Qu’est-ce qui monte et qui descend ??

Volume unique par Knl, édité par Marabulles en mai 2018, 212x297mm, 112 pages, 14,90€. 

Pour ce mois de mars 2019, à l’occasion du 8 mars journée internationale de la lutte pour les droits des femmes, j’ai décidé de ne proposer que des chroniques de BD créées par des femmes, parmi celles-ci (il y a de quo faire…).
Je commence avec Qu’est-ce qui monte et qui descend ?? Chroniques d’une borderline par Knl chez Marabulles.

Qu'est-ce qui monte ou qui descend ??Ce blog commence à avoir sa petite liste de BD consacrées à des troubles ou des maladies. Quelqu’un m’avait demandé il y a quelque temps déjà si je n’en connaissais pas sur le trouble borderline… c’est maintenant chose faite !
Ce roman graphique est le premier de Knl, une jeune illustratrice et peintre qui a dû attendre des années de souffrance avant d’être enfin diagnostiquée atteinte du trouble borderline. Depuis toujours, elle connaissait de grosses angoisses, des phobies, des obsessions, de la dépression, des troubles de l’humeur, de l’auto-mutilation, des idées suicidaires incontrôlables qui ont fini par la conduire à faire plusieurs tentatives de suicide. Le diagnostic a au moins permis de mettre un nom sur ses innombrables souffrances.

La BD débute par son entrée en clinique psychiatrique en août 2014. Mais on apprend plus tard qu’elle a déjà connu plusieurs séjours en hôpital psychiatrique, nettement plus violents à vivre.
On n’est pas à proprement parler dans une BD ici, avec ses cases et son langage, mais à une sorte de journal de bord écrit quelques années après, retraçant les quelques mois passés en CP, avec des flash-backs vers de plus anciens épisodes de vie, un voyage au Sénégal sans médication, son quotidien hors structure médicale, ses premières années en tant que salariée avant que ses troubles ne l’handicapent totalement, etc.

On a surtout du texte manuscrit agrémenté d’illustrations au feutre et à l’aquarelle, permettant de retracer morceau par morceau le début de vie chaotique d’une jeune femme qui veut néanmoins avancer et réussir à trouver un équilibre. Malgré les angoisses, les idées de mort, les lames de rasoir, les effets secondaires ravageurs de médicaments qui ne lui conviennent pas. Et grâce au soutien d’une famille aimante, surtout sa mère, un amoureux attentif (mais qui pourrait faire les courses de temps à autre, non ?) et un mental qui tient le choc malgré les uppercuts qu’il se prend constamment dans la tronche.

Ces chroniques d’une borderline permettent de mettre en lumière des troubles finalement pas très connus, prenant de multiples formes selon les personnes. Permettent aussi de voir qu’on peut avoir l’espoir d’un mieux malgré des chutes et des rechutes violentes. Au delà de la dureté de ce qu’elle décrit, et qu’elle ne parvient pas toujours à nommer tant l’angoisse reste forte, on ne sombre jamais dans le complaisant ou le déprimant car Knl parvient à insuffler un côté lumineux à son récit. Il n’y a rien de « graphique » ou de pesant, on garde une certaine distance, vu qu’elle raconte avec le recul de plusieurs années.
En quatrième de couverture, l’éditeur (j’imagine) a eu l’idée discutable d’utiliser l’expression cliché « une belle leçon de vie ». Qui me fait à chaque fois repenser à la vidéo de Vivre avec « Je ne suis pas ta leçon de vie ».


Mais cela n’empêche pas ce roman graphique d’apporter un témoignage intéressant sur des troubles qui font tant souffrir (d’autant plus qu’ils sont psychologiques et donc invisibles et donc, bien souvent totalement incompris, niés, négligés), et de permettre d’apporter un éclairage sur un univers psy qui peut faire peur.
C’est touchant, très tendre, souvent drôle, visuellement beau, avec des illustrations à l’aquarelle, et un texte qui ne cherche ni à se faire plaindre ni à enjoliver des années de douleurs avec tout de même ces petits moments de grâce, ces rencontres marquantes et ce quotidien auquel Knl tient malgré tout.

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