Your Name

Film d’animation de Makoto Shinkai, 1h46.
Sortie en salles en France le 28 décembre 2016.
Sortie DVD prochaine.

Si 2016 a eu son lot de déceptions et d’horreurs, il y a au moins une occasion de se changer les idées pour la clore avec le tout nouveau film de Makoto Shinkai, Your Name, qui sort en cette fin d’année. Sa dernière œuvre était un moyen métrage, The Garden of Words, datant de 2014 et c’est la première fois qu’un de ses films sort en salles en France, sans doute grâce à son succès au Japon.
Voilà en tout cas un réalisateur japonais qui, à l’instar d’autres comme Keiichi Hara ou Mamoru Hosoda, n’a pas attendu la retraite de Hayao Miyazaki pour se faire connaître et créer son propre style.

Your NameMitsuha est une lycéenne d’un village des montagnes, partageant sa vie avec sa petite sœur et sa grand-mère, la gardienne du temple shinto et garante des traditions. Mais la jeune fille rêve d’autre chose, d’une vie tokyoïte par exemple, où tout le monde ne se connaîtrait pas et ne passerait pas son temps à cancaner sur ses voisins.
Taki est également lycéen mais à Tokyo, justement. Son quotidien n’a rien d’extraordinaire, entre son père, ses deux meilleurs potes et son petit boulot de serveur aux côtés de la jolie Mademoiselle Okudera.
Mais leur vie va être quelque peu bouleversée quand un matin, chacun va se réveiller dans le corps de l’autre ! Est-ce un simple rêve ?

Je ne savais rien de ce film avant de le voir. Pas lu de résumé, pas regardé la bande-annonce. Le pur plaisir de la découverte.
Les toutes premières images ne mentent pas : ce soleil rasant au milieu des nuages, cette utilisation douce de la lumière, ces teintes pastel, on est bien dans un film du réalisateur de The Voices of a Distant Star ou 5 centimètres par seconde ! Et c’est beau, très beau, avec pour débuter le genre de scène qui me fait beaucoup penser à ce passage du Château ambulant de Miyazaki, lors de la chute céleste de Calcifer dans les mains de Hauru. Mais l’impression est fugace, tout au plus un hommage et encore, et jamais on ne trouvera dans Your Name cette désagréable sensation de voir du pâle Ghibli comme je l’avais eu avec Voyage vers Agartha.

Le résumé peut néanmoins faire un peu peur : olà, un échange de corps entre deux adolescents, c’est très cliché, non ? Classique, sans doute, mais intelligemment utilisé, très clairement. Cette pseudo-rencontre entre les deux personnages est une réussite, ne jouant jamais sur la surenchère de quiproquos foireux qui n’avancent à rien. Au contraire, ici tout se met en place de manière rythmée et vraisemblable, avec son lot d’humour et de situations forcément compliquées à gérer pour l’un comme pour l’autre face à un quotidien qu’aucun ne connaît. Cette première partie du film est drôle, légère, énergique, permettant une présentation complète des personnages, avec un focus plus particulier sur le caractère de Mitsuha.
Puis on plonge d’un coup dans la seconde partie du récit, que je n’avais pas vu venir pour ma part. Je n’en dévoilerai rien mais j’ai compris pourquoi la première partie m’avait tant fait penser à un autre film (d’un autre réalisateur, sans en dire plus pour ne pas risquer de « spoiler ») par son ambiance et son rythme tant la seconde apporte un contexte qui y fait écho.
On se rapproche alors plus de Taki, qui évolue grandement et comprend en même temps que le spectateur l’enjeu de ce qu’il vit.

Shinkai est un créateur d’ambiance. Ses œuvres sont toujours empreintes de finesse, de douceur et de délicatesse, sans pour autant se prendre trop au sérieux et il parvient à développer son récit au fil de détails et de petites touches tant comiques – humour jamais lourdingue – que touchantes. Les couleurs qu’il affectionne sont toujours porteuses d’une certaine mélancolie face au temps qui passe, aux choix qui doivent être faits, aux choses qui ne pourront jamais être.
Et justement, le message de ce film pourrait sans doute être de ne pas oublier son passé sous peine de le revivre – classique me direz-vous mais… – mais au delà de son oubli, surtout de ne pas en perdre le sens et la signification sous peine connaître les mêmes tourments, d’en subir les mêmes conséquences. Je n’ai pu m’empêcher de penser à la catastrophe de Fukushima, où il avait été oublié les précédents tsunamis et les hauteurs démesurées qu’ils pouvaient atteindre, avec les conséquences que l’on sait.
On retrouve aussi les thèmes chers au réalisateur : ce lien qui se crée entre deux adolescents, envers et contre tout, et que rien ne semble pouvoir rompre. Cette recherche d’autre chose, ce besoin d’un ailleurs, cette impression d’avoir perdu une part de soi à retrouver absolument. Cette communication qui se tisse et qui tente de survivre aux plus dures épreuves.

Avec Your Name, Makoto Shinkai nous propose un très beau film, drôle, touchant, sur deux êtres qui n’avaient à peu près aucune chance de se rencontrer. Avec élégance, sobriété et justesse, avec ses jeux de lumières et de couleurs qui rendent son style si unique et beau, le réalisateur parvient de nouveau à faire mouche. Et on a enfin droit à une sortie cinéma pour en prendre plein les yeux !

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