The Garden of Words

Film d’animation de Makoto Shinkai, 46 mn.
Sortie en DVD/Blu-ray le 8 janvier 2014.

The voice of a distant star, La tour au-delà des nuages, 5cm per second, Voyage vers Agartha… Si on excepte ce dernier titre peu convaincant et loin du travail habituel de ce réalisateur, j’apprécie particulièrement l’univers de Makoto Shinkai, créateur autodidacte au style très particulier. Je ne pouvais donc pas passer à côté de sa dernière œuvre à ce jour, le moyen métrage The Garden of Words,sorti en 2013 au Japon.

The Garden of WordsTakao Akizuki, 15 ans, est lycéen à Tokyo, où il vit avec son grand frère et sa mère, cette dernière étant plutôt du genre à fuguer plusieurs jours avec son nouveau copain. Le jeune homme rêve de devenir artisan chausseur et passe tout son temps libre à dessiner et fabriquer des chaussures, le reste de ses journées étant consacré à l’école et à son petit boulot dans un restaurant.
Mais les matins de pluie il sèche les cours pour se réfugier dans le jardin japonais d’un parc de Shinjuku. Il y fait la rencontre d’une jeune femme un peu plus âgée que lui avec qui il prend l’habitude de partager ces quelques minutes de calme et de silence. La pluie devient le signal tacite de leurs rendez-vous réguliers.

J’avais donc quitté Makoto Shinkai un peu déçue après la projection de son dernier long métrage Voyage vers Agartha où je n’avais pas retrouvé tout ce qui fait le charme de son animation très personnelle. Heureusement, ce n’est pas le cas avec The Garden of Words qui, dès la première image, renoue avec ses sublimes décors.
Car Makoto Shinkai est avant tout un prodigieux créateur d’ambiance, qui passe notamment par ses arrière-plans, d’une délicatesse et d’une précision incroyables, avec lesquels il prend plaisir à jouer pour créer un rythme à part dans son récit.
Ainsi, le jardin où Takao et sa mystérieuse compagne de jours de pluie se retrouvent est un élément à part entière du film, Shinkai intercalant régulièrement les plans de ses héros, souvent silencieux, avec des paysages, les gouttes de pluie qui tombent, un oiseau qui chante dans les arbres, le ruisseau d’à côté, comme si tous ces éléments de la nature environnante étaient autant de personnages à part entière, créant leur propre mélodie du vivant.

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Comme souvent chez ce réalisateur, nous avons deux protagonistes que rien ne prédisposait spécialement à se rencontrer dans ces conditions particulières, où aucun mot n’est vraiment nécessaire pour apprendre de l’autre, chacun appréciant simplement la compagnie au fil des minutes qui passent et des gouttes qui tombent. Deux personnes dont le chemin se croise discrètement comme en aparté, loin du monde et de son tumulte, de ses épreuves et de ses souffrances, leur permettant alors de se livrer sans préjugé, sans besoin de paroles précises, avec juste la sérénité du moment avant de devoir réaffronter le quotidien et ses difficultés.
Au fil des rencontres, on entend tour à tour les pensées de l’un puis de l’autre, sans bavardages inutiles, juste les émotions fugaces que ces petits moments partagés à deux font naître. Des émotions qui l’air de rien leur permettent d’avancer dans leur vie, de réussir à faire face en leur donnant la force de ne pas rester enlisés dans leurs doutes et leurs peurs. Juste grâce à la présence toute proche et silencieuse de cet autre qui ne demande rien de spécial, dans un semi-silence rassurant et protecteur, réparateur des blessures du passé qui jusque-là bloquaient toute évolution du quotidien. Leur relation naissante, âme contre âme, alors qu’ils ne savent même pas leur nom respectif, grandit au son de la pluie qui tombe jusqu’à ce que les beaux jours arrivent, sonnant le glas de leurs rendez-vous éphémères. Mais si chacun peut reprendre sa vie, c’est en étant plus fort, plus riche, plus serein pour faire face à un quotidien pas plus facile mais où la solitude de leurs choix n’est plus un poids.

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The Garden of Words est ainsi un très joli film, plein de poésie et de délicatesse, où tout se joue en pointillé, par petites touches, comme les gouttes de pluie dans une flaque. Les personnages sont beaux et attachants, arrivant chacun à une étape charnière de leur vie. Et comme toujours Makoto Shinkai parvient à dessiner avec justesse et sensibilité le quotidien de ses héros tout simples, accompagnés de magnifiques décors et de cette luminosité rasante si particulière qui habille régulièrement ses créations.

À noter que par la suite est sorti un roman, signé également Makoto Shinkai, ainsi qu’un manga illustré par Midori Motohashi, tout deux disponibles chez Kazé Manga.

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