Off Road

Volume unique par Sean Murphy, édité en VF par Urban Comics, 185x282mm, 136 pages, 15,00€.

J’ai découvert Sean Murphy il y a quelques mois à la lecture de Joe l’aventure intérieure, suivi de American Vampire Legacy volume 1. Deux tomes qui permettent déjà d’apprécier le coup de crayon de ce dessinateur talentueux. Restait alors à voir ce qu’il pouvait également donner en illustrant ses propres scénarios…

offroad01Off Road est une œuvre de jeunesse, sortie en 2004 aux USA qu’Urban Comics édite en septembre 2013 en version française en même temps que Punk Rock Jesus, un de ses tout derniers travaux (prochainement chroniqué). Deux titres qu’il maîtrise de A à Z puisqu’il en est le scénariste et le dessinateur et qu’elles sortent en noir et blanc (donc pas de coloriste). Dans la préface faite spécialement pour cette édition française, il explique qu’il avait déjà l’idée de Punk Rock Jesus en 2003 mais qu’il lui a été conseillé d’attendre d’avoir plus d’expérience pour se lancer dans ce projet très ambitieux. Mieux valait commencer par quelque chose de plus simple… Off Road !

Plus simple, sans aucun doute. Le scénario en lui-même tient sur un timbre poste (mais un très très joli timbre poste, du genre que vous collectionnez précieusement au lieu de le léchouiller bêtement et de le paumer à La Poste). Trent, jeune étudiant en art, vient de se faire larguer par sa copine. Encore. Il repart chez lui où il est attendu par son pote Greg. Qui va s’acheter sa voiture. Une Jeep. Et quoi de mieux pour étrenner une Jeep que de faire un petit tour en tout-terrain dans la cambrousse ?

Évidemment, on sait déjà que le petit tour dans la nature sauvage ne va pas réserver que de bonnes surprises. En effet, comme il est dit « La Jeep a peut-être été conçue pour la nature… Mais la nature n’a pas été conçue pour les Jeeps ». Et cette connasse de Mère Nature, non contente de ne pas être parsemée de gentilles routes droites facilement praticables, a le culot d’y ajouter des rivières, des arbres couchés et des rochers. Trois jeunes mecs contre Mère Nature. Il n’en fallait pas plus pour que la testostérone prenne le dessus sur la raison…
Surtout quand on voit les trois jeunes mecs en question : Brad, le gros dur qui en a déjà bavé dans sa vie, Greg, le fiston de riche qui aimerait exister autrement que par le carnet de chèques de papa, et Trent, celui qui se fait marcher dessus depuis toujours, le brave couillon trop gentil et pas assez ambitieux, incapable de dévoiler sa personnalité en dehors de sa table à dessin. Bref, trois braves gars plutôt sympa, et même très attachants, mais qui commencent à en avoir gros sur la patate quand Mère Nature leur sort son parcours du combattant et qu’ils décident de se la jouer Mr T. Et leur Jeep flambant neuve a beau avoir cette $%&* de plaque de protection, véritable cape dotée de pouvoirs magiques si on écoute Trent, face à une rivière et des rochers… elle fait moins sa maligne, la Jeep.

Off Road, c’est donc un road movie qui s’arrête au bout de deux bornes. Et un paquet d’emmerdes qui débarquent en tir automatique, les galères les unes après les autres pour être bien bien sûr qu’ils passent une journée pourrie. Une bonne occasion pour Trent de tester son amitié avec Greg, et découvrir que Brad n’est peut-être pas qu’un gros nase qui aime lui balancer des vérités pas sympa à la tronche. Même si c’est vrai qu’il aime lui balancer des vérités pas sympa à la tronche. Mais c’est ça, un vrai pote, non ?

offroad02

Off Road, c’est d’abord un chouette dessin. Classique, sans doute, maîtrisé, très clairement, et on sent que Sean Murphy est alors en pleine élaboration de son style personnel. C’est aussi une narration très rythmée, avec de beaux plans qui dégagent beaucoup d’énergie, donnent de l’intensité aux moindres détails et appuient sur ce qu’il faut au bon moment. Ce sont aussi des dialogues drôles voire totalement hilarants quand notre trio de caïds qui s’ignorent commence à péter un plomb. C’est de l’amitié « virile » à chaque page, blindée d’auto-dérision, de boue et de coups dans la tête, sans un gramme de prise au sérieux plombant.
Off Road, c’est surtout l’histoire d’un mec qui va avoir l’occasion de se poser quelques questions sur lui, sur ce qu’il veut, sur ce qu’il peut. Et qui va envoyer balader toutes ces questions pour enfin se bouger et tenter d’avancer un peu, sans constamment regarder derrière lui en ayant les pétoches de se planter. C’est l’histoire d’un mec qui vit, quoi. C’est drôle, jouissif, efficace, direct et ça ne se prend pas la tête.
Je n’avais ni feuilleté le volume ni lu le moindre résumé avant d’acheter Off Road. Merci Sean Murphy de ne pas me l’avoir fait amèrement regretter. Bien au contraire.

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *