Dans la combi de Thomas Pesquet

Volume unique par Marion Montaigne, édité par Dargaud en novembre 2017, 210x281mm, 208 pages, 22,50€. 

Un an après son décollage pour l’ISS, Thomas Pesquet voit son périple sortir en BD sous les crayons de Marion Montaigne avec Dans la combi de Thomas Pesquet chez Dargaud.

Dans la combi de Thomas PesquetLes amateurs et amatrices de BD et de sciences connaissent forcément Marion Montaigne, notamment par sa série Tu mourras moins bête (adaptée en série animée sur Arte) mais aussi le premier tome de La petite bédéthèque des savoirs sur l’intelligence artificielle avec Jean-Noël Lafargue ou Riche, pourquoi pas toi ? reprenant les études des sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon. Rien d’étonnant donc à la retrouver aux commandes d’une BD sur l’aventure spatiale avec comme hôte le plus jeune astronaute recruté par l’ESA, l’agence spatiale européenne.

Car si on suit l’aventure de Thomas Pesquet, c’est en fait un tour assez vaste de tout ce qu’il y autour de l’aventure spatiale qui est ici décortiqué. Comme à son habitude, Marion Montaigne s’est énormément documentée, films, livres, rencontres de spécialistes, pour raconter cette épopée débutant avec le petit Thomas qui a déjà une idée en tête très précise de ce qu’il veut faire plus tard.
On découvre tout le processus de sélection que doivent subir les futur·e·s élu·e·s pour avoir une chance d’aller s’enfermer pendant des mois dans un placard à balai cosmique. Puis le très long entraînement, éreintant aussi bien intellectuellement que physiquement, pas forcément hyper-impressionnant sur certains points – digérer des tonnes de modes d’emploi – tout en attendant enfin l’appel qui vous enverra décrocher les étoiles quelques mois/années plus tard.

Car s’il y a bien quelque chose qu’on comprend durant la lecture, c’est que s’il faut choisir une qualité fondamentale pour être astronaute… c’est la patience ! Et celle de Thomas Pesquet a été mise à rude épreuve, étant le dernier de son groupe d’élus à être programmé sur une mission.
Ainsi ce n’est qu’au bout de 120 pages que les moteurs s’allument et que Soyouz s’arrache à la surface terrestre. Avant ça, on suit aussi bien l’histoire de la conquête spatiale que le côté purement humain, les multiples voyages entre Europe, Etats-Unis et Russie pour les divers entraînements, tests, simulations vu que la station est internationale et que chaque pays participant a ses propres consignes et instruments.

Puis les 80 dernières pages nous en apprennent plus sur l’envers du décor de ce qu’on a pu suivre pendant les six mois de sa mission sur l’ISS, qu’il a abondamment documentée sur les réseaux sociaux. Les difficultés pour manger sans en mettre partout, pour résoudre le moindre petit problème qui serait anodin sur terre mais qui prend une ampleur considérable dans un environnement aussi inhospitalier que l’espace. On est assez loin du glamour et du pur spectacle des films à la Gravity ou Seul sur Mars, où il n’y a besoin que de légers sous-vêtements sous la combinaison (spoiler : non), ou les sorties extra-véhiculaires (EVA) peuvent être décidées sur un coup de tête (re-spoiler : toujours non !). En réalité, tout est planifié à la seconde près, chronométré, empaqueté, conditionné, flashé par code-barres… et quand je dis tout, c’est TOUT (parce que oui, la traditionnelle question posée à chaque fois « Mais comment vous faites vos besoins dans l’espace ? » est évidemment traitée dans les moindres détails…).

Cette masse d’informations est traitée avec énormément d’humour. On apprend donc beaucoup sur le sujet tout en riant souvent, que ce soit des absurdités du système, des difficultés rencontrées, que des exagérations propres à la BD. L’aspect humain est souvent mis en avant, c’est sans doute le plus difficile à gérer dans ce genre de programmes pointus où la moindre erreur peut être fatale et on le comprend parfaitement.

Ayant regardé le retour sur Terre en direct à l’époque, je découvre dans les dernières pages là aussi quelques détails que la communication officielle évite évidemment de montrer. Parce qu’a priori, dans la combi de Thomas Pesquet, ça ne devait pas vraiment sentir la rose (pas de lessive, une impesanteur qui dérègle le système digestif, les EVA qui te transforment en coussin péteur…). Non, décidément, on n’est pas vraiment dans le glamour hollywoodien…

Dans la combi de Thomas Pesquet est un formidable ouvrage de vulgarisation scientifique, enthousiasmant, drôle, documenté, riche, dense, mettant en avant la force de cette aventure humaine incroyable. A quand le prochain décollage ?

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