L’Oiseau bleu

Volume unique par Takashi Murakami, édité en VF par Ki-oon en novembre 2015.
Sens de lecture japonais, 170x240mm, 15,00€.

En novembre 2015, Ki-oon ajoute un nouveau mangaka dans son catalogue, Takashi Murakami, découvert chez Sarbacane avec Chien gardien d’étoiles (que je n’ai pas lu, étant beaucoup trop sensible face aux thématiques de morts canines…). C’est ici son one-shot L’Oiseau bleu qui intègre la collection Latitudes.

L'Oiseau bleuL’avenir des Higashimoto s’annonçait radieux jusqu’à l’accident au retour d’un simple pique-nique familial. Le petit Shu, 5 ans, n’y survit pas, tandis que son père Naoki est plongé dans un coma végétatif dont il a peu de chances de sortir. Seule sa mère Yuki n’a que des blessures physiques mineures. Mais elle doit désormais affronter un quotidien rythmé par les soins tout en faisant son deuil…

J’ai mis plusieurs mois avant de me décider à lire ce one-shot, m’attendant à quelque chose de très lacrymal et difficile à affronter. En fait, il n’en est rien.
Les trois premiers chapitres, donnant leur nom au volume, se concentrent sur le quotidien bouleversé de Yuki Higashimoto. Si physiquement, elle s’en sort bien, c’est moralement qu’elle doit affronter les pires des épreuves. Le deuil de son fils et le sort incertain de son mari qui risque fort de ne jamais se réveiller. La jeune femme va devoir alors réussir à garder l’espoir, indispensable pour tenir sans pour autant refuser de voir la réalité, tout en se retrouvant face à la difficulté de gérer l’accès aux soins : un malade longue durée devient rapidement une charge pour un hôpital et il faut constamment changer d’établissement au fil des mois sans réelles évolutions de son état. Yuki subit une double peine, voir son mari dans un tel état et devoir constamment chercher un nouvel endroit qui puisse l’accueillir.
Dans cette première partie, l’auteur nous met face à une situation difficile, incertaine, où les nerfs de son personnage principal doivent tenir, sans rien avoir à quoi se raccrocher. Mais c’est dans la seconde partie de l’ouvrage, les cinq chapitres Les feuilles mortes, que le mangaka dévoile tout son talent.
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Les feuilles mortes, c’est la vie de Hideo Higashimoto depuis son travail dans une aciérie jusqu’à sa vieillesse et l’ombre de la maladie qui grandit. Là encore, le mangaka nous met face à une difficulté médicale avec Alzheimer et cette mémoire qui se troue, se morcelle, s’effondre jusqu’à s’envoler, arrachant miette par miette toute la vie d’un individu. Mais il traite ce sujet difficile avec extrêmement de délicatesse et de pudeur, sans avoir besoin d’en rajouter dans le pathos et le lacrymal.
Il explique dans la postface que pendant qu’il travaillait sur son histoire a eu lieu la catastrophe de Fukushima, séisme, tsunami et accident nucléaire. Frappé par tant de souffrances, se sentant impuissant face à tant de détresse, il a inscrit dans son récit toutes les questions auxquelles il se trouvait alors confronté. Comment faire face à un tel désastre, comment accepter la perte d’un être cher, comment affronter la mort, comment surmonter ces épreuves ? Et c’est par l’espoir et la force de vie qu’il répond. Non pas un espoir béat qui refuser d’affronter la réalité, qui se cache derrière des illusions naïves, mais un espoir pragmatique et ouvert, acceptant la difficulté sans pour autant s’effondrer.
Et c’est par l’acceptation de ce cycle de vie, malgré les maladies, les accidents, les deuils, les pertes, qu’il parvient à faire ressortir force, apaisement et sérénité quelque soit l’issue, parfois heureuse même si encore difficile par tout ce qu’il y a à reconstruire, souvent plus définitive.

Par son dessin sobre, son trait chaleureux, son récit doux et délicat, sa description pleine de pudeur d’épreuves difficiles, injustes mais toujours affrontées avec humanité et respect, Takashi Murakami parvient à nous parler de mort, de deuil, de souvenirs, de mémoire, de famille avec beaucoup d’amour et de tendresse.
L’Oiseau bleu est une histoire de famille pleine d’espoir et de sérénité, de réconfort et de justesse.

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