Festival d’Annecy 2014 : un samedi de clôture

C’est aujourd’hui que se termine le Festival d’Annecy avec ce soir la cérémonie de clôture et la remise des prix. Pour ma part, une fois n’est pas coutume, j’avais une séance ce matin… et quelle séance ! La meilleure des manières pour clore cette édition…

En ville à 10h, je fais un tour dans Courier pour enfin prendre quelques photos de l’exposition consacrée à la Stop Motion. Si on avait eu ce temps, beau mais venteux toute la semaine, donc assez correct niveau température, cela aurait été nettement moins difficile.

The Kingdom of Dreams and Madness
Puis je vais tranquillement à Décavision pour ma séance de 10h30. Encore la queue pour les accrédités sans réservation mais pour le reste, c’est très tranquille.

Je discute en passant avec Adrien qui tient le stand 9e quai dans le hall : il n’a pas de chance, il ne peut rien voir et on y crève de chaud…


Je m’installe dans la salle, ouf, c’est la dernière fois que je vais voir cette maudite bande-annonce. Puis débute le documentaire The Kingdom of Dreams and Madness de Mami Sunada. Pendant un an, la réalisatrice a eu un accès quasi-complet au studio Ghibli, pendant la production et réalisation du Vent se lève de Hayao Miyazaki et du Conte de la princesse Kaguya d’Isao Takahata. Pendant deux heures, nous voilà plongés dans les coulisses de cette fabrique à rêves… qui tourne parfois au cauchemar quand il faut boucler un film.

Le chat du studio, très important membre de l'équipe !
Le chat du studio, très important membre de l’équipe !

Il n s’agit pas là d’un docu-publicité pour encenser et enjoliver Ghibli. On y suit le travail des équipes, essentiellement sur Le vent se lève, Takahata travaillant dans un autre bâtiment à l’autre bout de la ville.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le cadre de travail est verdoyant et charmant… ce qui n’empêche pas certains employés, même talentueux, de péter un câble et de ne pas supporter le travail avec Miyazaki, très exigeant. Il est lui-même très ponctuel : 11h à 21h, tapantes. Pas de vacances sauf le dimanche. Et le voir arriver le soir à son atelier privé pour sortir ses « chèvres » est juste tordant. Les chèvres en question étant des grosses peluches faisant partie d’une exposition consacrée à Heidi, que Miyazaki a récupérées parce qu’il les voyait traîner misérablement dans un coin.

Miyazaki et Sankichi se taquinent en plein storyboard
Miyazaki et Sankichi se taquinent en plein storyboard

On voit en tout cas beaucoup le maître à l’œuvre à son poste de travail, avec son bras droit Sankichi, il discute, rigole, plaisante, se plaint, ironise… On voit tout le processus de création du Vent se lève, avec le storyboard enfin fini après deux ans de travail, les minutages de chaque scène, les indications aux animateurs, les difficultés sur certaines scènes très difficiles, les réunions auxquelles participe évidemment l’omniprésent Toshio Suzuki, qui explique d’ailleurs avoir fortement insisté pour que les deux réalisateurs acceptent ces deux projets.
On voit assez peu Takahata, Paku-chan de son surnom, plus discret, mais on en entend beaucoup parler, notamment de par son habitude à ne jamais respecter ni les délais ni le budget. L’équipe semblait d’ailleurs réellement se demander s’il comptait finir Le conte de la princesse Kaguya un jour ou s’il faisait traîner exprès, avec tous les soucis de planning de sortie que cela peut engendrer. Tandis que pour Le vent se lève, Miyazaki a finalement changé la fin au dernier moment (en changeant juste une phrase qui modifie tout).
La difficulté a été également de trouver l’acteur doublant Jiro, aucun prétendant n’ayant réussi son audition. La réunion sur la question est absolument hilarante quand quelqu’un propose Hideaki Anno (réalisateur d’Evangelion qui connaît Miyazaki depuis ses 23 ans), en réponse à Miyazaki disant qu’il faudrait justement un non-acteur. Au début, tout le monde rit de cette bonne blague. Puis au fil des minutes, l’idée fait son chemin dans la tête du réalisateur qui commence à penser sérieusement à cette option. Quand finalement Miyazaki et Suzuki se réjouissent de cette si bonne idée, il faut absolument voir la tête de leurs trois interlocuteurs, atterrés : il suffit d’entendre la voix d’Anno pour comprendre leur perplexité. Finalement, quand on voit et écoute le résultat final, ce choix très audacieux apparaît comme bon, même si de nombreux doutes continueront à se faire ressentir jusqu’à la fin de la réalisation du film.

Hideaki Anno en séance de doublage
Hideaki Anno en séance de doublage

Le documentaire est donc passionnant avec en prime beaucoup de questions que se pose Miyazaki sur ce monde qu’il regarde et observe avec autant de fascination et de curiosité que d’inquiétude. Concernant l’avenir de Ghibli, il n’a aucun doute : il finira par disparaître, ce n’est qu’un nom après tout.
Mais c’est la société japonaise dans son ensemble dont il craint pour son avenir. Notamment en voyant la montée du nationalisme et de l’extrême-droite nippone, la censure qui commence à se faire entendre (une chaîne de TV qui leur demande de ne pas aborder tel ou tel sujet), la liberté de création qui se retrouve compromise. Les questions de marché, de business, de célébrité ne l’intéressent pas du tout mais il s’interroge énormément sur les années à venir. Pas pour lui mais pour ses concitoyens et notamment les enfants, pour qui après tout il fait aussi ses films, pour faire passer des messages… même si lui-même reconnaît qu’on ne comprendra peut-être jamais vraiment ce qu’il veut dire (il admet lui-même un jour avoir été un peu perdu en travaillant sur Le voyage de Chihiro, au départ inspiré par la petite fille de 10 ans d’un de ses amis journalistes chez NTV).


Beaucoup de questions et d’inquiétudes donc chez cet homme qui dit ne jamais vraiment se sentir heureux et se demande pourquoi il fait des films, que ça ne sert pas forcément à grand-chose, que c’est un travail difficile et éreintant, infernal, qu’il ne sait pas pourquoi il le fait… mais y revient toujours, même s’il a tout de même annoncé officiellement sa retraite.
Beaucoup d’émotions également quand il voit la première fois son film sur grand écran avec toute l’équipe, il monte sur scène et dit « c’est la première fois que je pleure devant un de mes films », gêné. Il a en fait mis beaucoup de son père dans le personnage de Jiro et l’anecdote de la lettre qu’il reçoit juste à la fin de la production du film, d’un inconnu que son père a aidé pendant la guerre, fait d’autant plus apparaître tout ce qui anime et fait avancer cet homme.


Ce documentaire est en tout cas très beau, intéressant, à la fois drôle et touchant, instructif et captivant, interrogeant sur le processus créatif mais aussi sur l’homme de manière générale.
Je ne pouvais trouver plus approprié pour en terminer avec ma 13ème participation au Festival d’Annecy.
Si jamais, la bande-annonce.

Ne reste plus qu’à attendre le palmarès et demain seront publiés les deux derniers billets.

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