Sunstone vol. 1

Série en 5 tomes par Stjepan Šejic, éditée en VF par Panini Comics, 175x265mm, 14,95€ le volume.
Volume 1 paru le 26/08/2015.

Chronique à réserver à un public averti. De préférence adulte. Et qui ne soit pas de ma famille, merci.

Sunstone vol. 1J’ai entendu parler pour la première fois de Sunstone sur The Lesbian Geek en janvier 2015. Vu son sujet, je ne pensais pas le voir de sitôt en version française et m’étais donc résigné à tester, avec bonheur en fait, la version originale chez Top Crow (que je suis toujours, d’ailleurs).
Puis je découvre que la série débarque chez Panini Comics fin août. Ma compréhension de la langue de Shakespeare (vu le contexte, cette expression est un peu limite…) n’étant pas parfaite, je me décide bien vite à tenter cette version française… et si je ne pensais pas il y a quelques mois proposer la moindre chronique de cette série, finalement… Ne soyons pas prudes !

Ally et Lisa se sont rencontrées grâce au net. La lecture des écrits de l’une a fait espérer à l’autre de pouvoir enfin assouvir quelques désirs secrets. En effet, Ally est une dominatrice parfaitement assumée, collectionneuse de jouets pour adultes aussi prévenus que consentants, mais qui n’a jamais pu trouver son alter ego soumis. Lisa est une acharnée du bondage. Seule, elle a travaillé ses techniques de nœuds et d’attaches, même si ça demandait quelques astuces et provoquait des sueurs froides quand elle vivait encore sous le toit familial…
Ces deux-là étaient faites pour se rencontrer. Une dominatrice et sa soumise. Ou simplement deux femmes qui se cherchaient sans le savoir…

Pour résumer, on est donc là devant une romance BDSM entre deux femmes. Mais pas besoin de partager leurs goûts pour le latex, les cordes et les baillons en cuir pour apprécier sa lecture.
Aussi étrange que ça puisse paraître, l’auteur est un homme, Stjepan Sejic, croate, marié, dessinateur pour Top Crow chez qui il publie diverses séries pas du tout érotiques (tout comme sa femme Linda, qui le conseille d’ailleurs régulièrement pour ce titre). Pas spécialement le genre de gars qu’on imagine plancher jusque 2h du mat sur un dessin de deux nanas qui apprennent à s’aimer au delà de la simple question de sexe.
Parce que oui, si Ally et Lisa se sont au départ rencontrées pour assouvir leurs désirs difficilement avouables (alors que notre société est quand même remplie de rapports de domination qui, eux, sont hélas rarement consentis et peu plaisants…) en matière de sexe, elles vont rapidement dépasser le stade de « braves copines qui couchent sans se prendre la tête » pour débarquer directement sur la planète « elle me file trois orgasmes à la minute et en plus, je l’aime !! » sans même qu’elles en aient conscience. Et ce qui n’aurait pu être qu’une simple histoire de cul devient rapidement un bonheur d’humour, de tendresse et d’amour où les divers personnages – la galerie s’agrandit à chaque volume – évoluent et voient leurs relations mûrir et les transformer.
Car ce qui compte au delà de l’aspect graphique (un peu présent même si on reste loin du super cru explicite), c’est l’humain, simplement. Les personnages, leur vie, leurs peurs, leur histoire, leurs doutes, leurs joies, leurs interactions. Et c’est beau, tendre et touchant.

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Ainsi, si Ally semble être la business woman à qui tout réussit, intelligente, riche, belle, drôle, elle est désespérément seule dans sa grande maison remplie de gadgets en latex qu’elle collectionne avec frénésie dans l’espoir fou qu’un jour, ils soient utiles. N’ayant jamais pu rencontrer quelqu’un qui l’acceptait comme elle était et pouvait lui apporter tout ce qui lui manquait. Car le mot le plus important, en BDSM tout comme dans les relations en général, c’est la confiance. Et si elle a déjà pu partager énormément avec son ami Alan, à qui elle ne cache pas grand-chose (mais vraiment pas grand-chose !!), elle n’a jamais pu connaître cette absolue confiance, que ce soit avec sa famille, dont elle a fui les intrusions permanentes dans son intimité, ou avec ses ex.
Lisa quant à elle a toujours été frustrée dans ses relations : elle, c’est quand elle est attachée qu’elle se sent libre !! Ne croyez pas pour autant vous retrouver là face au cliché sexiste de la femme soumise potiche prête à tout subir sans ciller. Ce qu’elle construit avec Ally est basée sur une confiance absolue – être prête à s’abandonner totalement à l’autre, de se livrer dans la plus totale intimité, au delà de toutes les limites – et le consentement. Tout doit être arrêté quand le mot Sunstone est prononcé…
C’est très beau de voir cette relation de confiance s’établir en quelques regards entre ces deux femmes, même si elles doutent et s’interrogent, cherchant un peu à comprendre ce qu’elles ressentent au milieu de ce maelstrom d’émotions. Leurs moments intimes passionnés, l’aftercare d’après séance bourré de tendresse et de douceur… On est loin du pur voyeurisme libidineux : l’érotisme est pleinement assumé mais n’est pas là dans un but purement graveleux et glauque. Elles apprennent à s’aimer sans même s’en rendre compte.
Si on ajoute là-dessus une bonne grosse touche d’humour, assez geek, beaucoup d’auto-dérision, qui me fait d’ailleurs pas mal penser au style de Strangers in paradise (qui avait également une relation entre deux femmes particulièrement fine et touchante) de Terry Moore, l’ensemble est très accrocheur, pour peu qu’on ne soit pas totalement réfractaire au sujet de départ.

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C’est assez drôle de lire comment cette série est née dans l’esprit de son auteur. En plein travail sur d’autres titres, il se sentait vidé de toute inspiration. Avec l’envie de retrouver l’ivresse et la liberté de la création, sans pression, juste des dessins dont petit à petit émergent des personnages, des idées… On peut d’ailleurs retrouver ça sur son compte deviantart créé pour l’occasion, gratuitement accessible si on veut voir le style de l’histoire (mais il faut s’inscrire pour assurer qu’on est majeur).
Mais si les dessins sur le net sont déjà plutôt sympa, la version retravaillée sur papier est très belle et maîtrisée, élégante même dans les situations les plus crues. Un régal pour les yeux, avec en plus une narration aussi osée que les positions dans lesquelles se retrouve Lisa…

Concernant la version française, si je n’ai rien noté côté cadrage et impression – l’avantage sans doute de bosser directement sur des fichiers numériques, pas de soucis de fonds perdus – j’ai eu l’impression que la traduction était un peu fade du côté des expressions (et je ne sais pas si le vocabulaire BDSM est respecté). De plus, je m’inquiète un peu de voir qu’en pages bonus, quand l’auteur explique son choix de pseudo pour son compte deviantart, on nous mette directement sa traduction (brillant) au lieu du pseudo utilisé (shiniez) ce qui ne veut rien dire. Vous traduisez des pseudo, vous ?

N’empêche, il serait dommage de bouder son plaisir : une belle romance entre deux nanas, décomplexée, érotique, assumée, sexy, attachante, touchante et drôle, ce serait vraiment dommage de la louper.

Un volume est pour le moment paru en version française, 3 aux États-Unis, le 4ème étant annoncé pour janvier 2016.

4 comments

  1. Ah bah… pas merci, j’ai envie de tenter le coup, maintenant !
    Le sujet ne m’intéresse pas spécialement mais ne me rebute pas non plus, c’est surtout les clichés tels ceux que tu cites qui me faisaient peur. Comme ce n’est pas le cas ici, la seule question va être : en anglais ou en français ? 😀 N’étant pas familière de la termino BDSM en anglais mais étant chiante avec les traductions plates, le choix est cornélien !

    D’ailleurs, tu as lu les volumes 2 et 3 en anglais ? Ça continue dans la même veine ?

    PS : perso, je donnerais le pseudo initial et mettrais la traduction entre parenthèses et guillemets si elle n’est pas évident. En l’occurrence, je n’expliciterais pas « shiniez », faut pas déconner. Ou je mettrais un rappel, type « le brillant shiniez ».

    1. J’ai lu les volumes 2 et 3 en VO et oui, ça continue dans la même veine. D’autres personnages s’intègrent et je suis assez curieuse d’un perso arrivé dans le volume 3, voir comment elle va interagir (c’est un doux euphémisme) avec Ally et Lisa. Je trouve que l’auteur parvient toujours à garder un équilibre assez subtil entre jeux sexuels et sentiments, là où ça pourrait facilement tomber dans le graveleux (surtout vu les positions dans lesquelles se retrouve Lisa :D)
      Et tu ne risques rien avec le vocabulaire en anglais, il n’est pas super spécifique, je le trouve même plus clair qu’en français.

  2. … Sur deviantart on commence le 5° tome, n’hésitez pas, ça ne va qu’en s’améliorant : http://shiniez.deviantart.com/gallery/
    (les chapitres sont à gauche, un chapitre = un livre)

    Même si les planches deviantart sont retravaillées pour la publication payante, elles n’en restent pas moins très abouties et assez peu modifiées, au final.

    J’ai aussi trouvé la traduction assez moyenne. La « terminologie BDSM » est assez simple en anglais.

    Je suis pas fana de BDSM, ni d’histoires de lesbiennes d’ailleurs, mais j’aime beaucoup cette série. Tout y est très juste et très humain. Mon copain l’a lue aussi et l’a trouvée « pédagogue » en ce qui concerne le BDSM ^^

    1. J’avais commencé à suivre sur deviantart et puis j’ai préféré me garder la surprise de la découverte à chaque volume en VO. Plus frustrant et donc totalement dans l’ambiance de la série 🙂

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