Plutona

Volume unique par Jeff Lemire et Emi Lenox, édité en VF par Futuropolis, 195x265mm, 152 pages, 20,00€.
Sorti en juin 2017.

Je ne connais de Jeff Lemire que Descender et même si le titre ne m’a pas totalement convaincue, cela reste un scénariste qui m’intrigue beaucoup. Peut-être parce que sous la surface d’une histoire qui pourrait être classique, on ressent un petit quelque chose difficile à décrire qui interroge. Et les auteurs qui m’intriguent, j’aime bien ça alors je tente le one-shot Plutona

PlutonaCinq adolescents : Teddy le fan de super-héros qu’il surveille sans relâche, Ray au père violent, Mie en recherche de sensations, Mike son petit frère accro à sa console portable et Diane sa meilleure amie. Cinq collégiens banals qui vont voir leur vie basculer le jour où ils trouvent le corps de la super-héroïne Plutona dans la forêt. Que faire ?

La lecture partait plutôt bien. Le portrait de ces adolescents, s’il est en soi assez classique, est globalement réussi. C’est même assez osé de nous faire des ado en soi pas forcément super attachants : Ray l’habituel petit caïd cassant tout le monde et voulant se donner un genre pour combler un vide paternel foireux, Teddy le gamin sans reproche mais rapidement bouffé par sa fascination pour les super-héros qui existent dans leur monde, et Mie qui traite en fait sans guère de ménagement sa copine Diane et son petit frère Mike. On est assez loin des gentils ado cools et gentiment sympa.
Leur petite bande ne donne d’ailleurs pas vraiment envie qu’on la rejoigne : ils ne se retrouvent vraiment ensemble qu’à cause de leur secret sur Plutona et aucun ne semble vraiment faire confiance aux autres. Et personne n’est d’accord sur la marche à suivre après la découverte du corps inanimé de la super-héroïne. Entre les vacheries pas vraiment tendres qu’ils se lâchent et les regards qu’ils se lancent, on ne doute pas trop qu’il va y avoir très vite des dissensions et que ce pesant secret aura de grosses conséquences sur leur déjà fragile amitié.
Je trouve même particulièrement juste la description de l’amitié plus que foireuse entre Mie et Diane : ensemble peut-être plus par dépit que par choix, comme ça arrive dans toutes les écoles où tout est lié aux « groupes » informels auxquels on appartient forcément. Et elles n’ont clairement pas la même vision de l’amitié.

Le sujet des super-héros est ici un prétexte pour mettre en scène et faire évoluer ce groupe adolescent. On a droit, avec un autre style graphique (puisque dessiné par Jeff Lemire alors que le trait principal est d’Emi Lenox), à quelques intermèdes nous contant l’histoire de la dernière aventure de Plutona, avec les classiques questionnements sur la vie privée/vie de super-héros. Et on pourrait en fait assez facilement se passer de ces parties, n’apportant rien, restant très superficiel. Plutona est en fait plus intéressante morte que vivante : pas pour elle-même mais pour ce qu’elle représente, l’enjeu qu’elle personnalise. Les pages consacrées à sa mission auraient sans doute été plus intéressantes utilisées pour l’histoire des ado.

Plutona couverture américaine TPHistoire qui évidemment tourne mal. Les ado ne sont pas de gentils petits anges innocents et à un âge déjà instable où chacun doit gérer un passif pas forcément simple, il est facile de perdre pied.
Et c’est là que le bât blesse : si la fin est assez inattendue, elle arrive trop vite, coupant net tout développement qui aurait justement été très intéressant dans le cadre installé les pages précédentes. C’est comme si Jeff Lemire arrêtait son histoire pile au climax, cassant toute la dynamique et laissant même certains personnages trop vagues alors qu’ils méritaient justement d’être plus développés à partir de là. C’est comme si on n’avait lu que le début de l’histoire…

Le dessin reste plutôt agréable, adapté au style, installant une ambiance assez pesante tandis que le groupe doit supporter le poids de son secret. La narration est fluide… et ça rend justement la fin abrupte encore plus frustrante. Il manque réellement quelque chose à ce Plutona – 50 pages en plus, peut-être – pour y gagner ce supplément d’âme qui lui manque ici cruellement et n’en fait qu’une lecture, certes prenante, mais finalement vite oubliable car limitée.
Reste toujours néanmoins cette petite couche sous la surface qui donne envie de gratter un peu plus… Dommage qu’on ne nous en donne pas la possibilité. Dommage également qu’on n’ait pas eu droit à la couverture américaine, nettement plus belle.

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