A Silent Voice (long métrage)

Film d’animation de Naoko Yamada, 2h09.
Sortie en salles en France non prévue pour le moment.

Il y a pratiquement un an, je vous avais déjà proposé ma chronique de la série de Yoshitoki Oima, A Silent Voice, en 7 tomes chez Ki-oon. J’ai cette fois-ci l’occasion de parler du long métrage qui en a été tiré, par Naoko Yamada. Adapter un manga aussi riche et dense que celui-là n’était clairement pas un exercice facile…

Shoya est un intrépide gamin qui aime se faire remarquer dans sa classe de primaire en faisant le pitre ou en entraînant ses copains dans des jeux absurdes. L’insouciance potentiellement un peu idiote de l’enfance… Mais il finit par dépasser les bornes quand une nouvelle élève arrive dans sa classe. Elle s’appelle Shoko et elle est sourde. Raison a priori suffisante pour le gamin pour en faire sa victime de « farces » de plus en plus violentes. Même ses camarades finissent par se prêter au « jeu » : la différence a souvent du mal à être acceptée. Mais quand le harcèlement va un peu trop loin, Shoya doit en assumer les conséquences…

Pour les lecteurs du manga, l’histoire n’apportera pas vraiment de surprise. La réalisatrice (merci à Michiyo pour son commentaire !) adapte plutôt fidèlement les 7 tomes même si évidemment, elle ne peut pas tout développer autant, poussant alors à quelques facilités. Pour autant, elle réussit le tour de force de retranscrire la profondeur du manga et notamment sa galerie de personnages. S’ils sont assez nombreux, ils parviennent tous à être bien traités – il n’y a que le prof de primaire je crois qui reste assez peu présent alors qu’il n’est pas épargné dans le manga – et développent tous une réelle complexité de caractère qui donne toute sa force à l’histoire.

Shoya est au départ un gamin turbulent, immature et assez égocentrique. Un peu comme ses camarades d’ailleurs. Le traitement qu’il inflige à Shoko est clairement retranscrit, sans besoin d’en faire trop, faisant bien monter la pression aussi bien sur les épaules de la pauvre gamine que sur les siennes qui finissent par devoir assumer les conséquences de ses actes stupides.
C’est ce qui va profondément transformer l’impétueux garnement en un ado renfermé et triste. Ce n’est hélas pas la première fois que la question du suicide d’adolescents japonais est mis en scène dans un film, pointant la cruelle réalité des statistiques, mais si elle est abordée ici, c’est sans misérabilisme ou pathos, essayant simplement de plonger dans les tourments de ces ado qui doivent parfois encaisser beaucoup sans réelle aide autour pour les faire tenir, malgré toute la bonne volonté de certains adultes bienveillants.

La mise en scène de toutes les facettes de l’histoire imaginée par Yoshitoki Oima est plutôt réussie ici, sachant mettre en image toute la complexité de rapports humains aussi puissants qu’ils sont fragiles, sans complaisance ni faux semblant. Les personnages ne sont pas si basiques qu’on pourrait l’imaginer au premier abord : Noa n’est pas que la peste aux paroles agressives et cyniques, Kawai la jolie fille hypocrite, Sahara l’effacée qui tente de tenir debout, etc. Et le personnage de Nagatsuka déclenche immanquablement le rire dans sa recherche effrénée et sa joie d’avoir un ami, quitte à être un rien possessif…
Les nombreux rebondissements du manga s’enchaînent ici, plus ou moins vite – on reste principalement sur le point de vue de Shoya, là où on a aussi beaucoup celui de Shoko dans certaines parties du manga – et tout se tient, même si sans doute les personnes ne connaissant rien du manga ont dû rater quelques informations en cours de route. C’est assez dense, mine de rien, même si on a aussi beaucoup de scènes assez calmes et statiques, comme un point sur le monde intérieur de Shoya où rien ne semble bouger.

Pour un manga abordant le sujet du handicap de la surdité, la mise en image et donc en son apporte forcément quelque chose de différent du simple manga. On entend les personnages, on entend Shoko tenter de parler, on a forcément de l’auditif en plus du visuel comme dans le manga (même si en VOST, forcément, on garde l’obligation de lire les sous-titres). Cela apporte une dimension en plus pour rendre cette histoire toujours aussi prenante, tour à tour drôle, touchante, attachante, nous liant à des personnages d’ado complexes tous différents, avec leurs défauts et leurs qualités, leur caractère, leurs décisions, leurs peurs, leurs doutes…

Bref, voilà une belle adaptation, ce qui n’était clairement pas facile avec un tel manga d’origine. La réalisatrice a su trouver son rythme, même s’il peut y avoir une petite baisse vers la fin, et mettre en image avec efficacité, sobriété et sensibilité la délicate et touchante histoire de Shoko et Shoya. Un joli moment…

2 comments

  1. Bonjour. Chouette chronique, comme toujours.
    Je voulais juste t’informer que Naoko YAMADA est une femme. Elle a notamment réalisée les séries K-on et Tamago Market pour le studio Kyoto Animation.
    Merci pour tes chroniques et bon festival. 🙂

    1. Ah la loose, on voit que je ne suis pas du tout l’animation japonaise côté séries 🙂
      Tant mieux alors, c’est rare les réalisatrices dans l’animation et encore plus au Japon. Dommage qu’elle n’était pas là…
      (Merci pour l’info et les encouragements !)

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