Skim

Volume unique par Jillian et Mariko Tamaki, édité en VF par Casterman, 171x240mm, 144 pages, 16,95€. Réédition sortie en mars 2017.

Il y a trois ans, j’avais proposé une chronique de Cet été-là, la deuxième collaboration des cousines Tamaki. Depuis, Casterman a eu la bonne idée de rééditer leur premier titre dans sa collection Écritures, Skim, nous permettant d’y avoir facilement accès…

Skim1993, Toronto. Kimberley, surnommée Skim, est une lycéenne de 16 ans dans un lycée pour filles. Avec sa meilleure amie Lisa, elle observe avec un air faussement blasé son monde adolescent qui ne cesse de changer, en appelant au wicca et au tarot divinatoire pour tenter de trouver sa place.

Dans Cet été-là, les cousines Tamaki exploraient l’amitié féminine face aux bouleversements de l’adolescence. C’était en fait déjà le cas dans Skim, datant de 2008.
Au lycée, il y a souvent deux catégories d’élèves : les populaires, toujours entouré.e.s, souvent jalousé.e.s, et les autres, plus ou moins rejeté.e.s, cibles de moqueries plus ou moins cruelles.
Kim est plutôt dans la deuxième catégorie, sans pour autant être victime d’horribles mauvais traitements. Elle est juste cette fille un peu bizarre, un peu sombre, renfermée, toujours en duo avec Lisa, adepte des petites remarques acerbes et vaches.
Mais l’adolescence et tous les bouleversements qu’elle entraîne rend cet équilibre totalement instable et il suffit souvent d’un regard, d’une parole pour que tout se brise et se reforme différemment dès le lendemain.

Ainsi, Kim se pose beaucoup de questions, sur elle, l’amour, son rapport aux autres. Mais là où Lisa, avec son faux air blasé juste là pour se protéger et faire croire que rien ne peut la toucher, tente simplement de surnager sans vraiment croire à grand-chose, Kim cherche à mieux comprendre ce que chacun cache derrière des apparences souvent trompeuses. Et les adultes, notamment les professeurs, restent souvent pleines de bonnes intentions face à ces ado qu’elles étaient elles-même il y a quelques années, mais sans vraiment parvenir à les comprendre ni les aider.
Quand la question du suicide devient le thème central de l’année, il n’en faut pas plus pour que ces mêmes adultes paniquent par peur de ne pas voir la souffrance cachée de ces ado si mystérieux, parfois trop différentes pour s’accepter, et pour que certaines élèves y trouvent là une nouvelle manière d’exister et de se faire bien voir et remarquer. Qu’importe si tout leur discours moralisateur est totalement creux et égocentré. Et Kim observe, tandis que tout en elle se bouleverse quand son cœur connaît ses premiers émois, pas forcément comme prévu…

Skim est une belle et brillante plongée dans l’esprit un peu chamboulé et tourmenté d’une ado ordinaire. Elle est à une période où elle, tout comme ses camarades, a cruellement besoin des autres, de leurs repères, de leur validation, de leurs regards plus ou moins bienveillants, tout en les fuyant, ne s’y reconnaissant pas, n’y voyant pas sa place. L’amitié apparemment si forte qui la lie à Lisa se révèle alors si fragile face à ces quelques mois qui changent tout, quand les deux meilleures amies du monde commencent à ne plus du tout regarder dans la même direction, à ne plus vraiment se comprendre. C’est une période où on attend énormément d’autrui, sans pour autant oser le lui dire, voire en le niant farouchement en révérant un désir d’indépendance véritable mais totalement terrifiant.

Le trait de Jillian Tamaki est évidemment un peu moins maîtrisé ici que dans Cet été-là mais cela rend en fait l’histoire d’autant plus forte et touchante, bourrée de tendresse face aux petites bravades d’ado terrorisées par ce qui les attend après, malgré tout ce qu’elles peuvent trouver comme réconfort dans les interprétations de cartes de tarot…

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