The Cape

Volume unique par Jason Ciaramella inspiré d’une nouvelle de Joe Hill, dessiné par Zach Howard, éditée en VF par Milady, 175x265mm, 160 pages, 19,90€.

Quand on dit comics, on pense inévitablement à super-héros et super-pouvoirs. Batailles épiques, grands et nobles sentiments, dévouement absolu dans la lutte contre le Mal.
Et puis il y a The Cape. À la base une nouvelle de Joe Hill (que j’ai découvert grâce à la série Locke & Key, prochainement chroniquée), adaptée en comics par Jason Ciaramella et dessinée par Zach Howard (leurs noms ne sont pas sur la couverture, dommage…).

thecape01Éric n’est qu’un gamin de 8 ans comme les autres. Lui et son grand frère Nicky aiment jouer ensemble, se coursant autour de la maison. Jusqu’à ce fameux jour où, muni de sa cape bleue fétiche, Éric l’éclair rouge grimpe dans l’arbre du jardin pour échapper à Nicky le traceur. Il suffit d’une fraction de seconde d’inattention pour que la branche casse et que le gamin tombe, s’écrasant au sol.
Dix ans plus tard, après de nombreuses opérations, Éric est toujours là, tout comme la douleur. Il n’a plus sa cape fétiche, que sa mère dit avoir jetée. Sa rencontre avec Angie ne changera rien à la suite : une plongée dans la violence aveugle et la souffrance…

Les premières pages semblent fraîches et anodines, des jeux d’enfants innocents, joyeux. Mais le ver est déjà dans le fruit, au travers de cette cape, au départ symbole du super-héros mais initiatrice, ou révélatrice, d’un mal-être profond et sanglant. Car cette cape, à laquelle Éric tient tant, n’est pas qu’un simple bout de tissu…
Dans un épisode de Superman ou de Spiderman, Éric aurait été le parfait super-vilain. Celui que le super-héros stoppe avant qu’il ne mette ses plans diaboliques à exécution. Mais dans The Cape, qui pour arrêter un jeune mec sombrant dans la folie vengeresse, sans aucune limite, aveuglé par sa paranoïa et son complexe d’infériorité ?
Car, pendant que lui végète dans une vie pourrie faite de petits boulots, de bière et de migraines à répétition, son grand frère devient médecin et fait la fierté de leur mère. Lui qui avait des rêves de super-héros se retrouve le gamin loser, le monstre balafré de la tronche, puis le naze largué par sa copine et vivant dans la cave de la maison maternelle. Si seulement il avait sa cape…

Très vite, on plonge dans un monde sombre et glauque, issu tout droit de l’esprit torturé d’Éric. Les couleurs sont ternes, pesantes, tandis que la folie prend son essor et se déploie. Des couleurs très bien choisies même si parfois, les pages sont vraiment très sombres et gênent un peu la lecture, ne permettant pas de bien saisir le dessin. Un dessin d’ailleurs parfait, expressif, rendant précisément dans les regards et les mimiques faciales les émotions qui s’enchaînent dans le cœur des personnages au fur et à mesure de l’évolution sanglante de l’histoire. On ne perd pas de temps en quiproquos ou en mensonges juste là pour gagner du temps : Éric n’a aucun scrupule ni envie de se planquer, ne se focalisant que sur son désir extrême de vengeance contre une vie qui le déçoit constamment.

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On pourrait simplement le détester, ne pas supporter de le voir reporter tous ses problèmes sur les autres et s’apitoyer sur son sort sans jamais prendre la peine de se bouger. Mais on sent bien que ce n’est pas si simple et que la folie qui le gagne est profonde comme une gangrène qui le ronge depuis son accident, peut-être même avant, résultat d’années de doutes, de peurs d’un gamin qui n’avait personne réellement à qui se référer pour grandir.
Il pourrait n’être qu’un gars comme les autres mais il bascule dans le mal, sans retenue, sans regret. Ça le rend d’autant plus fascinant qu’il garde justement cet aspect familier du gars comme les autres… si ce n’est ce regard dur et froid, prêt à tout, ne respectant aucune vie puisque la sienne est de toute façon pourrie. Sa vengeance contre le monde qui l’entoure n’a rien de glorieux, de noble ou de grandiose, ce n’est que le déchaînement de violence d’un pauvre type qui jubile devant la souffrance des autres, rendu ivre de sang à force de douleurs et de frustrations face à une vie qu’il n’a jamais su/pu prendre en main. Le mal gratuit, inattendu, sans explications simples et rationnelles, rassurantes et vaines…

La fin m’a paru quelque peu abrupte, brutale, un peu trop tranchée. Peut-être est-ce lié au format nouvelle de l’histoire d’origine ?
Mais peut-être est-ce mieux ainsi, car elle tranche dans le vif et on y repense, on réfléchit à ce qui peut conduire un gars basique à plonger ainsi dans le sang et la violence.
Une lecture tendue et intense, sans temps mort, sans chichi, où le Mal prend naissance au cœur de jeux innocents d’enfants…

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