Trees vol. 1 et 2

Série en cours par Warren Ellis et Jason Howard, éditée en VF par Urban Comics, 185x285mm, 10,00€ le premier tome.
Volume 1 paru le 16/10/15.
Volume 2 paru le 28/10/16.

S’il y a une collection comics que je suis avec intérêt depuis plusieurs mois, c’est bien la collection Indies d’Urban Comics, qui a l’art de proposer des auteurs et des séries différentes. Et c’est ainsi que j’ai commencé Trees de Warren Ellis et Jason Howard…

Trees vol. 1Il y a dix ans, l’humanité a eu la preuve qu’elle n’était pas la seule vie dans l’univers. Il y a dix ans, ils sont arrivés et se sont plantés dans le sol, partout dans le monde. Tels des Arbres, comme on les a surnommés, ces énormes piliers ont ainsi imposé leur présence. Et depuis, rien. Ils sont là et les humains ont fini par trouver ça presque normal…

Oh, encore une histoire d’invasion extra-terrestre ? Peut-être pensez-vous qu’on a déjà tout vu et lu sur ce sujet, et c’est là que Trees débarque et vous fait changer d’avis. Voilà une série profondément étonnante où rien ne se passe comme on s’y attend.
Ces Arbres sont là, plantés depuis dix ans, ne communiquant pas, impassibles, gigantesques structures qui projettent leur ombre sur une terre confrontée à quelque chose qu’elle n’avait jamais imaginé. Pas d’attaque, pas de vaisseaux, pas de guerre, juste des Arbres dont on ne sait rien, qui ne semblent pas se préoccuper d’une présence qui se croit intelligente, minuscule fourmi perdue sous leur ombre.
Ils ne font rien et pourtant, ils ont tout changé. Plus rien ne sera jamais comme avant. Ils ont répondu à une des questions les plus lancinantes de l’humanité – « sommes-nous seuls ? » – tout en imposant de nombreuses nouvelles interrogations que personne ne semble capable de résoudre.

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Partout autour du monde, les hommes tentent de continuer à vivre, leurs existences bouleversées par ces masses qui ont imposé de nouvelles dynamiques. Le climat a changé, les flux d’air et les courants marins ont été modifiés, toute l’économie locale autour des Arbres s’est écroulée. Plus aucune loi ne semble avoir vraiment cours dans ces villes abandonnées par les autorités. Chacun tente d’y trouver un moyen de survivre, chacun avec ses questions et ses peurs. Magodicio, Rio de Janeiro, Sicile, cité de Shu en Chine, île de Spitzberg… autant d’endroits où l’on suit la vie de quelques individus qui essaient de retrouver leur place, de redonner un sens face à ces indomptables masses qui les ignorent et les méprisent. Dur pour l’humain qui se croyait si puissant, au sommet de l’échelle de l’évolution d’être à ce point invisible, petite chose sans intérêt qui n’a après tout que peu de temps d’existence quand ces Arbres semblent là pour l’éternité. Tout est remis en question, que ce soit au niveau économique, politique, militaire, scientifique, philosophique…

Ce premier volume est un véritable ovni où chaque personnage est un point sur une carte, apportant ses infimes modifications dans le flux de la vie, pouvant disparaître en quelques secondes, victime de ses congénères ou de ce nouvel équilibre qui tente de se créer.
En fait, Trees parle de beaucoup de choses, aborde énormément de sujets avec énormément de justesse et de subtilité, explorant l’âme humaine, ses zones d’ombres, de peurs, de doutes, ses faiblesses et ses envies de puissance ou ses besoins de comprendre, quitte à tout perdre. Certains s’intéressent aux Arbres, d’autres s’en accommodent et tentent d’y gagner au passage tandis que d’autres encore espèrent y trouver un moyen d’être eux-mêmes, libres d’exister au delà des normes, des règles bassement humaines qui n’ont plus à avoir cours dans l’ombre d’un Arbre. J’ai été d’ailleurs très étonnée de voir tout un discours LGBT très poussé développé, sur la question trans, bie, asexuelle, sur l’hétéronormalité, etc. Un discours très sensible, juste, ouvert et bienveillant, et même un côté très féministe où un personnage masculin parle de « l’horreur existentielle d’avoir écrasé l’intelligence féminine pour notre propre amusement ».

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Il n’y a rien de manichéen ou de basique dans Trees : le propos est intelligent, subtil, passionnant, prenant, profond avec une diversité de personnages, à la durée de vie plus ou moins longue, dont on ne peut absolument pas deviner quelle sera leur place concrète dans le récit.
Le dessin de Jason Howard se marie à merveille au ton, sachant créer une ambiance différente pour chaque zone sans pour autant que ce soit trop tranché et visible, permettant une narration rythmée, mêlant tous les points de vue constamment sans que jamais on ne s’y perde.

Ce premier tome est ainsi une parfaite réussite, qui se dévore d’un coup, où la tension monte tandis que les humains font ce qu’ils font de mieux : détruire et tuer. Mais peut-être ont-ils trouvé plus fort qu’eux à ce petit jeu morbide…

Après lecture du volume 2 :
Trees vol. 2

Après un premier volume explosif et surprenant, présentant les bases d’un scénario incroyable et imaginatif tout en bouleversant le récit à peine mis en place, le tome 2 joue plutôt la carte de l’œil du cyclone, le calme au milieu de la tempête. Après le tumulte aux quatre coins de la planète, on se concentre sur deux sites suite à la catastrophe du Svalbard. Celle-ci risque de changer totalement la donne, les Arbres n’étant jusque-là vus que comme d’impassibles monstres aux conséquences seulement visibles sur le long terme. Mais la menace risque de se faire plus précise même si les humains continuent leurs petites magouilles sans s’imaginer une seule seconde que leur insignifiantes existences peuvent être balayées en quelques minutes.
Ce volume 2 joue donc moins avec nos nerfs mais place de nouveaux pions dans l’ombre des imposants Arbres. Le temps semble suspendu tandis qu’on explore un peu plus l’âme torturée et sans guère de scrupule d’une humanité qui continue de se croire au-dessus du lot, comme insensible à l’arrivée des Arbres, comme s’ils faisaient simplement partie du paysage et que leur présence n’était qu’un paramètre de plus à prendre en compte dans les diverses manipulations du quotidien.
Bref, la série continue de développer son potentiel, avec minutie et intelligence. Que nous réserve donc le volume 3 ?

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3 réponses

  1. Shermane dit :

    Pire que les humains pour la destruction ? Je veux savoir 😀
    En le cherchant, je suis tombée sur Sweet Tooth de Lemire mais je reviendrai vite lire du Warren Ellis…

  2. Supdup dit :

    J’ai acheté Trees après avoir lu ta note de blog. Je le le regrette pas. Merci.

  3. Shermane dit :

    Merci encore pour ta chronique, qui m’a fait découvrir une œuvre bien intéressante. J’ai été surprise par la diversité des thèmes et ne m’attendais pas du tout aux thèmes LGBT, mais tant mieux, elle est bien amenée et je suis ravie qu’elle se passe en Chine (oui, c’est bête). Il y a juste l’histoire en Sicile qui ne me passionne pas…

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