prostituées, d’une caste arrogante et toute puissante, capable de toutes les bassesses pour réprimer toute rébellion contre l’ordre établi. Elles n’hésiteront pas à tuer, décapiter, éviscérer, à répandre le sang pour répondre à la violence sexiste qui veut les contrôler et les enfermer dans un rôle de soumises, silencieuses, chastes.


Au départ, la lecture peut être un peu complexe. Mais on se laisse prendre petit à petit par ce conte horrifique et érotique (les scènes peuvent être assez crues mais très belles). La narration est parfois un peu chaotique, foutraque, ça part dans tous les sens et il n’est pas toujours évident de reconnaître les personnages.
Mais il y a une telle intensité, une jubilation de se dresser contre cet ordre misogyne, méprisant, que j’ai pour ma part fini par me laisser totalement emporter. Au point d’acheter directement le volume 2 en VO version ebook pour continuer à suivre cet amour fascinant (volume 2 qui se déroule trois ans après le tome 1).

Par contre j’ai été un peu gênée par le lettrage de la VF, entre césures totalement foireuses à gogo et le remplissage des bulles pas toujours très heureux. Rien de grave néanmoins…
Et que dire de la sublime couverture, inspiration Mucha Art nouveau qui correspond tellement à l’exubérance de l’histoire.

Tous les héros ne portent pas des capes… mais certaines ont des mandibules, des élytres et des dards dont elles savent se servir !
(Les images sont issues, à l’évidence, de la version américaine.)

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