Nuts!

Film d’animation de Penny Lane, 1h19.
Pas de sortie en salles prévue.

Nuts!, c’est le genre de films que vous ne verrez sans doute pas dans votre complexe cinéma. Déjà, c’est un film d’animation indépendant, qui n’a donc ni le grand nom d’un studio ni aucune star pour le soutenir. Ensuite parce que c’est une sorte de documentaire au sujet… pas forcément facile à vendre. Disons qu’on ne risque pas d’y emmener son neveu de 5 ans avec sa valise de pop-corn…

Nuts!Nuts!, c’est l’histoire de John Romulus Brinkley qui s’installe au début du XXe siècle dans une petite ville miteuse du Kansas pour ouvrir sa pharmacie. Un jour, un paysan du coin vient le voir pour lui demander s’il n’aurait pas quelque chose pour donner un peu de vigueur à sa vie sexuelle en berne depuis 16 ans. Et pourquoi pas en lui greffant des testicules de bouc ?

John Romulus Brinkley, c’est typiquement le genre de personnages que je verrais bien comme sujet chez Patrick Baud dans un nouvel épisode d’Axolot. Parce que sa vie, c’est un roman à elle toute seule. Car oui, cet homme a bien existé et a effectivement pratiqué ces opérations de « virilisation » d’hommes désespérés. Et c’est ce que nous raconte ce film, documentaire utilisant des images d’archives et de l’animation classique, assez basique mais efficace.
Quand j’ai fait des recherches sur ce film avant d’aller le voir, pour savoir s’il pouvait valoir le coup ou pas, j’ai été étonnée de trouver assez peu de détails… et maintenant, je sais pourquoi. Mieux vaut ne pas trop en savoir. Vous pouvez aller lire la fiche Wikipedia de ce bon docteur mais ce serait dommage de le faire avant de voir le film si vous en avez l’occasion.

Je ne savais donc pas trop à quoi m’attendre et le film n’a pas forcément été ce que je croyais. Mais sans déception. Si vous ne voulez pas en savoir plus, rendez-vous à la dernière phrase de cette chronique.
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Voilà.
Ca y est ?
Le truc dans ce film, c’est que tout est a peu près vrai, le bon docteur, ses opérations, sa station de radio où il discutait problèmes sexuels, ses procès… mais que c’était un escroc. Un charlatan, pur et dur.
Vous allez me dire, vu le type d’opérations qu’il faisait, on pouvait s’en douter. Ça n’a pourtant pas empêché des centaines, des milliers d’hommes de tenter leur chance en espérant retrouver leur vigueur masculine.
Mais là n’est pas vraiment le propos du film. On est là face à une escroquerie majeure, où Brinkley a écrit sa vie comme ça l’arrangeait, bouffé par un culte obsessionnel d’être un grand homme, d’avoir un grand destin. Et si ce destin ne voulait pas venir à lui, il s’est arrangé pour l’inventer, quitte à finir par y croire un peu lui-même. Et ça a marché, pendant des années, malgré l’évidence de ses échecs, les opérations foirées, les morts, les mutilés qui n’ont jamais osé se plaindre, parce qu’il y avait tous ceux qui y croyaient dur comme fer, coûte que coûte, prêts à tout passer au bon docteur qui avait tant fait pour eux.
Nuts!, c’est l’histoire d’un homme qui est monté très haut à partir d’une idée à la con. Parce que certains voulaient y croire et que lui était prêt à tout pour qu’ils y croient vraiment. Parce que ses adversaires étaient puissants, représentant l’autorité alors que lui était soutenu par les petites gens. Tout un symbole, le rêve américain dans toute sa splendeur. David contre Goliath.
Ce qui est d’autant plus fort, c’est que le spectateur ne sait plus au final s’il doit croire ou pas, la part de vérité, le côté charlatan, laissant dans cet état d’esprit où tout peut être suspect un instant et tout devient vraisemblable l’instant d’après.

Nuts!, c’est un film étrange, intéressant, qui interroge et laisse un peu songeur. Et si finalement… ?

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