Psiconautas, the Forgotten Children

Film d’animation de Pedro Rivero et Alberto Vázquez, 1h15.
Pas de sortie en salles françaises pour le moment.

Lundi 13 juin 2016, 14h, je m’installe confortablement dans mon fauteuil de cinéma pour pouvoir suivre le long métrage Psiconautas, the Forgotten Children de Pedro Rivero et Alberto Vázquez, adapté de la BD de ce dernier, sorti le jour même aux éditions Rackham.

PsiconautasUne jolie petite île où tous vivent des jours heureux. Puis se produit un grave accident nucléaire. Plus rien ne sera jamais comme avant. Il y a alors Birdboy, le mal aimé accusé de tous les maux et devant affronter un démon qui le ronge de l’intérieur, à l’aide de pilules qui lui défoncent l’esprit. Son amie Dinki qui ne rêve que de quitter l’île, avec lui. Les enfants oubliés qui ratissent la décharge. Et d’autres personnages encore, ravagés par leur mal-être…

Dès le début du film, j’ai l’impression que ces personnages me disent quelque chose. Mais quoi ? Je pense à Adieu, Chunky Rice de Craig Thompson… puis je me souviens. Festival d’Annecy 2011, un court métrage. Birdboy, des mêmes réalisateurs, film de 12mn qui m’avait déjà claqué la tête contre mon fauteuil par son ambiance sombre et tragique. Oups…
Voici ce que j’en apprends durant la conférence de presse. En fait, au départ, il y avait la BD, sortie en Espagne voilà une dizaine d’années. A sa lecture, le réalisateur Pedro Rivero aime ce qu’il découvre et propose à Alberto Vázquez de l’adapter. Eh oui, son ambiance minimaliste et déprimante à souhait lui plaît beaucoup ! Naît alors d’abord le court métrage en 2011, qui pose les bases de cet univers particulier et de ses personnages. Puis arrive enfin le long métrage, apportant des intrigues en plus, ajoutant quelques (toutes petites) touches lumineuses pour ne pas accabler le spectateur qui se prend tout le film en pleine tronche là où le lecteur de la BD peut s’arrêter si ça devient trop lourd.

Je suis contente d’avoir choisi une séance en VO sous-titrée français. Les sous-titres anglais n’auraient sans doute pas aidé. Si l’histoire me reste assez obscure, tortueuse, son ambiance par contre est parfaitement maîtrisée : je ne m’étonne pas de lire que Vázquez a travaillé sur des éditions illustrées de Lovecraft et de Poe. C’est exactement son univers !
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Au premier abord, le design est plutôt mignon. Si l’on excepte les yeux un peu morts de certains. Et les gros plans sur les ongles explosés des habitants de la décharge. Ce décalage constant entre de mignonnes petites créatures, souriceaux, oiseaux, renardeaux et ce qu’elles subissent est profondément malaisant. A l’origine, il y a l’idée du conte de fées, de la fable, avec les animaux qui sont les icônes classiques du genre, figures universelles qui peuvent parler à tout le monde, sans qu’on ait besoin de les lier à un lieu précis. Mais c’est ici à une anti-fable qu’on assiste, où les codes sont détournés pour permettre la mise en image de problèmes d’adultes contemporains. Ce décalage entre les personnages qui suscitent l’empathie du spectateurs et les horreurs qui leur arrivent (un peu comme dans Happy Tree Friends, où tous les codes du mignon sont explosés) en fait un anti-Disney où les sujets les plus durs peuvent être aborder de front.
Gros choc par exemple face aux parents de Dinki, très religieux, son beau-père et son faux-frère, totalement malsains. Face à l’île, ravagée par le nucléaire, où la moindre parcelle de vie semble vouer à connaître une fin tragique. Pas de travail, pas d’avenir, des déchets qui s’accumulent, des flics qui tuent tout ce qui vole et s’en enorgueillissent sans qu’on sache trop pourquoi. La loi du plus fort, partout, et ces enfants qui tentent quand même de rêver à autre chose, un monde meilleur, loin de ce mouroir, de cet aspirateur d’âmes. Non, vraiment, si c’est un conte de fées, ça doit être la partie qui suit le mot « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants – FIN », où la réalité et toute sa cruauté retombent sur la tronche des personnages.

Je découvre pour l’occasion le terme psychonaute qui signifie « le navigateur de l’âme », celui qui explore son esprit et d’autres niveaux de conscience à l’aide de drogues. Ici, c’est Birdboy qui utilise des médicaments et des drogues pour expérimenter autre chose et se confronter à cette ultra-violence mortifère qu’il renferme. Ces scènes sont sanglantes et glaçantes à souhait, nous plongeant dans l’esprit muet et torturé de l’enfant-oiseau.
Désespéré, sombre, froid, le monde de Birdboy est éprouvant… et pourtant il ne fait que décrire sur une toute petite surface ce que nous connaissons à l’échelle de notre planète. On ne peut guère lui reprocher de vouloir fuir tout ça avec ce qu’il peut, quitte alors à nourrir un monstre de brutalité capable de massacres quand il s’éveille. Mais face à ceux qui veulent l’éliminer, Birdboy est-il réellement le seul monstre ? Ou plutôt l’un des rares à ne pas se réjouir de faire souffrir autrui ?
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Je ne suis clairement pas sûre d’avoir tout compris mais cela n’empêche que Psiconautas reste un film accrocheur par son âpreté, le minimalisme de ses traits, son ambiance implacable. Il reste en tête. Je compte désormais sur la BD d’origine pour mieux saisir certaines choses qui ont pu m’échapper…

Pas de sortie officielle en France pour le moment. Il est prévu en Espagne pour fin octobre 2016 (parfait pour Halloween !) et ils cherchent un distributeur pour les autres pays. Mais ils savent que le marché du film d’animation est difficile : même ceux pour jeune public ont du mal à marcher, en dehors des gros studios, alors ceux pour un public adulte sont encore plus en difficulté. Ils comptent donc sur les festival, sur les cinémas et vont défendre le film séance par séance.

Site officiel : Psiconautas

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