Pourquoi lire quand il y a tant de choses à faire ?

Voilà longtemps que je n’avais pas proposé de billets d’humeur. Mais l’envie me reprend d’écrire un peu, comme ça, au fil des idées. Ça ne durera peut-être que quelques semaines, ou plus, on verra.

Le but n’est pas d’écrire spécifiquement sur la BD, j’ai plutôt envie de revenir à un côté « blog personnel », pour développer des sujets divers et variés. Et peut-être même proposer des chroniques de livres autres que des BD. Je regrette ainsi de n’avoir rien écrit sur Spin de Robert Charles Wilson, Le problème à trois corps de Liu Cixin ou Maudits de Joyce Carol Oates.
Mais ça ne change rien au site en lui-même, qui garde évidemment sa ligne directrice de chroniques BD. Juste quelques billets en plus de temps à autres…

Et pour commencer, une révélation.
J’aime lire.
Bon alors, OK, ce n’est pas un gros scoop. Je tiens un site de chroniques de livres depuis 18 ans…
Mais je me suis demandée : pourquoi j’aime lire ?

Pour le plaisir des mots, évidemment, l’opportunité de se plonger dans un autre univers, une autre réalité pour les romans, dans les réflexions d’autrui pour des essais. Certes. Mais encore ?

Parce que je veux comprendre, principalement.
C’est un peu comme ces physiciens et astronomes qui rêvent de trouver la formule qui liera physiques quantique et générale avec une potentielle théorie du Tout. Je garde ce petit espoir naïf qu’à un moment, à force de lire, je vais finir par tout comprendre, par trouver ce qui relie chaque facette de notre monde, à toutes les échelles possibles.

Bien évidemment, c’est impossible. Tout ça est trop riche, trop complexe, trop dense, trop divers pour permettre d’avoir une vue globale avec un simple petit esprit humain basique et seulement quelques ridicules décennies pour y travailler… d’autant que justement, dans ces décennies, il y en a déjà beaucoup occupées à faire bouillir la marmite. Ce qui ne laisse pas beaucoup de temps ou d’énergie pour ce genre de hobby aussi ambitieux, voire prétentieux, qu’illusoire.

Néanmoins, je veux comprendre. C’est peut-être le but premier de la curiosité, en fait.
Essayer de saisir le fonctionnement, au moins la base, tant des réactions de fusion nucléaire ou des étoiles à neutrons que celui, tout aussi obscur, d’un esprit humain. Nos diverses manières d’appréhender le monde, la façon dont nos expériences et nos jugements vont en biaiser l’image que l’on s’en fait, et ainsi biaiser aussi nos réactions… et ainsi modifier le monde en question par nos actes.
Saisir la logique avec laquelle nos idées vont naître, s’imbriquer, s’entrechoquer, se mêler pour en créer de nouvelles. Par exemple en creusant du côté des maladies psychiques qui pourraient permettre de mettre en lumière certains fonctionnements spécifiques par leurs effets pathologiques donc grossissants.

Comprendre l’individu dans ce qu’il a de plus essentiel, de plus primaire, mais aussi le système global qui nous régit, nous coordonne, le politique qui décide, limite et sanctionne, les interactions sociales multiples, mêlant tout ce qui fait l’humain, la peur, la haine, la méfiance, l’attirance, l’amour…
Ce qui nous meut, que ce soit à notre niveau personnel, nos inclinations, nos ressentis, ou à un niveau plus large, les liens sociaux qui se créent à partir d’un rien, basés sur un ensemble vaste et complexe, constamment en évolution. Les rapports de force entre les genres, les classes sociales, les cultures, les croyances. Tout ce maelstrom qui tourbillonne en permanence et emporte nos existences sans même qu’on en ait conscience. En examinant aussi bien le présent, ses incertitudes et ses troubles que le passé, au travers de l’Histoire, où on peut étudier les conséquences des décisions prises à l’époque.

D’un côté, j’ai envie de lire au plus vite tout ce qui déborde de mes étagères que je ne cesse de remplir dans cette soif de comprendre. Un peu à la Matrix où on peut apprendre quelque chose en deux secondes simplement en se connectant au réseau. Et en même temps, c’est par le temps de lecture, page après page, au fil des idées et des réflexions que les mots lus font naître en nous, qu’on apprend le plus, en digérant ces nouvelles expériences, ces points de vue, ces questions.

Toute lecture peut apporter sa pierre à cet édifice aussi vertigineux qu’instable. Un roman, un magazine, un essai, une BD… Tout ce qui sort d’un esprit humain qui, par son travail sur le sujet, par sa création, apporte une autre pièce de cet immense puzzle.
Et puis, au fil de ces lectures, de ces petites touches de compréhension disparates, des liens apparaissent… C’est même un des intérêts, pour moi, de lire plusieurs choses en même temps, c’est qu’il n’est pas rare qu’un écho se fasse « entendre ». Qu’un détail d’un livre rebondisse sur l’histoire d’un autre et m’apporte un autre éclairage, totalement par hasard, alors qu’ils n’abordaient pas du tout le même sujet.

Bon, vous allez me dire « T’es bien gentille mais il n’y a pas que les livres dans la vie ». Effectivement. Heureusement d’ailleurs.
Mais quand on est du genre introvertie, peu sociable (avec troubles anxieux tendance agoraphobe) et freelance à bosser chez soi, les interactions humaines sont quelque peu limitées, épuisantes, difficiles à entamer : pas facile de se faire amicalement adopter par des extraverti·e·s qui ne comprennent pas mon besoin de calme, de solitude et mon incapacité à enchaîner les activités.
(Ça pourrait faire l’objet d’un autre billet, ça, non ?)
Et j’ai quand même besoin de quelque chose pour alimenter et occuper cette cervelle qui tourne en permanence (lui filer un os à ronger, quoi).

Mais pourquoi vouloir à ce point comprendre ? Peut-être pour rassurer l’angoissée que je suis, en me disant qu’à défaut de pouvoir tout contrôler, je pourrais peut-être au moins anticiper un minimum et donner un sens à ce monstrueux bazar si profondément anxiogène…
Je crois que c’est ça en fait : la lecture, c’est ma réponse pour m’apaiser face au chaos du monde.

Et sinon, ça va, vous ?
(En illustration, quelques-unes de mes lectures de ces derniers mois)

One comment

  1. Eh bah sache que tu n’es pas la seule à penser cela ! Je partage en grande partie cette obsession de vouloir tout lire, tout connaitre, pour apprendre un maximum et pouvoir tout comprendre, même si, comme toi, je sais que c’est vain !
    C’est déjà ça qui m’avait fait câbler en 1ère S au lycée, lorsqu’on a vraiment appris la génétique, la physiologie, et un peu de neuro : je me suis rendu compte que c’était incroyable ce qui se passait dans notre corps, nos cellules, notre cerveau, et c’est ça qui m’adonné envie d’être prof de SVT.
    Toutefois, avec le temps, je me suis rendu compte que comprendre le fonctionnement « chimique et biologique » d’un corps c’est bien, mais pas suffisant, c’est pourquoi désormais je ne lis presque plus que de la philo, de la socio, de la psycho… Et je ne suis toujours pas rassasié ! J’ai même l’impression que, dans cs domaines là, plus t’en sais, plus t’as envie d’en savoir : une fois que t’as découvert Spinoza, t’as envie d’aller voir Nietzsche et ça ne s’arrête jamais 😀 😀
    En revanche, j’avoue que les mangas me servent juste à me détendre, je suis encore à lire beaucoup de shonen basiques et efficace, pas encore trop de mangas d’auteurs, même si je lis tes chroniques avec assiduité et note quelque part les titres qui ont vraiment l’air top !

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