Festival d’Annecy 2005 : un mardi entre émotion et douleur

En attendant mon bus, je profite d’un ballet aérien de quelques hirondelles. Un bon moyen de commencer cette deuxième journée de Festival.

Début des p’tits dej du court, le traditionnel programme de 9h à 10h15 où les réalisateurs des courts présentés la veille viennent répondre aux questions de Marcel Jean, directeur artistique. J’ai découvert ça l’année dernière et désormais, c’est un de mes rendez-vous préférés.
9h10, avec mon jus d’oranges pressées bien frais du Largo dans les mains, je découvre le nouvel emplacement du bar du Festival à Bonlieu et c’est vraiment bien mieux qu’auparavant.
Je me fraye un passage parmi tous les gens déjà installés tandis que Marcel Jean discute déjà avec Adam Elliot, réalisateur de Ernie Biscuit (j’en parlerai sans doute dans mon récap) mais également du long métrage Mary & Max (Cristal du meilleur long métrage en 2009, ex-æquo avec Coraline). J’aime beaucoup son travail et je suis toute intimidée quand je vois qu’il s’était en fait installé sur le siège juste à côté de là où je suis assise par terre (oups, j’avais donc failli lui piquer sa place en arrivant !).
Les réalisateurs défilent, je vois que j’ai encore bien fait de ne pas m’embêter à prendre un appareil de traduction, je n’ai jamais trop de difficultés à comprendre leur anglais. Même si c’est toujours agréable de tomber sur un.e réal francophone.
Quand il s’agit d’un duo de réalisateurs, on comprend en tout cas très vite à quel point internet a changé beaucoup de choses, permettant à des personnes éloignées l’une de l’autre de travailler de concert et de proposer un projet commun. Permettant à des talents de s’associer malgré la distance. Je trouve ça personnellement vraiment enthousiasmant et motivant. Quand la technologie se met au service de la création et de l’originalité et non des gueguerres d’ego et de « qui c’est le plus fort ! ».

Déjà 10h et vu le bruit que j’entends en dessous, ils ont ouvert la grande salle. Et vu le type de séance, ainsi que la queue qu’il y avait déjà dès 9h, je crois qu’il vaut mieux que j’écourte un peu mes p’tits dej.
Fort heureusement, même si la salle est déjà bien remplie, je souhaitais de toute façon m’installer assez devant pour avoir la possibilité de prendre quelques photos. Et ces places-là ne sont pas les premières recherchées, je peux donc m’installer pile où je l’espérais.
Car cette séance est un peu spéciale. L’année dernière, Pete Docter était venu nous présenter les premières images de Vice-versa (qui sort demain au cinéma). Cette année, Pixar revient pour nous montrer les premiers pas de leurs nouveaux bébés.

Peter Sohn, comme c'est écrit à l'écran
Peter Sohn, comme c’est écrit à l’écran

Tout commence avec Peter Sohn, réalisateur de son premier long métrage Le voyage d’Arlo (The Good Dinosaur), prévu au cinéma pour le 25 novembre 2015 (c’est la première fois qu’il y a deux Pixar qui sortent dans l’année, non ?). S’il avait déjà travaillé sur d’autres films emblématiques, sa première réalisation se résumait jusque-là au très mignon court métrage Partly Cloudy. Et vu ce qu’il nous dit et nous montre de The Good Dinosaur, je crois pouvoir affirmer que son truc à lui, c’est l’émotion.
Il nous explique sa passion pour son travail, son amour pour Pixar, ses difficultés à s’imposer dans son métier malgré tout, ses idées qui tombent à l’eau. Il nous raconte ses origines sud-coréennes (vous voyez Russel dans Là-haut ? C’était lui le modèle…), ses parents arrivés aux US dans les années 70, sa mère qui l’emmène régulièrement au cinéma même si elle ne comprend pas l’anglais et qu’il doit lui traduire les dialogues. Sauf pour les Disney où les images se suffisent à elles-même. Comme ce passage de Dumbo où maman éléphant, enfermée, serre son fiston de sa trompe. OK, j’ai déjà une larmichette qui coule.
Le voyage d’Arlo pose une question : que serait-il arrivé si, il y a 65 millions d’années, l’astéroïde qui a décimé les dinosaures n’avait été… qu’une étoile filante parmi d’autres ? Aujourd’hui les dinosaures seraient toujours là, auraient continué à évoluer et appris à parler.
(Inutile de dire que voir des images de ce film alors que vient de sortir Jurassic World, c’est assez ironique.)

Affiche
Affiche

Peter Sohn nous montre diverses animations, les personnages qu’on rencontrera au fil de cette classique quête initiatique d’un jeune dino effrayé par tout ce qui l’entoure et qui va apprendre à utiliser ses capacités au fil des épreuves. Classique, donc, mais avec une petite particularité : il va gagner au gré de ses aventures un animal de compagnie… un petit humain. Qui ne sait donc pas parler, marche à 4 pattes, un vrai toutou (très craquant, faut admettre).
Bref, même si ce film ne révolutionnera sans doute pas l’animation, il a le potentiel pour proposer quelque chose de drôle, de très émouvant et de profondément sincère. Et les décors promettent d’être beaux également, vu que le réalisateur veut faire de la nature un personnage à part entière, à la fois magnifique et dangereux.

Sanjay Patel
Sanjay Patel

C’est ensuite au tour de Sanjay Patel de venir sur scène pour nous montrer et nous présenter son court métrage, Sanjay’s Super Team. Un court qui sera normalement diffusé avant Le voyage d’Arlo, très inspiré de ses origines indiennes et de sa relation avec son père. Je vous le recommande, c’est drôle, plutôt beau et là encore très touchant.
Sanjay Patel nous explique ensuite chaque étape de la réalisation, exemples concrets à l’appui, tout en nous racontant sa difficulté à assumer ses racines indiennes, lui qui voulait être comme tous ses petits camarades. Ce court métrage est un peu un moyen pour lui d’enfin accepter ça et de lier ces deux faces de lui-même. Il a d’ailleurs montré le film à son père (qui n’était pas allé au cinéma depuis sans doute 40 ans et n’avait aucune idée du travail de son fils) et a diffusé quelques images de sa réaction, extrêmement émue.
(Et flûte, encore une larmichette !)
On revoit ensuite le film une deuxième fois, histoire de pouvoir mieux comprendre et remarquer les divers détails qu’il nous a expliqués.
12h30, la séance se termine, après donc 2 heures d’émotions. Pfiou…

Ah oui, la foule à 12h30...
Ah oui, la foule à 12h30…

Ayant le temps de manger tranquillement, je me cale l’estomac avec un bon burger de qualité à L’heure tourne, puis repars pour ma dernière séance de la journée, consacrée aux courts métrages n°2.
J’en profite au passage pour quelques petites courses à BD Fugue : le premier tome d’Ultraman chez Kurokawa, le DVD du long métrage Le garçon et le monde que j’aurais voulu voir lors du Festival 2014 et le flip book d’Amélia & Duarte, un court métrage vu hier que j’ai beaucoup aimé.

Mes achats BD Fugue
Mes achats BD Fugue

Alors comment vous dire… Avec ces courts métrages, ce fut une séance douloureuse, déjà par les thèmes abordés, souvent difficiles. Ensuite pour une hyper-sensible comme moi, les sons stridents, les musiques crispantes, les lumières qui arrachent, ça me bousille très rapidement et ils en étaient blindés. Cette séance n’était pas loin du cauchemar. Pourtant il y avait de la qualité, sans nul doute, et j’en arrive à un score de 28 sur 45. Il faut dire que je ne pouvais de toute façon pas bien réagir à un des films, où ils me dézinguent un teckel. Non mais franchement. Comment voulez-vous que j’accepte ça ??
Il était aussi question de la guerre en Syrie, de la 1ère guerre mondiale, d’une gamine qui se fait tuer par des soldats, d’un bourreau dansant avec ses victimes… Bref, un programme super rigolo et tout à fait serein !
Vite, je dois aller prendre mon bus, et ça traîne pour sortir de la salle (900 personnes qui sortent par deux minuscules portes, forcément…). Ouf, j’arrive 10 secondes avant mon bus…

On se retrouve demain notamment pour le deuxième film japonais…

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