Sakasama no Patema

Film d’animation de Yasuhiro Yoshiura, 1h39.
Sortie en salles le 12 mars 2014.
Vu lors du Festival d’animation d’Annecy le 13 juin 2013.

Sakasama no Patema, Patema Inverted pour son titre international, est un film de Yasuhiro Yoshiura, jeune réalisateur indépendant. N’ayant vu aucune de ses productions précédentes (comme Eve no Jikan), c’est sans aucun a priori que je me laisse tenter par une séance, sachant qu’il est présenté en avant-première mondiale lors du Festival d’animation d’Annecy 2013, sa sortie japonaise étant prévue pour le 9 novembre 2013.

patema03Patema est une jeune fille de 14 ans vivant dans un monde souterrain. Son quotidien n’est fait que de sombres couloirs et de tunnels rouillés dans lesquels elle et les siens doivent rester cachés, loin de la zone interdite. On parle aussi des hommes chauve-souris qui hantent les lieux et enlèvent les imprudents… Mais Patema, fille de l’ancien chef, brûle de découvrir le monde, surtout depuis que son idole Lagos est parti en lui laissant une image du dehors, si vaste, si différent de ce qu’elle connaît. En tout inconscience, elle défie toutes les règles et rencontre Age, un jeune homme du royaume d’Aïga… mais qui vit la tête en bas !! À moins que ce ne soit Patema…

Nul doute que ce thème de deux mondes à la gravité inversée qui se rencontrent ne doit pas être nouveau dans le milieu de la science-fiction. Mais il faut reconnaître que la base de cette histoire est particulièrement intéressante et même assez perturbante. Le bas de l’un est le haut de l’autre. Ou comment perdre tous ses repères…
Mais il n’y a pas que leur gravité qui soit inverse, leur monde également. Celui de Patema est peut-être sombre, étroit et caché loin de la lumière du soleil mais aussi chaleureux et soudé, une société solidaire où il faut se serrer les coudes pour survivre. Là où celui d’Age est froid et rigide, strictement dirigé par Inazuma, un de ces habituels tyrans qui n’imaginent pas une minute remettre en question leurs certitudes, ne supportant pas le moindre écart à des règles bornées, soufflées par un passé dont ils ne comprennent plus grand-chose. Ainsi, il est interdit de regarder le ciel, qui a englouti « les  pécheurs » autrefois. Une règle qu’Age ne cesse de violer. Si lui vit dans un monde à l’air libre, verdoyant, où le regard ne connaît pas de limite, toutes les règles établies par le despote ne sont là que pour brider cette liberté. Ne pas sortir des rails, ne pas faire de bruit, avoir un « bon comportement » récompensé par des « bons points », se laisser laver le cerveau à grands coups de sermons sans aucune possibilité de les questionner.
Évidemment, la rencontre de Patema et d’Age est un choc pour les deux jeunes gens. Non seulement autre chose existe mais autre chose différent de tout ce qu’ils connaissaient jusque-là. Quelque chose dont on leur a toujours dit de se méfier, voire de détruire. Mais bien sûr, au delà de leurs différences immédiatement visibles, quelque chose de plus profond les unit : la perte d’un être cher, qui les pousse à toujours vouloir en savoir plus, à chercher pour comprendre, pour savoir.

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Le message du film, au delà de l’enrobage SF, est assez clair : accepter l’autre tel qu’il est, avec ses différences. Et même faire l’effort de tenter de voir par ses yeux. Une expérience que le jeune Age va vivre, lui qui ne comprend pas vraiment les réactions très fortes de Patema quand il s’agit de se déplacer la tête en bas et les pieds comme happés par le ciel, lui permettant alors d’ouvrir les yeux sur la terreur qui a accompagné son amie lors de son séjour dans son monde.
On voit alors les relations entre les deux jeunes gens évoluer, notamment dans les positions qu’ils prennent l’un envers l’autre pour se déplacer : d’abord très lointains, main dans la main, puis de plus en plus proches, intimes, près du corps, au fur et à mesure que la confiance grandit. Une confiance indispensable : c’est la main de l’autre qui permet de survivre.

Yoshiura met en fait en scène toute l’évolution de rapports humains, d’abord distants puis au fur et à mesure de l’acceptation et de la compréhension de l’autre, de l’empathie ressentie, de plus en plus intimes. Une évolution qui se fait plutôt dans les gestes, les regards, que dans les mots, qui restent très pudiques. Une évolution qui ne peut se faire que dans les respect de chacun, en acceptant de remettre en question ses certitudes et ses préjugés, attitude totalement contraire à celle d’Inazuma, se bornant dans ses délires de toute puissance.

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C’est d’ailleurs mon principal reproche au film : une galerie de personnages intéressante mais un peu plombée par des caractères trop stéréotypés, les rendant assez prévisibles.
Patema est l’archétype de la gentille fille téméraire qui n’écoute rien et aime se mettre dans les ennuis, en pleurnichant un peu au passage (en même temps, comme le lui demande Age « Mais tu te prends pour une princesse ? », en fait, oui…). Age est le brave héros courageux qui prend enfin son destin en main pour sauver son amie, culpabilisant de ne pas pouvoir faire plus. Porta, ami de Patema, est l’habituel second rôle rigolo, le grand frère protecteur, la grande gueule qui fonce dans le tas pour aider, sans vraiment réfléchir. Inazuma est sans doute le pire, le gros méchant sadique à la voix doucereuse – la voix typique du méchant, il suffit de l’entendre pour se dire « oh c’est un méchant, lui » -, aux yeux écarquillés quand il pète un câble ou quand il prend son pied en faisant souffrir. Pas très subtil, le moindre geste, la moindre découverte ayant alors tendance à être surlignés lourdement pour qu’on comprenne bien.

Néanmoins, cela reste un film plutôt agréable, prenant, avec juste quelques petites baisses de rythme sans doute dues aux personnages un peu basiques, manquant un peu de complexité, de développement plus en profondeur.
Le réalisateur apporte quelques bonnes petites pointes d’humour, permettant à son propos de ne pas être trop lourd, se moquant même du traitement un peu classique de certaines scènes. Il aurait sans doute pu se lâcher un peu plus et en ajouter d’autres, cela aurait permis au film de gagner un peu en épaisseur par des personnages moins monolithiques, capables de se moquer un peu d’eux-même.

Il me semble qu’on peut trouver sur Youtube 4 courts métrages dans le même univers, créés avant le début de la production du film pour intéresser des investisseurs. Il y a également une page Facebook et un site.

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