Kubo et l’armure magique

Film d’animation de Travis Knight, 1h42.
Sorti en salles en France le 21 septembre 2016, en DVD/Blu-ray le 31 janvier 2017.

Après chaque édition du Festival d’Annecy, je me dis qu’il faut que je fasse l’effort d’aller au cinéma voir les films d’animation, surtout ceux qui n’ont pas l’appui d’un énorme studio. Et j’en ai justement l’occasion avec la sortie en septembre de Kubo et l’armure magique de Travis Knight (titre français nase, le titre VO, Kubo and the two strings, est nettement plus signifiant et moins bateau).

Kubo et l'armure magiqueKubo est un gamin d’une dizaine d’années vivant à l’écart d’un petit village côtier japonais. Il s’occupe avec attention de sa mère, à l’esprit de plus en plus fragile, tout en gagnant quelques pièces en racontant des histoires passionnantes, remplies de monstres et de samouraïs, sur la place du village.
Mais un jour, le passé de sa famille le rattrape…

Comme d’habitude, j’ai préféré ne rien voir ou lire sur le film avant d’y aller, ayant juste eu de bons échos m’ayant fortement intriguée. Résultat : dès la première minute, j’étais en mode « merde, c’est beau !! » et je me suis répété ça durant les 1h40 du film, en me demandant quelle technique avait été utilisée. Était-ce de la stop-motion avec des marionnettes ou de la pure 3D style stop-motion ? Le générique allait me donner la réponse, présentant l’imposante marionnette d’une des grosses scènes du film. Waouh, stop-motion donc… Sacré challenge !!
Car visuellement, le film est absolument incroyable. Le rendu, l’animation, le design des personnages sont autant de points forts qui retiennent l’attention et accrochent l’œil. J’ai beaucoup pensé à Coraline de Henry Selick, aussi bien pour la technique que pour l’ambiance, et pour cause, je découvre après coup que c’est le même studio derrière les deux films.
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On peut évidemment se demander si la stop-motion apporte quelque chose puisque le rendu est tellement parfait qu’on croirait voir de la 3D numérique. Or, ce qui se dégage du film, c’est énormément de « simplicité » et de sincérité, d’intégrité et d’honnêteté. Aurait-on un tel ressenti sans stop-motion « concrète » ? Je ne suis pas sûre…

Du côté de l’histoire, on reste dans une classique quête initiatique d’un jeune garçon (borgne à cause d’une famille quelque peu dysfonctionnelle) qui va passer de conteur de fantastiques histoires à héros de ces mêmes aventures. Je ne dévoilerai rien des intrigues, efficaces et aussi divertissantes que porteuses d’un message plutôt  fort sur la question du deuil, de la mémoire, de la famille, parvenant à parler de bienveillance et de générosité sans taper dans le bon sentiment trop mielleux et niais. Kubo est un gamin attachant, très attaché à sa mère tout en sachant faire preuve d’espièglerie et sa manière de raconter les histoires est unique. Cette idée de lier origami et shamisen est géniale, donnant un résultat élégant, inventif et énergique. Un régal pour les yeux.

La quête entreprise est plus un prétexte pour développer les relations entre Kubo, Madame Singe et Scarabée. Pas de sidekick inutile et agaçant ici mais des personnages qui permettent d’apporter deux niveaux d’humour : simple et immédiat avec Scarabée (pour le jeune public), plus caustique avec Madame Singe. Ce trio est charmant, percutant et chacun a sa place, pas de boulet juste là pour remplir la place.
Les 1h40 du film sont bien remplis, bourrés d’action, d’humour, de poésie, de délicatesse, de magie et d’amour, sans besoin de manigances foireuses ou de bouleversements tirés par les cheveux. Par sa recherche de l’armure magique, Kubo doit grandir et mûrir, apprendre à se défendre (le sabre), à se protéger du regard et du jugement des autres (le plastron et ses gardiens) et à penser par lui-même (le casque), tout en sachant pouvoir compter sur le soutien de ses proches.
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Comme Coraline en 2009, Kubo et l’armure magique est une très belle et marquante surprise qui mérite largement d’être vue et revue, que ce soit pour sa beauté visuelle, sa qualité graphique, son histoire efficace, sa jolie bande-son ou ses attachants personnages. Et malgré (ou grâce à ?) sa qualité technique incroyable, ce film parvient à dégager une humilité et une simplicité bluffante.

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