Ernest et Célestine

Film d’animation de Benjamin Renner, Vincent Patar et Stéphane Aubier, 1h17.
Sorti en salles en France le 12 décembre 2012, en DVD/BluRay le 16 avril 2013.

ernest01Bien que proposé en avant-première lors du Festival d’Annecy 2012, c’est lors de sa sortie en DVD en avril 2013 que je me lance à la découverte d’Ernest et Célestine, film d’animation adapté des œuvres de Gabrielle Vincent, disponibles chez Casterman (en fait, plus un hommage qu’une réelle adaptation, selon les dires d’un des réalisateurs). Ayant été quelques fois échaudée par des films d’animation destinés au jeune public, je reconnais sans mal avoir parfois un peu de mal à donner sa chance à ce type de création. Ernest et Célestine est alors là pour me prouver qu’il ne faut pas toujours se fier à ce genre d’idées préconçues (un peu comme Totoro de Miyazaki d’ailleurs).

Dans le monde d’en haut vit Ernest, ours saltimbanque parmi les ours vaillants travailleurs. Il habite une petite maison à l’écart et ne cherche qu’à vivre tranquillement avec le ventre bien rempli et ses instruments de musique sous la main.
Dans le monde d’en bas vit la petite Célestine, souris artiste du crayon parmi un peuple de souris n’ayant de cesse de valoriser leurs braves incisives sans lesquelles elles ne seraient rien selon elles.
Il est de tradition que le grand méchant ours mange les petites souris imprudentes et que la sournoise souris terrifie les braves mamans ourses. Interdiction donc de fraterniser avec l’ennemi sous peine de « détruire les fondements de la société », expliquent-ils chacun de leur côté. Jusqu’à ce que Célestine rencontre Ernest…

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Quelle petite merveille que ce film…
D’abord, des décors superbes, tout en aquarelles, pour un rendu doux et délicat, simples et pourtant si soignés. L’animation n’est pas en reste, énergique, rythmée, parfaitement maîtrisée, fluide, dégageant beaucoup de vie et de finesse. Les dessins ont leur propre patte, proches évidemment du style de Gabrielle Vincent bien qu’adaptés pour l’animation donc plus simples, mais permettant néanmoins les détails, le jeux des lumières, l’expressivité des personnages.

Le propos pourrait paraître simpliste – deux espèces qui se détestent sans trop savoir pourquoi et refusent tout contact amical jugé totalement inadmissible – mais il est traité au contraire avec beaucoup de finesse et de subtilité au fil du film. Si au départ, Ernest pense comme tous qu’ours et souris n’ont rien à faire ensemble (« pas de souris dans la maison, quand il y en a une, il y en a mille qui arrivent »…), il ne lui faut pas longtemps pour admettre qu’au delà des questions d’espèces, il y a bien des choses à partager qui dépassent tout clivage. Un bon moyen pour parler racisme et rejet des autres en posant les choses loin de toute influence politique ou idéologique.

De plus, Célestine est un personnage totalement adorable, intrépide, quasi-militante, posant les bonnes questions, ne se laissant pas enfermer dans des idées rances qui n’ont guère de fondement, basées sur des préjugés et des ressentis animés uniquement par la peur et l’ignorance. Un personnage d’autant plus sympathique que sa doubleuse Pauline Brunner lui donne beaucoup d’énergie, sachant jouer sur ses intonations et rendre son phrasé fluide et sonnant juste. Lambert Wilson dans le rôle d’Ernest est peut-être un peu moins marquant, Ernest étant quelque peu taiseux…
Rajoutons d’ailleurs que les dialogues (signés Daniel Pennac, comme le scénario) ne sont pas niais, bien au contraire, font souvent mouche, tour à tour drôles, touchants, chaleureux, sachant interroger aussi bien l’enfant que l’adulte qui peuvent tous deux regarder sans s’ennuyer, chacun ayant possibilité de trouver plusieurs niveaux de compréhension.

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Ernest et Célestine se révèle être un très beau film d’animation pour tout public, drôle, facétieux, plein de poésie et de douceur tout en s’attaquant intelligemment à un sujet hélas toujours très d’actualité. La galerie de personnages, bien que centrée sur le duo titre, ne manque néanmoins pas de piquant et l’ensemble se révèle bourré de tendresse et de délicatesse, à l’image de cette scène de peinture musicale colorée et pleine d’imagination. On est bien loin ici de films pour enfants niais et lisses, calibrés et sans aucune personnalité.

Allez, un petit lien vers le blog du making of du film. Drôle et instructif.

One comment

  1. Suite à te chronique, j’ai acheté le DVD pour l’offrir à ma sœur pour son anniversaire. Il faudra que j’en profite pour le regarder 🙂

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