Vice-Versa

Film d’animation de Pete Docter et Ronaldo Del Carmen, 1h34.
Sortie en salles en France le 17 juin 2015, prochainement en Blu-ray et DVD.

N’ayant pas pu profiter de l’avant-première au Festival d’Annecy, j’ai finalement affronté la chaleur pour aller voir le nouveau Pixar, Vice-Versa, tandis que Les Minions squattent depuis quelques jours la plus grande salle du complexe.

Vice-VersaDès sa naissance, Riley est une enfant joyeuse et pleine de vie qui fait le bonheur de ses parents. Mais le déménagement de toute la famille du Minnesota vers San Francisco quand la jeune fille a 11 ans bouleverse tout son univers. Que se passe-t-il donc dans sa tête ?

Au Festival d’Annecy 2014, Pete Docter était venu nous présenter quelques images de son prochain film chez Pixar, Inside Out, baptisé Vice-Versa en version française. Il en avait profité pour nous expliquer d’où lui était venue l’idée : de sa fille Elie. Boule d’énergie toujours joyeuse dans son enfance, elle s’était transformé à l’adolescence… en adolescente : grincheuse, blasée, ultra-sensible, en colère contre tout. Qu’était-il donc arrivé à son cher bébé ? C’est à partir de cette question toute simple qu’il a commencé des recherches sur le sujet, s’interrogeant sur le fonctionnement du cerveau, pour nous en proposer une version finale dans Vice-Versa.
Quelque chose me dit que c’est également sa fille qui l’avait inspiré pour Monstres & cie et ses monstres cachés dans le placard…

Évacuons d’office la question technique : c’est beau mais ça n’étonnera personne. Pixar maîtrise sa technique et ce film ne semble pas compter beaucoup de challenges purement visuels juste là pour claquer les mirettes. C’est beau, c’est fluide, c’est coloré et on n’en attend pas moins d’eux (on devient blasés au fil des films…).
Par contre, réussir à aussi bien organiser et rendre visuellement tangible un tel fonctionnement (même simplifié et romancé) du cerveau, c’est nettement plus intéressant !

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Ainsi, 5 émotions élémentaires sont aux commandes : Joie, Tristesse, Colère, Dégoût et Peur. Chacune a son rôle et chacune influe selon le contexte sur les réactions et donc le comportement et les expériences de Riley. Au fur et à mesure, des souvenirs plus ou moins forts se créent, s’emmagasinent, modèlent et font évoluer la personnalité de l’individu… et tout ça est représenté de manière assez enfantine dans le sens très ludique, coloré, avec de mignons personnages aux grands yeux donc très cartoon. À partir de ça, le réalisateur parvient à créer une peinture assez subtile des réactions de Riley face aux événements et comment elle change en grandissant, modifiant ses centres d’intérêt ainsi que la « couleur » de ses pensées et souvenirs. Enfant, les choses sont assez simples, peu nuancées : on est heureux, on est triste, on a peur. On voit le monde de manière très basique et c’est ce qui fait toute l’insouciance et la candeur de l’enfance.
Puis les choses changent, on évolue, tout devient plus compliqué, plus nuancé… et la découverte est douloureuse, perturbante. On ressent comme Riley est perdue et ne sait plus trop à quoi se raccrocher, perdant son intérêt pour les pitreries de sa petite enfance, voyant ses amies de toujours finalement s’éloigner…

Je pensais beaucoup plus rire face à ce film et c’est en fait une grosse vague de tendresse que le réalisateur nous balance. L’histoire de l’ami imaginaire représente ça très bien, ces souvenirs d’enfance qui nous ont construits, mais qui finalement se fondent et se noient dans notre mémoire… On sent une petite forme de mélancolie face à ces pertes irrémédiables qui font justement qu’on peut évoluer, grandir, mûrir, perdant d’un côté pour y gagner de l’autre.
Ce n’est finalement pas ce qu’il y a autour de nous qui change mais la manière dont on voit, comprend, interprète, interagit avec, dont on réagit, chaque décision, chaque parole étant le fruit de multiples paramètres plus ou moins conscients. Au travers du choix de représentation graphique fait, Vice-Versa parvient à faire ressortir ces petites subtilités du quotidien qui peuvent tout changer et qui parleront à tous.

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Étonnamment, je ne suis pas sûre que le film soit tant pour un public jeune. Les personnages sont super-mignons, très cartoon et les enfants ne devraient pas s’ennuyer mais l’ensemble me paraît assez causant, et peut-être plus parlant pour des adolescents, jeunes adultes… et parents bien sûr. L’humour est souvent lié aux multiples détails, aux dialogues, à l’interprétation qu’on peut faire selon les situations qu’on a pu tous rencontrer dans notre vie, si elle a déjà été assez longue pour ça.
Bref, c’est un film assez nuancé en fait qui me semble plus accessible aux adultes qu’aux enfants, un peu comme Là-haut, et contrairement à Monstres & cie ou Toy Story par exemple.
Et si l’humour est peut-être moins présent que je ne l’imaginais au départ, c’est peut-être justement parce qu’il est plus dans les détails que dans le gag visuel classique. Certains dialogues sont vraiment très drôles et les plongées dans les cerveau de divers personnages, que ce soit les parents de Riley – un rien clichés mais diablement efficaces – ou divers individus à la toute fin du film, sont souvent vraiment hilarantes et sonnent juste.
J’ajouterai une bonne note au doublage français (pas de VO à Annecy), que ce soit Charlotte Le Bon pour Joie, Marilou Berry pour Tristesse ou Mélanie Laurent pour Dégoût (oui, que des voix féminines, ça vous étonne ?), que j’ai trouvé franchement bien adapté et dynamique.

Vice-Versa est un beau film, drôle, original, imaginatif, touchant, tendre et émouvant. Face à la course actuelle au bonheur vendu par certains comme une obligation d’être heureux 24h/24 (ce qui est aussi idiot qu’impossible), il propose plutôt d’accepter ses émotions et ressentis, qui ont tous leur utilité dans la construction de nous-même, donnant une couleur bien plus nuancée et intéressante à la vie.

2 comments

  1. Je suis allée le voir en début de semaine et je suis bien d’accord avec toi : un très beau film, tendre qui, comme tu l’as très justement dis : nous délivre le message d’accepter chaque émotion de notre être, même celles qui nous paraissent inutiles ou négatives à première vue. Je trouve que Pixar a fait de la tristesse un personnage merveilleusement énervant (puis attachant), ce qui sert parfaitement les dialogues qui sont très drôles !

    Je regrette juste la manière dont l’histoire se déroule, la poursuite pendant tout le film d’un but (rentrer au QG) parsemé d’embûches… Je trouve ça loin loin d’être original. Il y a pas beaucoup de surprises ou d’originalité.La seule originalité réside surtout et presque seulement dans l’idée principale : les émotions personnalisées. Pour moi la première partie de film est original, drôle et féerique ; quant à la deuxième convenue, faussement émouvante et un peu plate.

    1. Pas faux, en effet, pour la deuxième partie. Je me demande d’ailleurs si elle n’a pas été faite justement pour le jeune public, pour qu’il ne décroche pas. Lui remettre ses fondamentaux de films d’animation pour qu’il se sente un minimum concerné…

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