Coelacanth

Série en 2 tomes par Kayoko Shimotsuki, éditée en VF par Soleil Manga, en VO par Kodansha, prépubliée dans le Betsufure.
Sens de lecture japonais, 114x172mm, 6,99€.

Coelacanth volume 2Hisano semble n’être qu’une lycéenne parmi d’autres. Mais l’enquête de police lancée pour résoudre le meurtre d’un de ses professeurs réveille quelques souvenirs enfouis qui ne cessent alors de hanter la jeune fille. Orpheline, elle vit dans une famille avec laquelle elle ne partage rien. Elle rencontre alors un jeune homme, lié à son passé, à ce jour il y a dix ans où elle aurait dû mourir dans l’incendie de sa résidence suite au double suicide d’un couple adultère. Vraiment, un suicide ?

N’étant pas spécialement une adepte des shôjo Soleil Manga, je me suis lancée dans cette lecture sans spécialement en attendre beaucoup. La surprise n’en a alors été que meilleure.

Voilà un shôjo qui nous change des éternelles amourettes de lycée qui finissent par toutes se ressembler. Hisano n’a rien de la fashionista girly toute guillerette, adolescente plutôt sombre n’ayant connu qu’une accumulation de galères. Un incendie qui a failli la tuer, des parents décédés trop tôt, un quotidien dans une famille dans laquelle elle se sent comme une étrangère, s’enfermant dans une bulle froide et terne, sans amour, sans espoir.
Heureusement, il y a Kentarô, lycéen extraverti, insouciant, lumineux, un peu puéril peut-être mais drôle et rafraîchissant, permettant d’alléger un peu le poids qu’Hisano se trimbale constamment sur les épaules. Enfin quelqu’un qui se soucie un peu d’elle, même s’il peut en être un peu lourd à force…
Et puis il y a cet inconnu rencontré un soir à côté d’une cabine téléphonique, celui qui lui permettra peut-être d’en terminer avec son passé chaotique. Ces deux-là étaient faits pour se trouver, chacun étant l’antidote de l’autre à son mal-être, ses peurs, ses souffrances, ses doutes sur son droit d’exister. Même s’il va apporter au départ plus de questions que de réponses. Une vérité bien enfouie, bien cachée, a besoin de temps pour remplacer les mensonges si faciles…

Coelacanth me fait beaucoup penser à A Lollypop or A Bullet d’Iqura Sugimoto chez Glénat. Cette même ambiance un peu froide, un peu désespérée, sans être déprimante, étonnamment, mais plutôt prenante parce qu’on veut comprendre. On sent que des lambeaux du passé ont laissé des traces qui empêchent les personnages d’avancer, de se libérer et de vivre, que quelque chose va se passer, que des secrets vont être enfin révélés. Les adultes sont irresponsables, immatures, parfois carrément tordus, incapables d’assumer leurs actes, leur vie, leurs enfants, ceux-ci devant alors porter le poids de leurs aînés. Même ambiance, même tension qui monte, même désespoir dans les yeux des personnages, même bulle de solitude qu’ils répugnent à briser en dépit de toute la souffrance qu’elle apporte, mais cette même énergie finalement d’y arriver malgré tout et de trouver une lumière, une boule de bonheur, une petite chance de se délivrer des blessures d’hier et d’accepter de parler.

Coelacanth n’a donc rien de déprimant, de lourd au delà des actes souvent durs, cruels mis en images sans gratuité ni complaisance malsaine. Pas besoin d’en faire des tonnes pour faire ressentir le malaise d’une société qui peine à assumer ses parts d’obscurité. Le trait assez froid, chirurgical, pas franchement shôjo, sied parfaitement aux propos, à l’ambiance et nous plonge directement dans le trouble des pensées de la jeune Hisano. Qui ne cherche finalement qu’un peu d’amour et de compréhension pour s’autoriser à vivre.
Pas mal de flash-backs au fil des pages mais la narration reste assez claire et plutôt rythmée, sans temps mort, chaque pièce s’emboîtant dans ce puzzle des émotions.

Voilà qui s’appelle donc une belle surprise, prenante et maîtrisée, sans oublier quelques petites pointes d’humour, avec des personnages a priori pas super attachants mais qui touchent par leur envie de sortir de leur bulle de solitude. On est finalement là plus proche de la série des Mad World que des shôjo légers à la Aya Oda ou Atsuko Namba.

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